Autres textes anciens
Il y a quelque temps, longtemps, j’étais très en colèrecontre un psychanalyste de renom dont je tairais volontairement l’identitéet qui m’avait fait le coup de Lacan, 5 minutes, Cinq cents francs, en billetsou en toiles. Au cours des trois séances qu’a consisté ma psychanalysechez lui, jamais la question de savoir combien de tableaux pour combien deséances n’avait pu être soulevée : les élémentsdu contrat n’étant pas définis, j’ai rompu avec lui ... J’airompu et pour me consoler, je suis allé à la librairie la Hune acheter un ou deux bouquins. J’entre, et qui vois-je en face de moi ? Jacques Delors en personne.
Devant Dieu je le jure, les choses se sont vraiment passées ainsi.La nuit précédente, quelques heures seulement avant cette rencontre,j’avais fait un rêve où, lui, Jacques Delors
M’est apparu. C’était un rêve flou, une impression bizarre,j'avais une question en tête : Que se passerait-il si tous les hommespolitiques refusaient, comme lui l'avait fait, de se présenter auxélections, alors qu’ils sont outsiders ? Je me disais aussi : commentse fait-il que des hommes politiques restent en postes si longtemps, alorsque lui a eu la sagesse de s’arrêter à tant.
Rêver ça, et, quelques heures après, se trouver faceà face avec l’acteur principal de son film, ça fait bizarre.Je ne laisse pas cette occasion passer, je m’approche de notre ami, j'expliquetout naturellement, spontanément ce qui m’est arrivé... Ilest là, souriant, jovial, amusé et m’assure qu’il n’y a aucunrisque de voir cela arriver, car la politique est une drogue, les pouvoirsqu’elle confère sont tellement excitants que personne ne peut résister.
Ensuite, il me fit part de problèmes de santé sérieux,justifiant son choix...
Trois points.
1) Le rêve est peut-être auto-thérapeutique, mais jen'en suis pas sûr.
Si c'était le cas, ce serait un concept psychanalytique révolutionnaire
Remettant en question l'analyse telle qu'elle peut être pratiquée
Actuellement.
2) Pouvons-nous concevoir l'idée que chaque rêve est une oeuvred'art ?
Le travail de l'analyste consisterait alors à développer cetaspect créatif
Propre à chacun et la psychanalyse serait au service de l'art.
3) J'ai la conviction que tout rêve peut mener à une réflexionintellectuelle
Très intéressante pour l'individu faisant ce travail sur lui-mêmeet peut
Mener à beaucoup de plaisir.
Nous n'avons rien à craindre de la psy., sinon qu'elle ouvre desportes.
Après leur voyage en Amérique, une fois rentré chezeux, Freud commence
Ses lettres adressées à son collègue par « Cherami ». Ferenczi, par contre,
Donne l’impression de titiller le "Maître" au sujet d’une relationmerdique
Avec une voyante qu'il consulte, histoire de voir si elle voit juste dansla
Boule de cristal ou si c’est du pipo. Sachant Freud allergique àtoutes ces
Choses, pourquoi insiste-t-il ainsi ? Cela me semble être un symptôme,
La faille de Sandor. Freud lui répond que toute cette histoire luiparaît
Compliquée, mais l’autre continue et lui envoie, c’est trop drôlepour ne
Pas le relever ici, le 20 novembre 1909, une lettre de cinq pages, lui
Racontant une nouvelle expérience avec une autre voyante, on n’ensort
Pas… Freud ne répond pas et lui adresse une photo de lui (sic) et
Ferenczi réplique en lui adressant une caisse de vin (re-sic)
Sur la religion, le 1er janvier 1910, Freud commence bien l’année
En écrivant : « L’ultime fondement des religions, c’est ladétresse
Infantile de l’homme ». Qui aujourd’hui, oserait dire une telle chose?
Puis réaliste, il dit à page 134 :
"Nous ne pouvons aboutir à rien d’autre qu’à des permutations,
Des déplacements, jamais au renoncement, à la désaccoutumance,à
La résolution d’un complexe…Ce n’est qu’avec la mort…"
Génial !
Par contre, Ferenczi se fout le doigt dans l’œil lorsqu’il déclare,
Le 9 février 1910 : " L’éradication du mensonge de la vieprivée et
Publique (par la psychanalyse) devrait amener de meilleures conditions
Lorsque régnera la raison… "
Eradiquer le mensonge et ne vouloir que la vérité relèvede la pure folie,
Car ces deux entités sont liées l’une à l’autre, nousaurons l'occasion d'en
Reparler plus tard, comptez sur moi.
Depuis plusieurs mois, j’ai l’habitude d’écrire tous les jours, maisdepuis
Vingt quatre-heures, je n’ai rien écrit, est-ce symptomatique De
Quelque chose ? Que veut dire ce silence ? J'entends une colère
Sous jacente, une envie de cracher sur la psychanalyse élitiste ...
De ceux qui pensent : si tu n’as pas de fric, pas de séances pourtoi,
Rentre dans ta banlieue, p’tit con, ici c’est des gens bien.
Nous devons reconnaître que cette association "psychanalyse/argent"
Existe bien, elle est le fer de lance de l’ensemble de la profession depuis
Un siècle, c’est un peu comme l’art et l’argent, tout ça c’està mettre dans
Le même sac, paniers à crabes, je ne vous dis que cela, faut pas me la faire,
J’en ai vu d’autres, de la poudre aux yeux, de la poudre d’escampette.
Alors que vaut cette science, que vaut cet art ?
Imaginons un pauvre gosse, une pauvre enfant sans le sou, les misérables,
Victor Hugo... Vers qui doivent-ils se tourner pour retrouver un peu de
Dignité humaine ?
Pour cette question d’argent, Freud et consorts sont-ils à remettre
En cause ? Oui, je le pense et il m’a fallu attendre aujourd’hui pour
L’affirmer aussi clairement, car la psychanalyse est réellement pour
Tous, et pas seulement pour les riches ou les intellectuels…
Mais pourquoi donc les psychanalystes ne sont-ils pas gratuits ?
Je ne sais si l’auto-analyse est un objectif capital à atteindredans la vie.
Se dire : voilà maintenant je n’ai plus besoin de personne, je rouletout
Seul, bravo je suis guéri... Non, l’important est probablement ailleurs.
L’auto-analyse n’est qu’un élément d'un certain travail, pourqui veut
S'intéresser à son passage ici-bas.
J'apprends en lisant cette correspondance ce point de détail : Freuda
Cinquante-quatre ans et Ferenczi vingt ans de moins, c'est à dire
Trente-quatre ans, ce qui explique pas mal de choses de leur relation,
Mais je ne vais pas m’alourdir là dessus pour l’instant.
Sans oublier l’art, la psychanalyse a changé ma vie. Je ne peux imaginer
Mon existence sans ces deux objets de divertissements, pourtant j’auraibien
Pu, comme mon père, consacrer mon temps au travail manuel, àla famille,
Au bridge et comme tout le monde à une maîtresse (qu’y a-t-ilde mal à ne
Pas être dans la culture ? Bonsoir, c’est quoi cet a priori d’intellectuelde
Gauche, d’intellectuel du Nouvel-Obs ? ). Enfin, que Dieu ait leurs âmesà
Ces deux-là… Si ma mère savait que j’en parle ici, elleme ferait la gueule !
Ce que j’aime dans l’écriture maintenant, c’est qu’elle est plusproche
De ma pensée. Elle est ma pensée même, en action, vivante,fluctuante.
Jour après jour, ma jubilation est plus forte, je me shoute avecles mots,
Les miens et ceux des autres. Et d'abord, pourquoi ne passerai-je pas
Beaucoup de temps avec ce livre, puisque cela me plaît ?
Pourquoi ne l'utiliserai-je pas à éveiller mon inspiration,à laisser libre
Le déroulement de mes associations en rapport ou non avec ces motslus ?
Se promener dans les méandres de nos difficultés. La poésie,c’est nous
Qui la faisons, au gré de ce qui nous tombe sur la tête aujour le jour, à
Contre-courant peut-être.
Nous balancerons nos jambes tant qu’on le pourra encore sur la balancelle
Du jardin de notre enfance. Nous chercherons le long de la rivière,des
Chenilles pour voir si c’est lumineux et entre nous, à poil, nousplongerons
Dans l’eau du bassin qu’ils viennent d’inaugurer, les gens de la mairie.
Nous serons les premiers à y aller, chic, l’eau est bonne surtoutque
Juliette a quitté la maison hier soir en disant : Merde, je m’envais.
Merde, je m'en vais, c'est facile à dire, faut-il encore assumer,
La voilà de retour, c'est une vraie engeance, cette fille.
Décidément, entre eux, les histoires de chambres n’en finissentpas.
Alors qu’ils préparent un voyage pour la Sicile, Freud écrità son ami le
6 août 1910 : "… Nous ne pouvons avoir que deux mauvaises cabinesou
Alors en partager une meilleure à nous deux, je sais que nous noussentirons
Tous deux à l’étroit… (ça, c’est tout Freud, un coupj'te veux, un coup
Je t'rejette). Il préfère inviter Sandor chez lui, pour allerà Gand, Bruges,
Bruxelles et ensuite prendre le train pour Milan, Rome et enfin Palerme
Où ils séjourneront tous les deux en amoureux trois semaines.Bref,
Il veut éviter le bateau… Pourquoi ? Je n'en sais fichtre rien, maisc’est
Comme ça, avec lui, c’est pas toujours facile.
Tout le monde sait que l’eau est symbolique de sexualité. Veut-iléviter
L’épreuve du vertige, d’un trouble avec son ami dans l'instabilité,les
Roulis du bateau ? Y a-t-il, entre eux, une homosexualité sous-jacente
Ou quelque chose s’y apparentant : une quête obsessionnelle d’un ami
Idéal, d'un autre comme soi, mais jamais satisfaisante ?
Et si l’homosexualité, ce n’était que cela ?
Freud se plaint de ne pas pouvoir travailler, il se dit tellement
Heureux avec les siens, dans ce pays de rêve, la Hollande.
C’est bête de penser ainsi, mais c’est vrai, si tout va bien, on n’arrive
Pas à créer : le bonheur c’est formidable, mais çapeut rendre stérile.
Aujourd'hui, pas de blagues, premier exercice de travaux pratiques.
Essayez de vous souvenir et de noter tous les matins au réveil,
Votre dernier rêve et vos premières pensées, cellesqui traversent
Votre esprit, vos premiers mots, vos premières conversations.
Ensuite, après votre petit-déjeuner, comparez-les aux premières
Occupations à venir. Théoriquement, vous devriez trouver despoints
Communs entre ces rêves et ces activités du jour.
Ceci est un nouveau concept psychanalytique Art-psyen.
Tout à l’heure, je traversais le boulevard Edgar Quinet et une idée
Me traversa l’esprit sans que je le veuille. Je vais essayer de vous
En faire un compte rendu stimulant vos neurones.
Les grandes idées sont souvent simples, pour ne pas dire simplistes.
Je pensais, deux points ouvrez les guillemets, lorsqu’un individu a
Trouvé sa raison d’être, il est en dehors de la violence. Dela violence
Envers les autres et envers soi-même. Cette pensée, je l’aieue
Cet après-midi et elle m’a occupé dix secondes. Alors,me suis-je dit :
Si j’ai une pensée comme celle-ci toutes les dix secondes, àla fin de la
Journée, j’ai intérêt à me reposer, sinon çarisque de craquer.
Seulement, si elle me revient maintenant pour vous la raconter, c'est
Qu'il y a quelque chose à en dire… Mais je suis infoutu de m'en souvenir?
Ma chérie,
J’ai bien reçu ton mail ce matin et j’ai été trèsemmerdé,
Pas tout de suite, après.
J’étais content que ton salaud d’amant t’ait cassé la gueule.
Tu étais ma femme, tu m’as quitté pour lui, tant pis pourtoi,
Me suis-je dit d’abord, après, j’ai eu des remords, je me suis
Trouvé trivial, pas longtemps, un peu.
Nous sommes tous des salopiaux…
Depuis Freud, nous ne le savons que trop.
J’espère que tu t’en sortiras bientôt et que lui de son côté,il
Aura trouvé une autre nana, pour se faire les muscles sur sa peau.
Hier, j’ai eu Jeannette à la maison pour un dîner aux chandelles,
Mais, j’avais pas d’allumettes, nous avons été désemparés,
Je lui ai donné Freud à lire, mais la psy c’est pas son fort,
Son fort à elle, c’est Rungis où son père travailleet, comme lui,
Elle aimerait faire carrière dans les fruits et les légumes.
Elle m’en a beaucoup parlé, seulement, tu me connais, tous ces
Trucs-là me sont tellement étrangers.
Toi et moi,
Je n’arrive pas à t’oublier,
Nous avons fait nos fonds de culotte entre la
Sorbonne et la Mouffe. Des fois, je te regrette, mais faut pas,
C’est ridicule, quand c’est fini, c’est fini, faut savoir faire son
Deuil des bonnes choses, comme dit si justement Julia Kristeva.
Freud et Ferenczi sont allés en voyage. De ce qu’ils ont véculà-bas,
On ne sait pas grand-chose, seulement cette chose, l’un s’est replié
Sur lui-même alors que l’autre voulait communiquer…
Une fois rentré chez eux, leur correspondance a repris ses droits,car
C’était bien par ce biais là qu’ils pouvaient le mieux fonctionner.
Pouvons-nous en conclure quelque chose d’intéressant ?
Lorsque ça ne marche pas entre deux "macaques", c’est ainsi que
J’appelle les hommes en général…
J’apprends à l’instant qu’Anatole France… C’est qui celui-là?
Tais-toi, écoute, Anatole France, lui qualifiait tous les êtreshumains
Comme des "chimpanzés". Je trouve cette concordance amusante.
Donc, lorsque ça ne marche pas entre deux individus ou deux peuples,
Que peut-on faire ? Il faut impérativement, tu m’entends bien ,
Impérativement rompre avec le mode de fonctionnement abîmé,
Détérioré pour essayer d’en trouver un autre, moinsdestructeur,
Plus viable… Mais, soyons raisonnables, il n’est pas sûr, pas certain
Qu’il exista toujours une solution de rechange, sauf celle, évidemment,
De la rupture et ceux qui me connaissent savent combien j’en ai usé
Et abusé. Du coup, y a plus personne sur ma route !
Nous avons parlé, il y a quelque temps, de l’amour et de la haine.
Nous avons conclu qu’il s’agissait de la même chose,
Du moins relevant tous deux de sentiments très proches,
Probablement concentrés au même endroit dans le cerveau.
Si cette hypothèse s’avérait exacte, pourrions-nous alorscomparer
Les hommes en guerre à des couples faisant l’amour ?
Quel rapport ? Tais-toi, laisse-moi parler.
Si une telle métaphore était juste, alors, que pourrions nousfaire
De cette vérité là ?
Je m’en doutais un peu et je vous en avais dit deux mots déjà,
Maintenant c’est confirmé, Ferenczi reconnaît le 3 octobre1910 :
« …une résistance contre ma propre composante homosexuelle..»
Est-ce l'origine de leur mésentente pendant le voyage de l’été?
Freud voulait-il vivre quelque chose de physique avec ce jeune homme ?
Une partouze, je ne sais pas … Ensuite, il dit : " … c’est de l’homme,
Pas du savant que je voulais profiter en une amitié confiante… »
Tu parles ! Et il continue à galérer :
" Mon rêve, dans lequel je vous voyais nu devant moi, symbolise :
1) la tendance homosexuelle inconsciente
2) le désir de franchise absolue ".
Pour ce rêve, je vous dirais, mon cher Ferenczi, qu’il y a une
3ème interprétation possible : vous vouliez avoir du pouvoirsur Freud
Par tous les moyens et même si ça devait passer par le corps…
Nous retiendrons donc une chose capitale de cette leçon aujourd'hui:
Pour avoir la paix, n'ayez ni Dieux, ni Maîtres.