Nous avons pris l’habitude maintenant de nous rendre ici chez lui,
Presque tous les jours comme si nous allions au bureau, mais à vrai
Dire, nous éprouvons en entrant dans cet appartement, un sentiment
De bien-être calmant le stress de notre vie quotidienne. Est-ce le
Silence environnant, est-ce le décor, tous ces tableaux accrochés
Aux murs, tous ces kilims posés au sol ? Son bureau avec ses objets
Personnels, ces petites tables à roulettes installées à droite et à gauche,
Ces meubles de pas grand-chose et puis ces nombreux fauteuils pour
Un homme ayant vécu principalement seul, donne  cette impression
Agréable qu’il est encore parmi nous, nous dictant ses dernières volontés
Afin de mieux le connaître, mieux le servir. Sa présence est donc partout
Dans cet espace où il y a tout, tout qu’il nous faudra apprivoiser,
Avec la délicatesse et l’humilité qu’il sied à notre tache.

Si, chapitre après chapitre, nous avons l’impression d’avancer,
Il n’en reste pas moins qu’il y a encore du travail sur la planche.
Nous avons tenté de questionner certains voisins de l’escalier de son
Immeuble pour avoir une idée des rapports qu’il entretenait avec eux
Et tous nous ont dit avoir eu des relations courtoises avec lui, c’estle
Mot qui revient le plus dans leurs bouches, mais nous n’avons pu tirer
Autre chose que de simples banalités. Probablement, ne voulait-il pas
Engager des relations trop proches avec ces voisins, car à Chartres, il
Avait connu en la matière quelques déboires, mais tout cela nous paraît
Pour l’heure mystérieux et nous devrons faire des recherches approfondies
Pour savoir de quoi il en retournait de ce fameux château mis encopropriété
Par lui, dans les années quatre-vingt-dix…


Sade - Dialogue entre un prêtre et un moribond

Mes frères, faisons silence en notre âme. Les bruits du dehors,
Laissons-les là où ils sont. Ici, seul compte l’amour denotre prochain.
Vous avez encore un long chemin à parcourir pour accéderà la pureté
Digne des hommes de foi. Habillez-vous en prêtre et déjà vous
Ressentirez plus de liberté, tant dans vos mouvements corporels
Que mentaux. Habillez-vous en prêtre, mes frères, et vousserez sauvé.
Sauvé du regard malveillant de tous ceux que vous croisez dans la rue
Et dans l’église. Notre habit vous protégera contre tout, vous serez
Toujours reconnus comme l’un des n’autres et vous n’aurez pas besoin
De tendre la main pour recevoir l’aumône, elle viendra toute seule.
Vous serez béni de Dieu en toute circonstance, votre parole sera
Entendue et vos désirs exaucés, vous trouverez chez nousce qu’ailleurs
Vous ne pouvez obtenir gratuitement. Voyez, amis, combien le moribond
Sur le trottoir peut souffrir… Ce moribond, justement, à qui vous
Porterez secours, enfin jusqu’à un certain point, nous vous apprendrons
À ne pas tout donner... Il y a des limites en ce domaine. Venez,
Rejoignez notre cellule, demain est un autre jour.  Amen ! et
Amenez lorsque vous viendrez, tous vos objets de valeurs.

Franz Kafka -Préparatifs de noce à la campagne

Vous là-bas, Franz,
Venez au tableau nous dire quelques mots sur la lettre de Kafka à
Son père. Comment, vous ne l’avez pas lu ? Vous dites en avoir
Assez des problèmes avec le vôtre pour ne pas en rajouteravec
Celui de Kafka…Certes, mais que nenni, pas question de déroger
Au programme et d’abord, en la lisant cette lettre, vous ne pourrez
Que mieux distancer votre relation avec ce salaud de pater.

Alberto Moravia - Moi et lui

Ce « folio » à six sous est actuellement mon livre de  chevet,
Moi et lui nous nous aimons… Mais peut-être me faudra-t-il vous
Dire plus pour votre compréhension. Je vous ferais part, un peu
Plus tard de comment j’ai découvert Moravia et comme je regrette
De ne pas l’avoir croisé sur ma route avant. Que voulez-vous, on a
Beau avoir de bons amis, il n’en reste pas moins qu’ils vous cachent
Les lectures essentielles à faire. Alors, on reste trop souventdans
L’ignorance à cause d’eux…
J’éprouvais ces temps-ci de l’angoisse à l’idée d’avoir à développer,
Ici même, pour vous m’sieurs Dames, un de mes concepts, devant, de
Mon point de vue, révolutionner la psychanalyse pour devenir demain 
« La nouvelle psychanalyse ». Voyez comme tout cela est original.
Et puis me voilà,  tout à coup, dans ce Moravia, face à face devant un
Dialogue entre le moi et ce que Freud appelle « l’inconscient » mais,
Cette fois-ci, nous sommes dans le concret, on sort de l’abstraction,
Ce double, cet autre est matérialisé par le propre sexe de l’auteur.
L’idée m’est apparue géniale. L’auteur s’amuse des concepts
Du maître Sigmund… C’est poilant.

Alberto Moravia - L'ennui

Commencer Moravia par ce livre, c’est formidable. je vais donc vous
Dire maintenant comment j’ai fait la connaissance de cet auteur.
Je persiste encore aujourd’hui à avoir un certain  remord à l’égard du
PUF, librairie du boulevard Saint-Michel que tout le monde connaît.
Voilà t’il pas que j’entre dans cette boutique très sérieuse et palpe comme
À mon habitude tout ce qu’il y a sur les étagères, en sachant, drôle d’idée, 
Que je n’achèterai rien pour une raison dont je vous ai fait part un jour.
Vous ne vous en souvenez plus, bon, je me ré-explique, mais la prochaine
Fois, aites un peu plus gaf, j’ai pas qu’ça à faire ! Donc, comme je suis
Pas mal pris avec cet inventaire, tous ces livres à gérer, alors, en rajouter
D’autres, quel bordel ce serait. Mettez-vous à ma place, pour simplifier
J’as décidé d’éviter d’en acheter de nouveaux. Seulement, lorsque je suis
Tombé sur celui-ci, j’ai tout de suite eu un coup de foudre, cemec a une
Écriture comme j’aimerai en avoir une, mais maintenant c'est trop tard,
J'ai passé l'âge… Résultat, je n'ai rien acheté au PUF et le lendemain,
Me sentant mal à l’aise sur ce coup, j’ai tout commandé à la fnac.com.

Alberto Moravia - Romans

Je lui ai demandé, à cet homme, occupé qu’il fût par ces tas de livres,
Je lui ai demandé où se trouvait le rayon Moravia. C’était le matin,
Le soleil brillait dehors, j’avais soif, à la rubrique des auteurs étrangers,
Moravia, bien sûr, quel pays, ne passons pas pour un idiot, je ne dis rien,
Il me montre, je le remercie, je tombe sur ce bloc, cette masse :
Les romans de mon nouvel auteur préféré, celui qui écrit comme j’aime
Et que je viens de découvrir. Le livre était un peu abîmé, maniaque,
Je ne l’ai pas acheté. Ensuite, je m’en suis allé, les mains dans les poches
De mon pantalon comme un petit voleur : je me sentais coupable. Pourtant,
J’avais laissé l’objet à l’endroit où je l’avais trouvé.

            * * * * * * ** * * *

Max Ernest

Devant les tableaux de Max Ernst, il n’éprouvait pas d’émotions
Particulières. À l’énoncé de ce nom toutefois, il ne pouvait s’empêcher
De penser au prénom de son frère Max, son aîné de trois années, celui
Qu’il perdit lorsqu’il avait cinq ans. Nous avons appris qu’il avait attendu
Près de quarante années pour pleurer cette perte, et en faire donc le deuil.
Ernst, Miro, Picasso et les autres, une clique qu’il considérait à claques
Et il projetait, dans le cadre de son écriture, de démonter les mécanismes
De ces voyous, de ces salopards… Honnête homme, lorsqu’il avait de
Telles idées, il allait vite consulter son psy, afin de trouverdu réconfort.

de Picasso à Barcelo

Un jour, je me suis décidé, après vingt années d’hésitation, à aller voir
L’homme responsable des associations de l’art sous toutes ses formes,
Dans ma ville, dans mon quartier, pas loin de chez moi, pas loin non plus
De l’appartement  de mon ex., je n’ai pas fait exprès.  C’était épique pour
Les trouver, j’ai insisté. Au premier étage, une salle avec trois personnes
À peindre une fresque pour un spectacle sur la révolution de 1789.
La peinture, l’art en général, peut être effrayant. J’étais face à des gens
Avec lequel je n’ai rien à faire…
Pourtant, ils font dans la peinture comme moi. C’est terrible !
Si les peintres de mon secteur ne sont pas à mon goût, les espagnols
Utilisant ce médium d’expression comme Picasso, Tapiès ou même Dali
Ont peut-être servi une cause … Ne me demandez pas laquelle,
Je n’en sais rien du tout. Maintenant, soyons réaliste, il doity avoir en
Espagne comme partout des gens normaux, je veux dire, pas terrible.

Francis Picabia

Pendant des années, devant un tableau de Picabia, je me disais,
Tiens c’est pas mal, puis je passais… quand j’ai commencé à peindre,
Son œuvre m’est apparue alors comme celle d’un homme libre,
S’amusant à passer d’un registre à un autre avec pour seul objectif,
Nous surprendre à chaque fois, faire de nous des girouettes et ma foi,
Il a eu raison, car c’est ça l’art, un truc qui bouscule en permanence
Nos acquits… Sinon, tu restes chez toi, un point c’est tout.
Par contre, et pour relativiser ce qui vient d’être dit, après avoir lu
Certains de ses écrits, le bonhomme m’a beaucoup déçu, avec entres
Autres raisons, ses positions fascistes, et là pour moi, c’est largement
Suffisant pour éliminer tout artiste, même Céline,de ma bibliothèque.

Cnossos

Les hommes aiment aller voir en dessous du sol pour y découvrir
On ne sait quoi comme si la surface de la terre n’était pas assez grande.
Ils aiment à revenir sur leur passé pour trouver leurs racines, mais,
Il y a une pierre d’achoppement dans cette démarche de chercheurs
Bienveillants : généralement, ce ne sont pas les gens dupays qui font
Ce travail de fouilles, mais des personnes étrangères… Quelque chose
Comme des intrus... Aller farfouiller sous terre c’est comme aller à
L’intérieur de soi à la découverte de ce qu’il y a de caché « là bas »
Pour ensuite, écrire des histoires à faire passer le temps.

De Stijl

Toi, tu as aimé mon art, lui pas. Tu m'as offert ce livre et untee-short
Blanc avec cette phrase de Picasso :
"Quand je n'ai pas de bleu, je mets du rouge". Je le porte souvent lorsque
Je peins et à chaque fois je pense à toi. Tu l'as quitté, il y a déjà pas mal
D'années. Lui, fait sa vie sans toi et toi, sans lui, ainsi va la vie. De toi,
Je n'ai aucune nouvelle, ne voyant plus maintenant celle qui m'en donnait
Parfois et de lui, non plus, d’ailleurs, de rupture en rupture,
De deuil en deuil, on finit par grandir...
Fais de ma part, une grosse bise à ta famille, le destin n'a pas voulu que
Les rencontres d’autrefois fussent plus chaleureuses, dommage, mais que
Veux-tu, tous les chemins ne mènent pas à Amsterdam…

Cobra

COpenhague, BRuxelles, Amsterdam. COBRA.
C’est un groupe d’artistes s’étant mis ensemble pour peindre debeaux et
Magnifiques tableaux, plein de couleurs et de formes libres, ouvrant
Enfin la voie à un renouveau réel de la peinture et de ses quidams.
Ça n’a duré qu’un temps, trois années tout au plus, mais cela a suffi pour
Marquer l’art « MOderne » comme disait cet ouvrier merveilleux et dont
Je vais vous parler maintenant.
À peine arrivé au « château » il m’a fallu le restaurer. Il y avait beaucoup
De travail pour le remettre en état, alors il m’a fallu trouver, pour tous les
Corps de métiers, des personnes avec qui j’allais m’entendre etm’offrant
De la compétence et de l’amabilité. Et lui, ce fut tout de suite extraordinaire.
C’était un compagnon du tour de France, il était charpentier et s’occuperait
Du toit, qu’il disait ressembler à celui de la Cathédrale de Chartres.
Il était charmant, c'est fou ce gars-là et pour les factures, il me laissait
Décider du prix à payer son travail, parce que j’étais un artiste MO-derne,
Qu’il disait avec un léger accent.
Malheureusement, j’appris dix ans plus tard, qu’il était tombé d’un toit,
Et depuis, il est paraplégique. Sa femme à trouvéun remplaçant pour les
Toits des clients et la maison auprès d’elle. Récemment,je l’ai rencontrée,
Elle a beaucoup changé, ce n’est plus la même personne etpour les prix,
Ils ont doublé, alors nous sommes allés voir ailleurs.

Van Gogh

Une chose est incontestable, Van Gogh et moi avons une chose
En commun, c’est le côté peintre inconnu … 
Il n’y a rien de plus détestable que la reconnaissance de son vivant  !
Et puis les gens, vous savez, vous ne les changerez pas.
Ça les rassurent de voir qu’un grand artiste soit fou ...
Quoique l’art, vous savez, c’est pas net.
Il y à boire et à manger là dedans,
Faites très attention tout de même…
Comment, votre gosse ne va jamais au musée ?
Oh, ne vous en inquiétez pas, c’est peut-être pas plus mal.
Le foot, c’est beaucoup plus de son âge, dites-vous,
Ben woui, et votre mari, comment va-t-il ?

Tàpies

Pourquoi Tàpies met-il les sommiers, les matelas verticalement dans
Les salles d’expositions, alors que s’ils étaient normalement installés,
Horizontalement, les visiteurs pourraient faire la sieste. Les musées
Trouveraient alors une nouvelle et originale fonction, plus utile, plus
Proche des besoins de certaines personnes...

Les couleurs de la France

Vous connaissez quoi de la France ?
Je connais le Bordeaux, le Bourgogne, le côte du Rhône, l’Alsace et Paris,
La tour Eiffel, le Sacré-Cœur, Montparnasse, Pigalle et les putes
D’Amsterdam, le Gouda, le fromage de chèvre . J’aime aussi le chocolat
Lanvin et Dali pour la peinture, Jacometti pour la sculpture et …
Maman pour les gâteaux.
Bientôt vous saurez tout sur les associations libres et la psychanalyse,
Préparez vos cahiers pour prendre des notes !

Jacques Doucet

J’ai reçu hier en entrant chez moi, tranquille pépère, une lettre d’elle,
Ouverte accidentellement par je ne sais qui, une personne voulant
Probablement en savoir plus sur moi et sur le genre de courrier me
Parvenant par la poste. Je n’ai pu m’empêcher d’accuser mon facteur,
Inconsciemment s’entent, car je le soupçonne de s’ennuyer un peu,
Depuis qu’il a moins de boulot, vu à quelle cadence les entreprises
Fuient la France pour cause de taxe professionnelle supérieure à Paris
Qu’à Londres… Bref, je vous lis cette lettre telle que je l’ai reçue,
Ouverte par le facteur, et sortant, de ce fait, de la confidentialité.

Mon cher Doudou,

Je viens te faire part de mes soucis d’argent. J’ai vendu quelques toiles
De toi, entreposées dans mon grenier et qui n’ont pas beaucoup d’intérêt,
Au marché d’art contemporain de la rue Edgard Quinet, seulement,
Il m’a fallu baisser les prix, les acheteurs se font de plus en plus rares,
Particulièrement sur les tiennes, car à côté de mon stand, il y avait
Une dame, qui elle, vendait les œuvres de son Doucet, mort il y a peu,
À un prix je ne te dis pas, alors que c’est de la peinture comme toi tu fais,
Pas plus, pas moins.

Fondation Joan Miro - Saint Paul de Vence

Elle et moi, nous allions en vacances tous les mois d'août. C’était sympa,
Pas toujours, mais en gros, ça allait. Le soleil dans le midi à l’époque on
N’en avait pas peur comme maintenant, au contraire, on le recherchait
Plutôt, je m’en souviens, on allait sur la croisette à Cannes et on poussait
La perversion jusqu'à bronzer sans parasol, tu vois un peu… Parfois,
Pour fuir la foule ordinaire de ces congés payés de nouveaux riches,
Vite fait, nous prenions notre BMW d’occasion qui marchait encore,
Rouge et vachement agréable à conduire et nous allions à Saint-Paul.
Nous n’avons jamais rencontré ni Montant ni Signoret, mais nous
Fréquentions la piscine de leur hôtel où le ticketd’entrée n’était pas
Plus cher qu’ailleurs. Il y avait presque personne à l’intérieur, à se
Demander pourquoi, alors que le paysage était des plus merveilleux.
Je vous parle de ça qui n’a aucune importance pour vous, quand je
Pourrai vous faire un compte rendu de l’intérieur de cette fondation
De rêve où ces macaques de Picasso, Miro et compagnie ontsu faire
Leur pub…

Parfois, elle faisait des crises qu’il m’était difficile de vivre.
Était-ce la raison de votre séparation ? m’a demandé le psy.
Lorsque j’ai fait appel à lui dans ce moment où j’ai voulu tout
Remettre en cause, même les bons côtés de la vie.
Que voulez-vous, lorsque tout va mal : ça va mal, un point c’est tout.
Puis, avec le temps, les choses ont pris leurs places, on a mis de la
Distance entre elle et moi, nous avons décidé de vivre dans deux
Appartements séparés, elle chez elle et moi chez moi, c’était plus
Facile pour notre indépendance. Ni elle, ni moi, n’avons refaitnotre vie,
Car, libres nous sommes nés, libres nous mourrons, alors …

L’histoire

C’est l’histoire des hommes les plus, pas les moins, les plus.
Si tu n’es pas un tueur, t’es pas dans l’histoire.
La morale, il n’y en a pas.
L’école n’est pas l’endroit pour la morale, soyons réaliste,
Cessons de mentir. C’est fait pour sélectionner les gosses,
Et aussi les préparer à se battre, à être « les premiers sinon t’es rien ».
« L’histoire » c’est la violence, les guerres, dites-vous,
Ceci est votre avis et n’engage que vous, me rétorque-on. Si vous
N’aimez pas cette matière, n’en dégoûtez pas les ceux
Qui voudraient savoir ces choses du passé et d’abord
Pourquoi, si vous avez autant d’animosité à l’égard de l’histoire,
Pourquoi avez-vous chez vous, ce livre de terminales ?