Hamlet




On ne l'a pas revu, mais j'ai la conviction qu'il reviendra. Vous
Verrez cette apparition vous sauter aux yeux et vous lui parlerez,
Vous lui parlerez comme s'il s'agissait d'un vivant en mouvement.
Tenez, le revoilà, notre fantôme de la nuit, oui c'est bien
Lui, en chair et en os, mais attention, c'est notre père à tous, notre roi.
Qui es-tu, toi, l'homme, pourquoi ne nous parles-tu pas ? Mais déjà,
On le voit, il part sans rien nous répondre. Étranger, vers nous revient,
Car nous avons besoin de toi. Nous trimons tout le temps et ne
Comprenons rien à nos existences, tant le monde est en folie.
Les tentions sont partout et les hauts placés de ce monde cherchent à
Tenter le diable en voulant rétablir l'injustice pour mieux gouverner.

Soit le bienvenu, toi, trou de notre mémoire à tous, parle, dis-nous
Ce que nous devons faire, ne reste pas dans le silence à nous regarder
Et à partir au moindre geste, à la moindre demande de notre part.
Qu'avons-nous donc fait pour ne pas mériter ta confiance, car si
Tu reviens parmi les vivants, c'est qu'il y a eu quelque chose
D'irrésolu du temps, jadis heureux, où tu étais avec nous, assurant
À chacun richesse, liberté et bonheur, alors que maintenant, rien
Ne va plus et Hamlet votre fils souffre d'un mal dont nous ne savons
Pas la cause, mais qu'enfin nous allons voir, pour lui parler de vous.

Oui, je me perds au soleil et ne renoncerai jamais à ces nocturnes couleurs.
Mon œil ne sera jamais amical tant que le corps de mon père ne sera réduit
En poussière dans mon esprit. Sa mort est contre nature, contre tout.
Mes habits noirs reflètent mon âme et le deuil à faire dont vous parlez ;
Je ne peux l'accepter, n'étant pas un acteur, un fantoche, une marionnette
Dont vous pourriez à loisir tirer les ficelles pour imposer vos propres
Intérets : les morts laissent des traces, et ça, vous n'ypourrez rien.
Tous vos bons mots ne peuvent atteindre ni mon corps ni mon âme.
Je ne partirai donc pas, je resterai là présent, car un dessin m'appelle
Dont je ne sais encore les contours. En attendant, buvez, buvez autant
Que vous voudrez, mais de grace, pas à ma santé et si ce monde est
À tout jamais fatigué, plat et fait vomir les innocents, au moins les ronces
Avalées se transformeront, soyez-en assuré, en poison, lejour venu.

Amusez-vous de tout, camarades, car morts et mariages se conjuguent
Au présent en cette demeure. Mon père, vous, dont votre âme voit les yeux,
Vous, dont mes fidèles amis sentent et l'odeur et la présence avec effroi,
Réapparaît-nous à nouveau et met ta colère en action, car c'est d'elle dont nous
Avons le plus besoin. Quant à toi ma douce, tu es avertie par ton frère des
Complexes méandres dont je suis affublé du fait de ma naissance. Je garderai
Mes pensées pour moi et mes actes ne seront jamais vulgaires, toutefois, je
Tiendrai mon amour à distance ; d'une main ferme je calmerai mespulsions, de
L'autre je jouirai pour la vérité, et, si de moi on te parle en mal, te faisant douter
De mes humbles sentiments, alors, doute plutôt des mots que l'on te prodiguent.

Roi, toi, traître, continue tes bacchanales aux sons des trompettes autant qu'il te
Plaira, mais prends garde aux fantômes, ils se réveilleront des os d'un mort.
Et toi mon père, dit moi, dit nous, quand l'heure sonnera ? Je t'écoute, je
T'embrasse du fond du cœur et prends à mon propre compte l'objetde ton
Malheur. De ta reine, ma mère, tes mots en disent toute l'horreur dormant dans
Son vagin. Oui, horrible est le dessin dont tu me fais le discours. Au fond, il
Me déchire, que veux-tu que je fasse ? Ne m'abandonne pas, ne laisse pas
À nouveau ton fils seul, la brèche est allumée maintenant, mes entrailles n'en
Peuvent plus et crient aux abois leur détresse auquel je dois répondre, par les
Nerfs, par le sang. Je n'oublierai rien de ton cauchemar, il est mien
Dorénavant, ancré dans ma mémoire comme un couteaudans la plaie.
 
Grand fantôme, motus pour l'instant, reste en repos et laisse-moim'occuper
De ce monde de fous. Je lui ferais connaître de quel bois on se chauffe,
Dans la famille des "Hamlet". Et toi, mon amour, vois en moi le peintre
Fixer tes yeux de son regard perçant, bouge, notre destin nous appelle,
Au secours. Je vois partout, chacun ici-bas utiliser l'ami pour me définir
Fou à la face de tous, et diront de moi les pires insanités. Ils tenteront, avec
Des pièges, de me prendre par derrière, lorsque, un livreà la main, hagard,
On m'accostera. Je leur tiendrai la dragée haute et cracherai sur leur visage.
Méfiez-vous d'Hamlet, car Hamlet sait ce qu'il fait, et surtout ne perdez pas
Votre temps à vouloir me montrer la route, je la connais, je la connais trop
Bien. Maintenant, taisez-vous et laissez-moi parler, parbleu. J'ai perdu toute
Ma joie, je ne peux plus sourire ni aux hommes, ni au monde, sauf à jouer la
Comédie,  oui messieurs la comédie et pourquoi pas le drame, naturellement
Ne sommes-nous pas tous des tragédiens ? Une tirade, une tirade,il me faut
Une tirade, voilà tout. Au travers d'une histoire, racontez l'aventure de notre
Noble fantôme. Jouez largement l'avenir de mes jours et n'épargnez personne,
ni ceux de mon oncle, ni ceux de ma mère, quant à vous étranges amis, de mes
Désirs, taisez-en l'essence, ici, en ce lieu, où tout se jouera par les mots,
Par le sang du Christ, par les mots que je vous donnerai en secret.

En moi-même je culpabilise à n'être pas celui que jevoudrais être. Souvent,
À pleurer je passe mon  temps, ces larmes inutiles ne servent à rien, ne
Suis-je donc qu'un lâche, n'y a-t-il donc personne autour de moi  pour me
Voir, suis-je à ce point si transparent, si faible aux faits quim'entourent :
Aucune glace teintée ne me renvoie à ma propre et horrible image. Quel âne
Ne suis-je donc devant ce crime ? Mettre encore des mots, inutiles, criminels
Mots, à n'en point douter ? Action, action, réveillons-nous, il est temps, agissons
En maître, prenons la voie du calcul et de la stratégie, par les planches, par les
Planches et que les Dieux soient avec nous. L'art se doit d'être à mon service,
Voilà de quoi aiguiser mes couteaux et maintenant, écoutez, écoutez moi bien.

La question n'est pas de savoir si je suis ou ne suis pas, la question n'est pas
Une question à se poser, mais une réponse à trouver, coûte que coûte. Rien ne
Pourra appaiser le feu en moi maintenant allumé, et, demain m'importe peu,
C'est au présent, dorénavant, que je me dois vivre. Mais,taisons-nous,
Je vois poindre ma belle à l'horizon, j'en profiterai pour lui dire que je ne
L'aime pas et d'aller se faire voir chez les nones, merde à la fin, non, je 
N'engendrerais pas, à quoi bon faire des gars de mon genre, car pourri je suis,
Jusqu'à l'os, jusqu'à l'os, vous dis-je, et toi, toi, va chez les nonnes, bonsoir.

Pleure, pleure folle, sur ton propre sort, tous tes calculs sont détruits,
Non, je ne suis pas fou et vous tous, sans scruplules, étanchez
Votre soif d'avoir sous la main le coupable lavant votre mauvaise
Conscience , protégeant ainsi vos intérêts… Oui, del'amour,
Je ne fais plus commerce, ce sentiment et  bien d'autres me
Sont étrangers maintenant. Je devine en vous le désir de me voir
Disparaître, je vous rassure, je reste, vos manigances n'auront
Aucun effet sur mes actes, au théâtre, au théâtre, nobles gens,
Rendez-vous de sous la plume, mes mots pourfendront et vos
Corps et vos âmes, je suis votre serviteur souffrant, votre maître
De ballet… Alors, que la musique commence et le rideau se lever.

Que les acteurs aillent au cœur, au cœur du cœur, voilà leur métier
Quant au mien, il sera aiguisé par la preuve et non par vos semblants,
Vos micmacs, vos mauvais coups, je vous donnerai le sens, la direction
À suivre par la bouche de mes comédiens et non celle de mon horible
Amante. Vous trierez à votre guise les vers de mon cru oùil sera
Question de l'infortune de l'amour ou plutôt de ce dictat : il nepeut
Y avoir d'amour sans fortune. Et vous verrez, vous tous, oyez, oyez,
Vous verrez la comédie humaine dans toute sa splendeur, la comédie
Des nantis se déployer sur les planches comme une fille payée pour
Ses charmes. Certes, j'ai les esprits malades, mais jamais,
M'entendez-vous, jamais, je ne demanderai pardon à quiconque.
J'irai sur le lit de ma mère, comme elle le demande expressément,
Et nous parlerons ensemble… En ce lieu, ma langue se déliera, le
Verbe ne manquera pas, ma mémoire crachera le venin du contenu
De mon âme, soyez-en assuré. Mentir, mentir, voilà le mot, le
Maître mot qu'il faut, et toi pipeau, vient caresser mes lèvres et
Leurs apporter le soutien et les sons dont ils ont tant besoin.

La folie en liberté vous devient dangereuse, disait-il jadis, et
Derrière la tenture, écoutait tous mes discours. Je le voyais là,
Geignant comme un farfadet, impuissant à toute chose, regardant
Ses mains comme sa sœur Macbeth, dont nous parlerons un jour,
Mais pour l'heure, levons les yeux et regardons en face. Quelle
Farce, mes amis, quelle farce ! Là-haut, morts, point de fraude,nus
Nous serons, nus nos actes, nos pensées, nos folies. Là-bas,
Ne comptez pas sur les anges, car dans la boue nous serons
Jusqu'aux dents. Mon glaive chatouille ma hanche, la tentation
Est là, elle me tend les bras. Je ne peux rester insensible à ces
Bouleversements, toutefois, mon corps et mon âme doivent
Coordonner leurs actions, respirons bien fort et attendons un
Moment plus propice. Mais qu'ai-je donc ? Mon sang, mon
Sang, mon cœur s'affole, les mots m'envoûtent, ils brûlent tout
En moi : le fantôme ravage tout sur son passage, je délire. 

Manger, dormir, voilà l'occupation des hommes durant les
Siècles, tels des animaux animés de pas grand-chose, seulement
Ça, vivre, survivre tout au plus. La terre s'est recouverte d'une
Coquille d'œuf. J'y vois des images immenses, elles viennent
En permanence me rappeler à ma charge et mon être peureux,
Voit un danger de tout. Maraudeurs, maraudeurs, fouinez à
Votre aise les tripes des morts, quant à moi, je dois partir à
Londres faire mes emplettes. Ha, ha, comme tout cela est
Drôle, maudit soit le jour de ma naissance, lorsqu'un homme
Et cette femme s'unirent pour former ce magma de matière,
Cet objet que voilà devant vous… très heureusement périssable.

Et toi, peuple, bouillonne ta colère, ta rage, à l'endroit de ces
Bêtes. Aux discours pestilents, vous, la racaille, choisissez votre
Propre seigneur, nommez-le roi de votre citée, jetez à larue ces
Fous délirants aux poignards pleins de sang. Mettez sur leurs têtes
Le romarin de votre jardin, le fenouil et les pâquerettes, vous
Contenter de la justice est, je vous le concède, un leur, quant à
Moi, je ne veux rien, ni de vous ni de personne. Les louanges, les
Charabias, caressent dans le sens du poil, certes,  mon orgueil meurtri,
Mais rien n'y fera, soyez rassurés, on ne m'aura pas. Des lettres me sont
Adressées actuellement par porteur assermenté, je vous quitte, à bientôt.

J'ai débarqué tout nu dans votre royaume, sachant pertinemment
Les dangers, faux et vrais, venant de vous comme de moi. Les instruments
Sont en place, les jeux de l'escrime peuvent de suite, crever l'abcès et
Soulager mon mal. Je suis de retour, vous ne m'égorgerez pas. Dans ma
Chambre, informé de vos maneuvres, je ne resterai pas impuissantface
Au poison de votre lame ou à celui de votre eau. Elle, noyée ?
Noyée l'infortunée, que pouvait-il lui arriver de mieux ?
Faussoyeurs, fossoyez tout autour de vous, travaillez, bêchez le
Jardin de la mort, demain approche, vous allez avoir du boulot.

Mes questions m'obsèdent, elles me  fatiguent au plus haut point,
Je suis las maintenant de tout ça, mon esprit sournois en permanence
Se démène à raccorder les bouts, comme s'il avait à atteindre un objectif
Particulier. Mes os me font atrocement mal, mais cachons cette
Souffrance, elle risque de m'affaiblir aux yeux de mes ennemis.
Hola, hola, nobles fossoyeurs, dites-moi à qui est ce trou-là ?
Ah oui, je me souvient de toi, homme du passé, te revoilàà nouveau à
Me narguer comme jadis lorsqu'enfant tu me faisais rire avec tes orbites,
Me regardant droit dans les yeux et me chantant un requiem. Ote ta main
De ma gorge, fantôme revenant, lâche-moi s'il te plaît, je tombe. Tous,
Ensemble, nous serons comme ensommeillés, recouverts d'un caban
Noir sur le dos, le ciel veillant sur nous comme on veille les morts.
Toi qui sais tout, dis-nous, allons-nous jouer ainsi longtemps?
Et puis, dis-nous, je t'en prie, quand nous sommes authentiques ?
Voilà, voilà de quoi sont ornées les stèlesdes cimetières, elles disent
Aussi nos responsabilités, nos devoirs,  mais je me dois decesser
Tous discours et regarder en face mes ennemis, je les saluerai d'abord,
Après je ne réponds plus de rien, pensant à la mamelle de celle qui me
Fit naître, j'irai droit au coeur. J'en ai mal partout, chut , jene suis pas une
Femme à écouter tout le temps ses maux. Je me dédoublerai, adieu.