Texte de 1970.
“ Docteur Schaffer nous avait donné rendez-vous une heure avant ledépart du car à destination du Luxembourg où nous devionsprendre l’avion pour New York. Nous arrivons à l’heure convenue, ilétait là à nous ouvrir la porte du taxi. Nous déposonsvalises et sacs puis allons au café du coin. Ma femme boit un crèmeavec croissant, moi, un citron pressé, car l’émotion des voyages est une mauvaise affaire pour mes voies intestinales.
Le groupe était au complet, nous étions une dizaine de personnesenviron. À l’arrière du véhicule, l'angoisse monte,l'estomac est noué. Le car fit une manoeuvre, une seconde, puis quittela Place de la République.
Pendant ce trajet, chacun de nous cherchait à avoir l’emploi du tempsde notre séjour à New York. Une huitaine de jours pourun congrès de Psychologie Adlérienne : Docteur Schaffer représentaitla France, et nous son équipée. Chef de groupe, ce rôlelui allait à ravir. Certaines personnes se comportaient avec lui commedes enfants bien sages devant leur professeur. Ils buvaient les mots du maîtreavec une suave admiration, jamais je n’ai vu l’un d’eux s’opposer àl'autorité suprême. N’aurait-il pas dû repousser cettefaçon d’agir pour les inviter à plus d’indépendance? Au contraire, Docteur “Hitchcock”entretenait cela. A la douane, vérificationdes papiers, et de plus, nous n’avions le droit de sortir de France àl'époque qu’une certaine somme d’argent, ce qui compliquait les choses.L’attente fut longue, car ils traquaient la drogue et nous, nous étionsinquiets, nous avions du retard, bref, ils ne trouvèrent aucune poudrenulle part, nous pûmes redémarrer.
Panique à l’aérodrome, l’avion part dans vingt minutes,onse bouscule pour descendre du car, Françoise, une Adlériennede choc casse le manche de sa valise, une équipe de rugby court prendrel’avion, le Docteur reste digne. Nous courrons comme si nous étionsdans le métro à six heures du soir, mais à quel guichets’adresser, les rugbymen ont l’habitude, on les suit, ils passent, déposentleurs bagages, entrent rapidement dans l’avion. "-Il ne reste plus de places",comment s’écrit notre chef, je ne comprends pas, nous avons réservénos billets pour aujourd’hui ! On lui rétorque que la Loftleidir estla moins chère de toutes les compagnies d’aviation et qu’elle bourrait l’avion sans se soucier des réservations. Votre départ se ferademain dans la matinée. Comment, nous devons être à NewYork pour un congrès de Psychologie, Madame, c’est inadmissible, jene vous ferais pas de publicité, croyez-moi ! Je regrette Monsieur,mais nous n’y pouvons rien.
La Loftleidir n’étant pas avare, elle nous installa dans un hôteldeux étoiles avec repas et petit déjeuner à ses frais.Premier jour gratuit, voilà une bonne affaire...
Le lendemain, le Docteur sortit de sa poche trois petites boîtes decachets de couleurs bleus, roses et marrons. Il nous présenta soncocktail comme étant le meilleur préventif aux maux d’avion,d’émotion, de fatigue. Il les avala le premier et chacun en fit autant.Lorsque nous sommes montés dans la carlingue, la première chosevue était le sac en papier mis en évidence, très hygiénique,au cas où. On nous donna très vite de quoi manger pour faire passer le temps, et le temps passa. Escale à Reykjavik puis enfinNew York.
L’Amérique à nos pieds, nous atterrissons lentement, çay est, nous y voici.
Le Docteur, fatigué par ce voyage, profite du peu de force qu’illui reste pour resquiller et prendre la place de ceux qui étaientdevant lui pour les bagages...Nous primes des taxis pour rejoindre nos hôtelsrespectifs. À l'arrivée, un portier de l’hôtel prit nosvalises, nous remit la clef de notre chambre, appela l’ascenseur, pour ledix-neuvième étage. Il nous fit voir le loquet de la porteet nous conseilla de l’utiliser pour ne pas attirer les visites nocturnesindésirables ... La chambre était moyenne, la salle de bainsétait vraiment rustique. Mon premier geste fut d’ouvrir la télévision,sans trouver autre chose que des bavardages et de la publicité, malgréle nombre impressionnant de chaînes disponibles. Je me mis dans lelit confortable, alors que mon épouse s’empressait à défaireles valises.
Le lendemain réveil à huit heures, toilette rapide, désirde voir cette ville de plein jour, rendez-vous à neuf heures pourl’ouverture du congrès. Nous sommes dehors, puis dans un bar pourle petit déjeuner. Nous regardions certaines femmes manger copieusementavant d’aller travailler, c'était impressionnant ! "