Avant-propos sur la bibliothèque d’art-Psy.
Dyslexique, tendance amnésique. Le diagnostic est maintenant posé,
Je me doutais bien qu’il y avait quelque chose de “pas normal”.
J’ai toujours considéré ne pas avoir de mémoire.
A l’école, les leçons n’étaient jamais apprises, lestextes passaient sur
Moi sans que je puisse les retenir. Par la suite je me suis rendu compte
Que si j’allais au cinéma ou lisais un livre, j’étais dansl’incapacité de
Me souvenir de ce que j’avais vu ou lu, seulement restait une vague
Impression, une sensation agréable ou désagréable,c’est tout.
Aujourd’hui c’est toujours la même chose, mais, aujourd’hui je m’enfous.
Je sais que je ne maîtriserai jamais ni la grammaire ni l’orthographe,
J’en ai fait mon deuil et si par extraordinaire je m’améliore ici,je sais
Que ça se dégrade ailleurs, ce n’est pas grave, j’avance.
Lorsqu’on est "comme ça"
Avoir dans sa bibliothèque des livres, lus ou non,
Relève du pareil au même.
Faire l’inventaire de sa bibliothèque
Dans cette situation précaire, est une pure folie, mais …
Ensuite, il se lança dans une description détailléede son projet, mais
Pour ne pas vous accabler de toutes ces justifications parfois
Vaseuses, nous avons décidés, d’un commun accord, de passeroutre
Ces explications. La question que nous nous sommes parfois posée,
Etait de savoir si au fond en écrivant ainsi, il ne continuait pas
Sa psychanalyse, qui ne dura que dix séances, ce qui est peu
Pour une analyse, de notre point de vue.
Il commença son travail en improvisant devant la façade dechaque
Bouquin. Ne se souvenant de rien, il disait ce qu’il lui passait par latête,
Ainsi pour Picasso par exemple, il écrivit :
Il m’arrive quelquefois de faire des copies de "maîtres"
Comment puis-je utiliser ce mot dont j’ai une sainte horreur ?
Comment peut-on avoir un Maître ? Quel homme peut
Mériter un tel honneur, une telle déférence ?
Nous sommes tous des chiens et Picasso, c’est un chien aussi.
Un soir, pour ma nièce, j’ai piqué un Pierrot à Pablo.Je reconnais
Avoir bien aimé faire cet exercice, j’avais l’impression de redevenir
Un enfant à l’école de ma tendre jeunesse avec les crayons
De couleur et le tablier en vichy bleu, comme les robes de
Brigitte Bardot. Une fois le tableau fini, je le lui ai donné
Et elle l’a accroché dans sa chambre. J’étais content.
Je ne sais si ça vous a intéressé de savoir la vie
D’un de mes tableaux, mais enfin, il faut bien combler…
J’ai du travail sur la planche avec mes six cents livres
À décrire."
Puis, il continua cet exercice avec les livres de la collection
Découverte de chez Gallimard, qu’il avait sur la petite étagèresupérieure
Gauche. Il les aimait bien ces petits bouquins avec pleins de photos
À l’intérieur, il les avait tous parcourus, mais pour aucun,il n’avait la
Possibilité d’en faire un compte rendu comme chacun de nous pourrions
Le faire, alors, il improvisait. C’était de l’association libre,comme il
Le disait lui-même : de la pure tradition Freudienne.
Nous retiendrons toutefois ces quelques lignes concernant deux hommes
Que tout le monde connaît.
Sur Gauguin et sur Van Gogh.
Comment ne pas rendre, ici, hommage à ces deux jeunes artistes
Dont l’un a invité l’autre, un jour pour quelques mois,
Dans sa maison d’Auvers sur Oise.
L’invitant avait bien pris soin d’organiser le lieu qu’ils allaient vivre
Ensemble : surtout le soir, surtout la nuit.
Personne ne le savait : Van Gogh aimait passionnément Gauguin.
Des tableaux, il y en avait partout. Leur amitié était-elleparticulière ?
Le Van, pervers, avait fait en sorte que son ami traversa sa propre
Chambre pour accéder à celle qu'il lui avait octroyée.
Ils ne couchaient pas le même lit ...
Leur cohabitation fut un enfer. Il y eut même une histoire
Obscure d’oreille coupée…
Pourquoi ce souvenir lui venait-il à l’esprit ?
Avait-il vécu, lui, quelque chose de semblable dans sa maison de
Châtenay-Malabry, dans les années 89, 90 ?
Sur les surréalistes…
J’ai connu une période dans ma vie où j’avais pour obligationde
Donner de temps en temps des cours à d’autres personnes qu’à
Moi-même et ça, je ne savais pas faire, alors j’essayais d’entamer
Un semblant de discussion entre les uns et les autres et ça finissait
Toujours en eau de boudin… Alors, vous comprendrez que
Je ne veux pas vous faire tout un cours sur les surréalistes,
Non que cela me serait désagréable de vous intéresserun peu
Aux choses sérieuses de la vie, mais, j’en suis incapable.
Il dit quelques mots sans importance sur Gandhi, Goya, Le Caravage,
Miro, Bacon, David, Marat et le Japon qu’ici nous passerons sous silence,
Pour ne pas alourdir inutilement ce discours.