Intermède.

L’immobilier, ça fait rêver
C’est pourquoi, jadis, j’ai fait ce métier, je l’ai aimé
Cela surprend plus d’un.
J’ai vu plein de gens, de maisons,
D’histoires à raconter et aussi
Plein d’argent dépensé pour un logis
Avenant, protecteur, ouvrant la porte
À l’espoir de vivre mieux, autrement.
Il n’y a pas de sots métiers, l’essentiel
Est de le faire bien. Seulement, pour
Des raisons que je dirais plus tard,
J’ai mal viré, l’art m’a pris par la main,
Il m’a entraîné sur le chemin qui est le mien,
Il est mon meilleur ami, ma joie…
- Tu vas nous faire pleurer, Germain !
- Pourquoi dis-tu ça, Machin, tu m’aimes pas ?
- Si, mais j’aimerai mieux vivre ailleurs que
  Dans ce taudis de merde, mon amour.

Comme nous l’avons dit à plusieurs reprises, Freud a utilisé ses amis
Pour avancer dans ses recherches. Utiliser l'autre ce peut être pourautre
Chose, le sexe, l’argent, le pouvoir, mais n'y a-t-il pas un quatrième
Larron se cachant dans la forêt de nos sinuosités internes?

Après l’affaire Fliess, cette amitié déçue,il décide que tous les hommes
Se valent, c’est affreux, y en a pas un pour racheter l’autre. Je le dis
Souvent moi-même  dans les moments difficiles, péremptoires.
Je viens d’utiliser un mot "péremptoires" sans en connaîtrela définition,
Uniquement pour le plaisir de la musique du son et la belle association
Avec le mot qui le précède. Bon, mais où vais-je ?

Pour être déçu, il faut y avoir cru. Croire, c’est çala pathologie,
Le reste est de l’eau coulant le long d’une rigole,
Comme le sang dans les veines.
On n’a pas le choix, a dit Philibert la semaine dernière,
C’est comme ça, qu’il dit, il est charmant ce garçon-là.
Ce n’est pas tant l’objet de ton désir qui prime, aujourd’hui c'estuntel,
Demain un autre. Ils sont les supports dont tu as besoin pour ta jouissance.
C’est ça, l’autre est un support idéal pour poser nos griffes,y mettre nos
Empreintes, le marquer, je n’ai pas dit le maquer, ne fais pas d’association
Hative, c’est dimanche, je vais au marché, ne me contrarie pas, merci.

. L’homme son angoisse c’est la peur de l’ennui et tout ce qu’il fait,
Tout ce qu’il construit n’est rien d’autre qu’une protection contre cet
Ennemi, qu’il considère comme insupportable.
Regardons les peuples en guerre.
. Oui, quoi, qu’est-ce qu’ils t'ont fait ces pauvres gens ?
. Non, je dis regarde, il n’y a rien de pire que la paix pour leur fairepeur.
Ils craignent de se trouver tout à coup face à eux-mêmes,le trou noir,
Reprendre la vie ordinaire, l’enfer, l’enfer, je te dis. A l’ennui, parfois
Les hommes, c’est horrible à dire, mais c’est vrai, à l’ennui,les hommes
Préfèrent la mort, parfois, mais heureusement pas toujours!
Nous aurons donc à étudier plus tard les raisons de ces dysfonctionnements.

Il y a quelques jours, j’ai écrit les lignes qui vont suivre
Et j’avais trouvé tout cela un peu trop intime et j'ai tout effacé.
Mais aujourd’hui, j’ai un remords, alors réparons maintenant.

Voilà un discours névrotique...
" Organiser son temps est essentiel contre l’angoisse.
Pourquoi n’envisagerai-je pas de travailler à nouveau ?
Question stupide. Je sais trop combien ma mauvaise santé m’interdit
Ce genre de fantasme, mais pour exciter mon imagination,
Faisons comme si…
Travailler, c’est consacrer son temps aux autres, mais en valent-ils
La peine ?  Merde, ça commence mal.
Dépenser de l’énergie pour une tache auquel on s’en fout.Bof…
Cela ne pourrait avoir de sens que s’il y a du plaisir.
La prostitution, j’y ai pensé, seulement maintenant, il est un peutard,
Et de plus d’après certaines informations glanées àdroite, à gauche,
Dans ce métier, il n’y aurait pas spécialement de plaisir…
Alors, non, faut trouver autre chose.
Travailler, sortir à heures régulières pour remplirune tache,  travailler
Pour une association. Pourquoi une association ?
Non, plutôt dans un bureau, une boutique, voir des clients…
À mi-temps, n’abusons pas des bonnes intentions.
Voir des gens régulièrement jusqu’à la nausée.Maso,
N’ai-je pas assez donné dans le passé, en la matière? Alors ?
Non, voir plutôt des gens que je choisirai de rencontrer, je feraisle tri.
Je ne prendrais que ceux avec qui j’ai envie de communiquer…
Je pourrai être psychanalyste, bénévolement."

Voilà ce qu’est un discours névrotique.
Il faut savoir le laisser s’exprimer librement, sans que cela ne vous affecte
Le moins du monde... Une fois la "chose" dite, évacuée,
Vous pourrez passer à d’autres occupations plus saines…

Freud est un salaud.
Non seulement il est conscient de la jalousie de Ferenczi à l’égardde
Jung, mais il en joue, il en jouit. Le 8 février 1911, il lui adresseune lettre
Lui parlant de son secrétaire Otto Rank :
" Rank m’aide beaucoup pour la 3e édition de l’interprétation." et
Le 12 mars, il réitère : " … Un seul a un avenir scientifique,le petit
Rank, qui est resté très bravement à mes côtés"… À bon entendeur salut !
Ensuite, et là, n’y voyez aucune malveillance de ma part, je relèveces faits
Pour votre éducation, le 2 avril, trois semaines après luiavoir envoyé du
Rank dans les gencives, il lui propose un voyage en tête àtête, encore
Une  fois : " Si vous  voulez en être – je suis seul – sinonvous êtes
Hautement bienvenu, mais ne vous forcez pas… "  et l’informe de ceque
" Rank part pour trois semaines en Grèce… "
Nous sommes dans un feuilleton, c’est divin. C’est à dire humain.
L’autre lui répond illico deux jours après : " J’accepte avecjoie, je me
Réjouis comme un enfant… " Merde, il y a de l’inceste là-dedans.
Ils préparent donc ce voyage et  Freud titille à nouveauson ami
En répétant: " Rank est en voyage, en Grèce ", pourquoiencore Rank ?
Pourquoi la Grèce ? Vous y voyez quoi, vous, avec vos esprits maltournés ?

Les livres, pourraient ne servir qu’à nous faire éprouverdu plaisir.
Lire c’est bien, mais écrire, écrire est encore plus palpitant.Et puis,
Que l’écriture d’un autre nous invite à penser et àcommuniquer avec lui,
Voilà une bonne chose. Je crois avoir compris qu’à l’écolec’était
L’endroit pour ces exercices… Mais, là-bas, j'ai tout loupé!

Les amis, ce n’est pas toujours transparent, c’est d’ailleurs peut-être
Ce qui caractérise l’amitié : la non-transparence.
Voyez nos deux lascars, Sigmund et Sandor, par exemple.
Je trouve que lire leur correspondance, c’est au fond très indiscret.
Nous entrons dans leur intimité et ça, personne n’y prendgarde.
Nous sommes de sales petits lecteurs-voyeurs, se léchant les babines
De leur relation, avec ces lettres qui relèvent de leur vie privée.Je
Me demande pourquoi et comment se fait-il qu’aucune instance supérieure
Ne mette le haut-là sur cette façon de faire des maisons d'édition.

Entre nos deux amis, il y a un conflit permanent, mais il est larvé.Tout se
Passe en dessous, c’est comparable à la violence de nos rapportsavec nos
Proches, même si on les aime.  Le dessus de l’Iceberg est convenable,
Trop probablement. Plus c’est convenable, plus c’est l’enfer si on gratte.
Sandor dit tout le bien qu’il pense du travail de son " collègue", mais
En parallèle, l’emmerde, c’est bien le juste mot, en lui parlantde Jung,
Entre autres, auquel il envisage de s’approcher pour un travail trèsorienté
" Mystique ", ce qui n'est pas du tout le genre de Mister Freud.

Après avoir, pendant des mois et des mois, écrit tout le malqu’il pensait
D'Alfred Adler, ne voila-t’il pas que notre Sandor préférétrouve de la
Cohérence dans sa théorie :
"La compensation psychique de l’état d’inférioritédes organes".
De mon point de vue, ce concept est loin d'avoir été exploitécomme il le
Fallait pour mieux comprendre l'homme, je vous en reparlerai à l'occasion.
Si vous saviez tout ce dont l’organisme humain est capable pour faire chier
Le monde … Par ailleurs,  je ne comprends pas comment Freud, lui,
Si intelligent, n’a-t-il pas saisi toute l’importance d’un deuxièmeconcept
D'Adler, celui du sentiment d’infériorité, origine de tousles malheurs
Des hommes et des sociétés humaines ...
Je ne sais ce que vous allez en penser, mais, bon,  voilà, c'estdit !

Sigmund écrit le 17 nov. 1911 :
" L'homme ne doit pas exterminer ses complexes, mais se mettre
En accord avec eux, ce sont les chefs d'orchestre qualifiées de son
Comportement dans le monde".
Cela est capital, on ne cessera jamais de le répéter, il nefaut pas
Chercher à changer, ce qu'il faut c'est accepter, vivre avec.
Pas très original, Docteur Watson, certes, mais il y a tellement,
En nous tous, cette volonté de castrer ce qui nous dérange...
A vrai dire lorsque je dis "en nous tous", je pense " en vous tous",
Soyons honnêtes jusqu'au bout, sinon, on ne va pas beaucoup
Avancer aujourd'hui.

La seule chose que je sache, c’est que je ne sais rien. Cette formule n’est
Pas de moi, seulement, dans mon cas c’est évident. Toutes les références
Dont il est question ici ou là, n’ont aucune assurance de resterdans ma
Chimérique mémoire. Alors, lorsque défilent les mots,les phrases sans
Que rien ne reste, la motivation à continuer trouve sa source dansquoi ?

Avec cette correspondance dont la lecture prend un temps fou, je perçois
Avec bonheur un événement nouveau concernant la notion detemps.
Depuis toujours, l'Histoire avec un grand H m’est abstraite.
Je n’ai jamais pu intégrer, différencier les siècles: pour moi le 12e, le 18ème
Siècle c’est du pareil au même ou presque, tout est mélangé,c’est ainsi.
Je sais, je sais il y a pire…
Seulement, ici, je suis bien en 1910 – 1911 – 1912 et j’attends
Impatiemment ce qu’ils diront de la période 1914 – 1918. Pourquoialors
Ne pas aller directement à l’endroit en question, me direz-vous,et passer ces
Lettres où il est question des histoires sentimentales de MonsieurSandor
Avec sa future femme et de la fillette de celle-ci (hum !hum !)… et des
Relations hypocrites de tous ces hommes : Jung, Ferenczi, Freud et Cie …