Mon cher Pécuchet,

Si nous voulons changer le monde, il va nous falloir
De la patience, de la ténacité, de la rigueur, de la méthode.
C’est pourquoi je m’adresse à toi pour avoir ton avis
Concernant mon projet de parler de la psychanalyse,
À un autre niveau que celui que l’on connaît . Ces médecins,
Ces dits freudiens, lacaniens, adlériens, jungiens et j’en passe,
Sont tous des charlatans que nous devons impérativement
Mettre en échec, si l’on ne veut pas voir cette science
Tristement mourir de sa belle mort.

Si tu as compris, comme moi, l’importance du rapport étroit
Qu’il existe entre les mots et les images, il n’en reste pas
Moins qu’il est de notre devoir d’expliquer comment tout
Cela se matérialise dans nos organes mentaux.
La psychanalyse est l’un des moyens d’action que nous utiliserons
Pour aller plus avant dans cette recherche fondamentale qui
Est la notre et nous pousse à aller de l’avant, et pour cela,
J’ai besoin de ton avis, mon cher, mon très cher ami.

Dois-je continuer, d'après toi, l’inventaire de ma bibliothèque
Comme je l’ai fait jusqu’à présent c'est-à-dire avec ces associations
Savamment chaotiques et cette contrainte : écrire sans ouvrir le livre ?
Ou dois-je agir autrement ? Tu vois combien la distance qui nous
Sépare, toi là-bas, moi ici, nous handicape et nous empêche une mise
En place d’une théorie commune dont le monde a besoin actuellement,
Mais, je comprends bien la situation… ta femme, les enfants, le travail…
Je t’embrasse bien fort.
Ton Bouvard.

Le premier livre qu’il eut à traiter de cette étagère fut ce livre de Jung. Cela
Lui rappela les années 85 où il fit une psychothérapie avec un Jungien
Justement.

C.G. Jung - L'homme et ses symboles

Pour parler de psychanalyse, c’est ma chance de tomber sur ce mandala
Tibétain dont je n’ai rien à foutre. Tout ce qui est mystique m’emmerde
Au plus haut point, mais le hasard l’a voulu ainsi, alors assumons.
On m’avait conseillé d’aller consulter ce psy, car il traitait les gens souffrants
D’une maladie terrible que je portais sur les épaules un peu trop seul. 
Mon ex.femme l’avait entendu, lui, dans une de ces conférences se passant
Au sous-sol d’un immeuble pour intellos à Saint-Michel et où j’allais la
Chercher en voiture après leur bla-bla-bla, pour la raccompagner chez elle.
J’ai toujours eu peur qu’elle se fasse agresser, le soir. Aprèsune crise
Sévère, je pris rendez-vous avec ce médecin, n’ayant plus rien à perdre.
Par ailleurs, j’ai toujours écouté ses conseils bienveillants, à l’époque je
Croyais vraiment qu’elle m’aimait. À l’issu de la première consultation,
J’avais accepté mentalement la déco de son cabinet. Toutes les pièces
Étaient ornées d’objets religieux  similaires à ceux de ce bouquin de Jung :
Mais enfin, m’étais-je dit raisonnablement, c’est son fond de commerce,
Restons sereins, restons zen.

Il m’a fallu accepter de m’allonger, car on s’allonge parfois chez lespsys
Et dans mon cas, ce n’était pas évident, il y avait une croix sur le mur
Avec le Christ en personne accroché dessus. Pour un juif, me suis-je dit,
N’est-ce pas un péché coupable ? Que penserait ma mère si elle savait ça ?
J’ai passé outre cet obstacle, d’autant que je suis, à la vérité, athée pas mal.
Je devais impérativement m’abstraire de ces questions pour accéder enfin
Aux raisons profondes de mon mal. J’avais, dès le départ, établi un
Contrat avec lui, j’ai toujours agi de la sorte avec mes psys : j’avais limité
À une année ces visites hebdomadaires. À la fin de ce travail, je n’étais pas
Plus guéri qu’avant, mais je n’avais pas l’impression d’avoir perdu mon
Temps, ayant toujours tiré profit de ce que je vivais, même ça.

Certains aiment à dire : Jung a pensé ceci, il a écrit cela… 
Que ce soit de Jung ou d’un autre gentleman, j’ai toujours eu horreur
D’entendre ces formules sortant de la bouche de quelqu’un qui fonctionne
Par références, cela m’est tellement insupportable que je coupe souvent
Court à toutes velléités de dialogue…Ce qui est terrifiant, voyez-vous
C’est leur côté sérieux. Aucun humour, aucune distance, on sait de quoi
On parle, on maîtrise le sujet et leur objectif réel est de nous instruire,
Nous, bandes de cons, d’ignares, d’idiots.
Et, pour nous impressionner, ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère,
Ils y mettent les bouchers doubles, ils n’ont peur de rien, et toi, pauvre
Bougre, tu vas te ruiner chez eux, à quatre-vingts euros la séance,
Parce qu’ils sont supérieurs à toi, toi qui sais si bien
Entretenir ce sentiment d’infériorité qui fait tout ton charme.

Certains, rapidement, à la lecture de ces premiers mots, vont déduire
Hâtivement une haine de ma part à l’égard de ces spécialistes de l’âme.
Qu’il n’en soit pas ainsi dans leur esprit…
Sans relâche, continuons notre travail, la route est longue.

Laplanche et Pontalis - Vocabulaire de la Psychanalyse

Il faut avoir ce livre de référence chez soi, par contre,
On n’est pas obligé de l’ouvrir, car il est incompréhensible
À tous ceux qui ne sont pas psychanalystes.
Je ne vous parlerai pas de Laplanche, car il m’est inconnu.
Par contre, Pontalis, j’ai tous ses livres sur mon étagère psy.
Nous en parlerons plus tard, si vous le voulez bien, mais pour l’heure,
Sachez seulement que ce dictionnaire l’a propulsé dans les hautes
Sphères de l’intelligentsia psy. Il est un pilier chez Gallimard, à Paris.

Ouvrons l’objet pour nous faire une idée de ce qu’il contient.
Comme tous dictionnaires, il commence par la lettre A.

Exercice de style A :

L’Abstinence permet l’Accomplissement du désir lorsque l’Acting-out en
Activité génère de l’Affect ou de l’Agressivité selon l’Altération du moi.
L’Ambivalence de l’Amnésie est Anaclitique (dépressive) lorsque le
Travail Analogique par l’Analyse didactique de l’Analyse directe
Provoquent toutes deux une Angoisse devant un danger réel.
Pontalis est là surveillant le cours menant à l’Annulation rétroactive du
Pauvre malheureux Aphanisis de l’Appareil psychique souffrant.
L’Association d’une Attention flottante dans le cadre de l’Auto-analyse
Se transformant en Auto-érotisme, évidemment…

Voilà pour la lettre A. Je vous fais grâce des autres lettres de l’Alphabet.
Si cela vous a intéressé, reportez-vous au bouquin que vous trouverez
Gratuitement dans toutes les bibliothèques municipales de France.

Octave Mannoni - Nous nous quittons. C'est là ma route.

Si j'ouvre ce livre à la page 80, je tombe sur une photo me donnant
Des frissons. Elle représente une route terriblement noire, bordée à droite
Comme à gauche, d’une masse blanche surréaliste, abstraite, menant
Nulle part, mais au fond duquel, nous pouvons apercevoir une barrière
Fermée sans issue. J’angoisse. Pourquoi cette carte postale s’est-elle trouvée
Là, entre les pages de ce livre précisément ? Est-ce le fruit du hasard où
Celui du mauvais sort, voulant faire un clin d’œil au titre justement ?

. Qu’a-t-il dit ton mari en partant hier soir ?
.  Nous nous quittons, c'est là ma route.
. C'est ce qu'il a dit ?
. Oui Marcelle et en plus, il a rajouté qu'il avait lu cette réplique dans
Un bouquin à la librairie du centre ville, là où la vendeuse ne peut
Me pifer, vu que je n'achète jamais de livres, mais quand je passe avec
Les gosses, Pierre et Gérôme me poussent à l'intérieur pour les pokemons,
Alors évidemment, il y a toujours un ramdam avec eux, tu imagines.
. Donc, il te largue pour aller avec cette salope de vendeuse de livres ?
. Quoi, que me dis-tu là Marcelle, quelle salope ?
. Oh, je viens de faire une gaffe, je croyais que tu étais au courant…

Au décès d’Octave Mannoni, Maud son épouse, a rassemblé trois carnets
De notes de son époux, qu’elle aurait pu garder en souvenir de leur
Vie commune, égoïstement, pour elle toute seule. Elle préféra les faire
Éditer, probablement se disait-elle réaliste, qu’après, personne ne
S’inquiéterait de leur passage sur terre, malgré tout cequ’ils ont fait
Pour les uns et pour les autres et aussi, soyons réaliste, poureux-mêmes
Sinon, ils seraient resté gentiment dans leur coin. Malgré cela,
Ce livre est un réel témoignage d’amour, mais aussi, un moyen d’accepter
Le départ de l’autre, celui qu’on a aimé pour en faire son deuil.
Seulement voilà, nous ne sommes pas tous égaux en la matière :
Certains écrivent, d’autres pas…
Je m'égare tout le temps, va falloir que je m'introspecte.
Octave a vingt et un ans quand il commence les récits de ses impressions
De jeune homme en quête d’identité, tout comme nous, gensordinaires
En attente d’avenir. Dès les premières pages, on a une bonne image du
Bonhomme. Voilà un gars qui a une bonne culture générale, de bonnes
Références et chose assez rare, déjà pensepar lui-même.

Du bon fonctionnement des synapses.
Lorsqu’on est jeune comme il l’était à l’époque, les contacts électriques
Cérébraux fonctionnent plus facilement que plus tard, lorsqu’on vieilli.
Il est surprenant de le voir parler de la passion amoureuse de cette manière.
Il dit : lorsque la passion vous prend, on ne peut rien faire contre elle,
Le seul moyen d’y voir clair est de l’analyser. Dire ça en 1921, c’était
Un signe d’intelligence. Voilà quelqu’un à suivre de près.

Ce livre est celui que Maud Mannoni m’a adressé le 1er août 1997,
Accompagné de sa lettre me disant de bons petits mots réconfortants,
Après notre seule rencontre où, je lui montrais quelquesphotos de
Mes tableaux et des textes de mon cru : pas terribles, je m'en souviens.
Je ne sais plus trop bien ce qui m’avait motivé pour aller la voir.
Si, ça me revient maintenant, c’était un psy à Chartres, il l’avait
Connu du temps de sa jeunesse et était informé de mes travaux
Picturaux, alors, il avait dû faire une confusion entre autisteset artistes…
Ne sachant que faire de mes souffrances, il me dit que Chartres n’était
Peut-être pas le lieu idéal pour moi, trop dandy, disait-il, trop dandy
Vous êtes… Proust, Illiers n’étaient pas loin, seul Parisvous conviendra.
Ça tombait bien, c’était mon projet d’y retourner.

Étrange mémoire, pourquoi ai-je retenu cette chose que Maud m’a dite ?
Lorsque les enfants autistes de son école créent un dessin ou un tableau,
Ils ont le choix entre les accrocher sur les murs de la classe ou les brûler
Dans le jardin, lors d’un cérémonial organisé unefois par semaine. Ainsi,
De cette façon, ils éliminent le mal qu’ils portent en eux par le feu.
Curieusement, cette idée de brûler mon œuvre picturale, je l’ai eue parfois.
Je sais, Kafka aussi voulait qu’on brula son œuvre après sa mort …Mais,
Heureusement je ne suis pas Kafka.

« Nous nous quittons, c'est là ma route »
Pardon si je te quitte, peut-être est-ce à contrecœur, mais,
C’est le moment pour nous, de prendre du recul, de la distance, pour
Nous régénérer, nous reconstruire. Je dois vivre autre chose que
Cette vie avec toi… Pourtant, je t’aime encore, mais il y a d’autres
Personnes ailleurs, d’autres histoires à vivre. Vouloir toucherun
Autre corps que le tien est futile, je te l’accorde volontiers, voit-le
Comme une volonté de me divertir… Je sais, tu m’aimes, mais ton
Amour est devenu depuis quelque temps, un poids, un poids trop
Lourd à porter, d’autant qu’il vient s’ajouter à tout lereste, j’ai
Besoin d’oxygène, etc.. etc...
... Vous connaissez la musique…

Chère amie,
Nous nous quittons parce qu’il le faut. Il n’est pas question de continuer
À vivre ensemble du seul fait de l’avoir décidé un jour. En aucune façon,
Nous n’accepterons de voir s’installer entre nous la médiocrité, car très vite
Elle se transformera en fardeau qu’on portera, histoire d’avoir quelque
Chose à porter plutôt que rien du tout. Regardez, s'il vous plaît, ne serait-ce
Qu’un instant, tous ces gens à la mine déconfite par la marmelade du
Quotidien, les coups, la violence des mâles et ces femmes aux cernes
Noirs qu’on voit dans le métro, le matin, lorsqu’on va au boulot. Mais
Nous savons tous qu’être malheureux c’est tout de même exister
En tant que matière vivante. De surcroît, le bonheur est trop éphémère
Pour prendre des engagements sérieux avec lui, à long terme s’entends.

Revisiter le passé, j’ai bien peur qu’on en ait besoin : cela nous rappelle
Des histoires, nos histoires à nous. En fait, c’est nous, c’estce qui nous
Constitue. Il importe peu à notre mémoire la raison du pourquoi des choses,
Tout est mélangé à l’intérieur, ce qui s’est passé hier ou il y a vingt ans,
Le bon et le mauvais, le bien et le mal sont côte à côte, notre tête ne sait pas
Faire la différence, pour elle, tout cela c’est du pareille au même.

Octave, tu penses parfois qu’il est illusoire de vivre. C'est ton problème.
Seulement, ce n'est pas avec ces considérations que nous allonsapporter
De l'énergie aux jeunes. Ils ont besoin de savoir que c'est la vie
Qui domine la vie et non la mort. La mort on s'en fout ...
Si ton épouse a décidé de faire éditer tonjournal après ta mort,
Je peux bien sur le comprendre, mais n’est-ce pas contestable ?
Aimerai-je voir quelqu’un en face autant de mes écrits lorsque
Je ne serais plus là ? Ecrire un livre est trop personnel, toutcomme
Un sculpteur taille sa pierre, un peintre construit son tableau,
Personne d’autre ne peut le faire à ta place. Si je me permets de te
Dire tout ça aussi franchement, ce n’est pas pour dire du mal de ton
Épouse, seulement, c’est affreux de ma part, je ne trouve rien dans
Ce livre qui puisse justifier ce tirage, sauf peut-être, l’amourqu’elle
Te porte.

Je suis à la page 259 et le livre en contient 420.
Je suis tenté depuis la page 50 à l’abandonner, mais bien que je sois hostile
À tout effort indispensable à notre survie, je continue un peu à contrecœur.
J’apprends à la page 273 que tu commences une psychanalyse avecLacan
Et tu vas en retranscrire des bribes ici même. Je dois donc attendre la
Page 300 pour en prendre connaissance …  Patience, ne pas abandonner !
Nous sommes en 1944. C’est la fin de la guerre. Hitler. Les Allemands.
Les camps. L’horreur de ce que les hommes sont capables de faire à
D’autres hommes. Expliquer.
Depuis longtemps j’attendais le moment où je ne pourrai reculerdevant
Cette tache : expliquer la mécanique qui fait que l’impossible est possible.
Boltanski avait montré à Beaubourg, il y a quelques années, des familles
Allemandes unies, avec des hommes en costumes militaires avec la croix
Gammée, bien entendu. Ils posaient là avec leurs femmes et  leurs enfants
Dans le cadre rassurant de la photo. Tout était normal, la vie courante,
Le bonheur dans la maison : militaire est un métier comme femmeau
Foyer ou gosse écolier.
Comment en arrive-t-on là ?
En nous, deux paroles s’affrontent en permanence, à tel point qu’il est
Difficile de cerner laquelle de ces deux voix est dans le vrai, le juste ou
Le mieux à suivre. L’une nous permet d’avoir des rapports plus ou moins
Cohérents avec nos semblables et nous arrivons ainsi, tant bienque mal,
À être sociables, grâce à cette faculté d’adaptation qui nous caractérise et
Qui fait aussi de nous des êtres pouvant survivre sur tous terrains ... Notre
Objectif étant d'arriver intelligemment à la satisfaction de nos besoins .
 
Seulement, de l’autre côté de je ne sais ou, un petit animal intérieur vient
Nous susurrer à l’oreille, nous donner un avis contraire sur tout. C’est
Inimaginable de vivre avec ça, pourtant vous comme moi y avons droit,
Du matin au soir, jamais de répits, il agît comme un terroriste, à la vérité
C’est ce que j’appellerai plus tard notre « inconscient terroriste ».
Sa volonté est de contrer l’ordre établi, de briser tousnous projets, toutes
Nos actions avec ses idées irrationnelles. Sournoisement, il contestera
Toutes nos décisions, nos propres désirs, nous apportantà chaque fois des
Idées loufoques, complètement débiles, qui nous feront artistes ou criminels.

Je ne sais si vous me suivez, si tout cela est assez clair et si vous voyez le
Lien avec notre sujet : ces salauds d’Allemands en temps de guerre ?
Au début de mes investigations sur cette question, ce petit animal je le
Nommais « petit lapin », puis les choses avançant je compris que nous
Avions affaire là à quelque chose de plus grave agissantd’une manière
Involontaire dans l’organisation de nos conflits internes… De tout cela
Nous en reparlerons tout au long de cette promenade psychanalyse.
Certains ont trouvé d’autres mots pour dire des choses semblables, mais
Je ne pense pas qu’il soit inutile de les revoir ou de les reformuler à ma
Façon… Pourquoi un petit lapin ? À vrai dire, je n’en sais rien, mais
Probablement veux-je prendre de la distance pour ne pas crever la
Gueule ouverte,  comme on crève en général.

Lorsque je me lance dans ce genre de discours, je me dis tu n’es pas un
Psy, tu n’es qu’un artiste et les artistes c’est fait pour divertir… Alors,
Chacun à sa place et les vaches seront bien gardées.

Sur l’animalité de l’homme, qu’il me soit permis de faire état de mon avis
Sur cette affaire, qui fraya la chronique il y a quelques années, je veux
Parler de l’affaire Cantat-Trintignant. C’était une simple scène de ménage,
Pas plus, pas moins. Seulement, une scène de ménage qui a mal tourné.
Après, il a essayé de se suicider, mais a loupé son coup, alors le voilà obligé
De vivre ça. Il  transcendera ce malheur au service de quelque chose de plus
Grand, m’a-t-on dit. Oh, c’est génial, j’imagine déjà… Qu’il monte sur la
Scène pour gueuler sa rage contre… mais contre quoi ? contre qui ?
Je sais, les militaires donnent la mort tous les jours et ce sont des héros,
Mais donner la mort, même dans le cadre d’un accident de voiture, fait de
Vous un autre homme qui ne fait plus parti des vivants que nous sommes.
Si Marie meurt, je préfère ne pas vivre, a-t-il déclaré. Je comprends.
Je ne trouve pas d’autres alternatives pour lui que le suicide, sinon,
La justice des hommes, mais faut-il avoir encore envie de vivre cette
Folie-là.

Mais revenons à l’allemand. Son lapin, son inconscient terroriste interne,
N’avait-il pas de gendarmes assez forts pour le protéger de faire ces
Saloperies ?
Et cela peut-il nous arriver à nous, demain ?
Oui, si certaines conditions sont remplies :
1) Un affaiblissement de notre situation personnelle (maladie physique,
Psychique, chômage, divorce, un ensemble de contrariétés et de difficultés
De toutes natures…)
2) Une « bonne raison »  justifiant de reporter nos malheurs sur « l’autre »
3) Une voie forte nous autorisant à enfreindre ce qui était avant le droit chemin.

C’est là que les Hitler et consorts interviennent. Ils savent dire ce qu’il faut,
Comme il faut, toujours fortement, car l’animal en nous, curieusement ne
Sait obéir qu’à la fermeté, alors évidemment, un costume militaire…
D’autant qu’avec ça, nous larguons par la même occasion toutes les
Obligations routinières quotidiennes qui vous gâchent la vie… Bref,
Cette terrifiante faiblesse commune à tous les hommes, étouffe tout espoir,
Toute croyance sérieuse en nous-mêmes. À ce moment-là, vous n’êtes plus
Vous même, vous êtes un soldat qui fait ce qu’on lui demande de faire,
C’est tout et la cerise sur le gâteau, c’est que cela vous comblera de bonheur
Quelque part, quelle horreur. Vous allez, comme tous vos copains depuis
Des siècles, vous allez pouvoir libérer vos archaïsmes les plus refoulés,
Vous allez pouvoir voler, violer, tuer sans vergogne, vous en avez
Le droit, l’obligation même, c’est dorénavant votre métier maintenant,
Taisez-vous, rompez.

Mais cette démonstration est-elle suffisante pour comprendre lefascisme,
Tous les fascismes, toutes les violences ? Pour l'heure, restons-en là et
Revenons à notre pauvre Octave Manonni qui patauge dans la gadoue avec
Ses poèmes et ses comptes rendus de rêves. Dans ce qu’il dit de Lacan,
Il n’y a rien de concluant, et puis, raconter ses rêves n’a d’intérêt que si l’on
En donne une interprétation intéressante, une narration attrayante,
Je veux dire chouette à lire, ce qui n’est pas le cas ici.

Octave Mannoni - Le racisme revisité

Ne nous attardons pas trop sur Octave.  1947, année de ma naissance.
Étude sur les Malgaches de l’époque. Il est dans ses propres contradictions
Avec pleins de bonnes intentions, mais tout ça n’est pas clair,à tel point
Qu’il s’est senti obligé, tout au long des rééditions de rajouter des expliques
Comme pour réparer quelque chose qu’il avait du mal à digérer.

Claude Olievenstein - L'homme Parano

C’était il y a quelques années, je ne sais plus avec quij’étais, mais je me
Souviens de ce restaurant où Claude Olievenstein était souvent là, attablé
Avec toute une équipe de copains. Ils s'amusaient comme des petits fous,
Et pour nous, mes amis et moi-même, ça nous avait surprisde voir des
Psys se lacher comme ça en public... lol
De voir les gens en chair et en os, ça démystifie l’image qu’on en a et
Qu’en donne les livres et les médias.
Un jour, il quitta tout et surtout son travail à l’hôpital, sans laisser d’adresse.
Il part à Manille pour écrire ce livre-là. Il fait un exposé sur la parano en
Général et de la sienne en particulier. Il a su s’impliquer personnellement
Pour nous éclairer un peu, le garnement.
C’est donc un homme qui pète les plombs, écrit un livre,y jette tout le mal
Qu’on lui a fait, puis revient tout neuf, tout beau, prêt à redémarrer.
En attendant, son livre, faut se le farcir, et même si parfois il dit vrai,
Dans le fond, c’est fatigant, la parano des autres...

Claude Olievenstein - Le non-dit des émotions
  
À peine ai-je ouvert ce livre ce matin, que je l’ai refermé immédiatement
Pour penser au moment passé avec toi, hier après-midi etoù nous avons pu
Évoquer quelques soucis, à ce jour non dits et malheureusement à peine
Ébauchés. Qu’avons-nous dit de ce qui était à dire ? Peut-être, ai-je trop
Mal joué mon rôle de gendarme et tu l’as mal pris, mais comment faire
Autrement avec un ami lorsqu’il perd un peu pied ? Ah ! comme les
Relations humaines sont parfois difficiles, lorsqu’on y met de l’affect.

Il m’arrive, comme à tout le monde, de faire des achats qu’après je regrette.
À quoi correspondait celui-ci dans la tête du pauvre malheureux que j'étais
En 1990 ? En premier lieu, le nom d’un éminent médecin de la médecine
Du pire et donc sur qui on pouvait compter en cas de besoin…
En second, il traîtait de l’objet de tous mes malheurs : les émotions.
Elles ont toujours été à la source de tous mes tracas, de toutes mes maladies,
Alors, j’ai espéré un instant, innocent que j’étais, trouver à l’intérieur de
Ce bouquin, des pages pouvant agir sur moi comme un remède.
... Ce qu’on peut être ridicule parfois !

À qui s’adresse ce livre ? Sans faire dans la démagogie à six sous, je ne
Connais pas beaucoup de gens, intellectuellement normaux, c’est à dire
Dans la moyenne générale nationale, je parle de ceux qu’on croise dans
Le métro, dans la rue ; ces employés, ces ouvriers, poureux, cette
Littérature c’est de la merde. Ont-ils tort ou raison ? Je ne sais pas.
Tout ça pour dire que j’aimerai écrire pour tout le monde…
L’avantage avec Internet est de ne pas savoir qui te lit, mais enfin
J’imagine mal un plombier aller lire mes textes avant d’aller déboucher
Les waters de tante Léonie.

Il va de soi depuis toujours, pas seulement depuis Freud, qu’en « le »
Disant, tout entre dans l’ordre ; c’est le but du jeu, l’objectif du psy,
Même et surtout si ça doit prendre dix ans de consultations
Et d’honoraires aussi. Actuellement, on voit tous ces "trucs dits" à
La télé et pas qu’à la télé, mais enfin c’est un exemple . Chacun y va
De bon cœur pour dévoiler devant nos écrans, ces poubelles de
"Machins" qu’ils ont traînés toute leur vie comme une boule de canon.
Merci Mireille Dumas et consorts, seulement, petits voyous, vous faîtes
Avec  « l’intime » des gens, du spectacle à bas coût. Tout le monde est
Consentant, d'accord, mais consentant à quoi ?
À vrai dire, révéler "la chose" ne sert à rien. Ces "confidences douloureuses"
Que l’on garde en nous, doivent le rester. Parole de scout. Par contre,
Il faut savoir que c’est ça qui va agir sur nos comportements,
Nous faire mal, souvent. Savoir qu’il faut être à son écoute lorsqu’
"Elle" vient à la suite d’un événement de la vie de tous les jours.
Ces non-dits, ces petits secrets, nous n’avons pas d’autres choix que de
Les laisser vivre en nous, car ils forment notre être, notre personnalité.
Vouloir à tout prix les effacer, les tuer est un leurre, ne vous y trompez pas,
Nous allons vivre avec, tout au long de notre existence, mais ce peut être
Aussi de grands amis, lorsque nous saurons les gérer et ne pas en avoir peur.

Cela fait bien longtemps que je voulais vous la servir, celle-là. J’attendais
Le moment propice, voilà c’est fait, merci de votre écoute, mais comme
Ce n’est pas très clair dans votre esprit,  nous reviendrons sur la question,
Comptez sur moi !

Tous les amis qui me connaissent, savent qu’en ouvrant un livre de ma
Bibliothèque, ils trouveront un marque-page placé autourde la page 50.
Depuis toujours, je lâche ma lecture rapidement, sauf depuis quelques
Années où je fais des progrès substantiels, grace, entre autre, à certains
Produits pharmaceutiques ordonnés par un médecin bienveillant.
Il m’arrive même parfois, d’aller jusqu’au bout de la fin d'un livre.
Il y a plusieurs raisons à ce problème. Ma lecture est trop lente.
Est-ce mes yeux, mon cerveau ? Je n'en sais rien. En vrai, je ne retiens
Rien de ma lecture, je me suis déjà défini DTA :
"Dyslexique, Tendance Amnésique". Ajoutons à cela ma totale
Méconnaissance de la grammaire française, mais curieusement, j’arrive
À écrire avec la musicalité des mots ; c’est une sorte de brouillard flou,
Alors, je laisse les associations se construirent les unes après autres.

Les livres que nous avons, vous et moi, dans nos bibliothèques,sont
Dûs aux choix des éditeurs. Je les soupçonne d’avoir des critères bien
Précis pour éditer tel ou tel livre et nous les mettre sur les étals de nos
Librairies, à la Hune, à la Fnac. Ces critères, lesquels sont-ils ?
Que ce soit vendable. Ils se doivent donc, de ne sélectionner que des
Produits faciles à bazarder et au plus grand nombre. C’est pourquoi,
Il est préférable d'avoir un nom connu, d'abord… Tout cela m'obsède,
Me rend malade, faut-il m'astreindre à éteindre la télé, ou faut-il plutôt
Me lancer dans un autre inventaire : celui de cette boîte à merdre ?

Que disais-je des maisons d'éditions ? Je disais qu’ils faisaient la pluie
Et le beau temps, toutefois, un doute en moi s’est installé hier à
Quatorze heures précises : ne sommes-nous pas à côté de la plaque
Quant au respect que nous avons des livres ?
… Il est temps de prendre un calmant.
Remettre en cause les livres et ce qu'ils représentent, ce n’est pas les brûler,
Mentalement s'entend, mais c’est plutôt un exercice intellectuelque l'on
Peut oser, pourquoi pas ? Tout le monde a bien compris qu’ici tout estalibi
Pour écrire, arrêter la pensée qui file bêtement, réveiller les neurones
Dormants, les exciter, les mettre à l’épreuve. Juliette disait :
"L’idéal est d’arriver à l’écriture après avoir beaucoup lu", à moins que
Ce ne fut le contraire ? De tout temps, j’ai pensé que lire relevait de la
Passivité.  Cette idée stupide n'a pas aidé le jeune homme que j’étais,
Seulement, le plus pénible est ailleurs.  Là où se trouvent ceux qui n’ont pas
Eus la chance d’avoir connu ça. Une culpabilité, une difficulté à gérer cette
Inégalité, cette injustice. Peut-on aider à lire et à écrire pour faire oublier
Les terrifiants échecs scolaires ?
C’est ça le plus important. Je ne vous dis pas la crasse.
Ouvrons donc la porte à la parole libératrice. Oh, mon bon
Waterman, glisse sur la page blanche les non-dits de tes émotions,
Nous avons de la recharge en stock.