Il fit donc l’inventaire de sa bibliothèque et nous allons ici en retranscrire
L’essentiel. Nous interviendrons de temps à autre quand le besoin s’en
Fera sentir… Histoire de ne pas vous laisser dormir.
Don Delillo - Body Art
Devant le nombre croissant de livres achetés et non lus,
Il m’est arrivé récemment de prendre la décision d’en lire certains
En diagonale. La méthode est simple : je consacre entre trente et
Soixante minutes pour chacun, selon l’épaisseur du bouquin. Cette
Façon de faire n’est pas très concluante, sauf sur un point, lorsque
Le livre plaît, alors, je laisse tomber le compte minute et me mets à
Lire comme d’habitude, c’est-à-dire comme une tortue…
Bernard Defrance - Les parents, les profs et l’école.
Bernard Defrance était prof. de philo dans une banlieue parisienne
Plutôt chaude. J'ai pris connaissance de son existence lors de sa
Participation à une conférence donnée à la Sorbonne sur "l’enseignement".
J’eu un coup de cœur pour cet homme racontant à qui voulait bien
L’entendre, une anecdote amusante qui a failli l’amener en prison…
On l’avait surpris en train de se mettre tout nu devant ses élèves à l’occasion
D’un jeu à tendance philosophique. Il voulait démontrer à ses élèves,
Qu’il faut savoir aller au bout de ses engagements.
Ceci étant, aujourd'hui encore, ses idées sur l’école me plaisent beaucoup.
Elles relèvent d’une réelle réflexion dans ce domaine, due à son expérience
"Hard" dans des écoles de "banlieues" et postulant pour une autre forme
D'enseignement, proche de celle que j’ai pu émettre parfois.
Pour l'abolition des notes à l’école.
… Il est donc certain que les mauvaises notes et les jugements négatifs que
Les enfants reçoivent à l'école, lorsqu’ils sont répétitifs, habituels,
Réveilleront un sentiment de mécontentement, de telle sorte que la
Mémoire va accumuler ces rejets et provoquer ainsi obligatoirement
Des réactions négatives. Ces réactions peuvent s'exprimer soit par la
Maladie physique ou mentale, le renfermement sur soi, l'agressivité
D'abord, puis, la violence contre soi-même, contre autrui, contre la société.
Nous ne pouvons être que pour l’abolition des notes à l’école.
Alors, de l’école au pouvoir, il n’y avait qu’un pas,
Il en fit même un p'tit poème.
Le pouvoir. Ne plus parler que de ça.
Faire l’inventaire de ses dégâts, le critiquer,
Démonter sa mécanique, le rendre fou. Toutefois,
Sachons que le pouvoir, quoi qu’on fasse,
Aura toujours sa place, surtout là où on l’attend le moins...
Puis, plus radicalement :
La rancoeur des "mauvais élèves" reste dans leur mémoire à vie, jusqu'à
La mort. C'est là que réside le réel problème soulevé par ma volonté de
Vouloir abolir les notes à l'école. Pourquoi, les ouvriers ont-ils, presque
Tous, eu de mauvaises notes dans leur jeunesse ? Je n'ai jamais rencontré
Un seul me dire : « moi, j'étais premier à l'école … »
Qu'est-ce que ça veut dire ? Il n’est pas question de culpabiliser les
Enseignants, ce serait ridicule, mais, de faire prendre conscience que
Nous n'avons aucun droit de juger du travail d'autrui.
. Pourquoi avez-vous tant de haine à l'égard de l'école ?
. Elle dégoûte de la culture.
. Croyez-vous que cela a une si grande importance, la culture ?
. Importance capitale, mon cher Watson !
. Mais la culture tout le monde en a une, c'est vous qui l'avez
Dit le premier ! De plus, les livres, n'isolent-ils pas l'individu
Du monde, lorsque celui-ci se plonge dans la lecture ?
. Exact, mais...
. Mais enfin quoi, dites ce que vous avez à dire, sinon j'appelle la police.
Il aimait, lorsqu’il écrivait, revenir sur des anciens textes qu’il avait
Commis, avant, avant son investissement dans l’écriture. Il désirait
Consacrer tout le temps qu’il lui restait à vivre, à la construction d’un
Seul et unique livre. Ainsi, de travaux en travaux, il reprenait ce qui
Lui paraissait encore valable dans l’absolu.
Aragon. - Le mentir-vrai.
À dire vrai, je ne pense pas être le fils de mon père, mais celui de l’amant
De ma mère. C’était après la guerre. Comment voulez-vous savoir ce qui
S’est passé dans sa tête, et pas que là, comme dirait notre ami Lacan
Toujours près à faire des blagues, mais enfin, alors qu’elle a plus de quatre
Vingt ans aujourd'hui, je ne peux tout de même pas lui demander de me
Raconter par le détail cette l’histoire abracadabrante à laquelle je n’ai rien
Compris et pourtant si capitale pour toucher au cœur le fond de mon
Existence.
Apollinaire. - Les exploits d’un jeune amant.
Apollinaire était le poète préféré de mon ex-épouse.
Quand j’ai dit ça, j’ai tout dit, sauf que je ne pense pas
Avoir éprouvé de l’excitation sexuelle en parcourant ce livre,
Si ça avait été le cas, j’en aurais gardé quelques traces,
Je m’en serais souvenu ! De lui, j’ai en mémoire une photo que
Tout le monde connaît : il est habillé en militaire, il est moche,
Oui c’est ça, il n’est pas beau, et, pour moi, la beauté c'est important
Un poète doit être magnifique…
Yann Andréa. - Ainsi.
Je crois qu’il raconte là les derniers instants de Marguerite Duras, de
Leur relation à eux deux. Il a été son dernier amant, son dernier ami,
Son compagnon de tous les jours, son compagnon de partage. Impression
Qu’il s’agissait entre elle et lui, avant tout, d’une relation où le respect de
L’autre était le centre…Vous savez, c’est important le respect et je crains
Qu’il ne soit pas toujours là, au rendez-vous des amoureux.
Laure Adler. - À ce soir.
Laure Adler raconte ici la perte de son enfant. Fait-on le deuil d’une
Si grande perte en écrivant, ou est-ce plutôt un chant, un cri à la mémoire
De celui qui n'est plus ?
Elle, c’était "le cercle de minuit". Une émission passionnante que
J’attendais avec impatience tous les soirs. Elle avait, avant tout, sa
Façon très particulière de faire passer son "amour pour la culture",
Toujours avec cette prise de risque loin du confort de toutes ces émissions
Standardisées bourgeoises à chier, qu’on voit à longueur de journée, même
Que c’est devenu difficile de regarder la télé en permanence…
Souvent, après « le cercle », j’étais très en forme, elle avait dû me
Contaminer avec son énergie et plutôt que d’aller me coucher, il était
Généralement plus d’une heure du matin, j’allais dans mon atelier pour
Peindre.Tout le monde dormait dans "le château". J’allumais le poste
De radio et je pouvais écouter à cette heure-là, Alain Veinstein et les
Mots des gens qui ne dorment pas beaucoup la nuit. Parfois, j’écoutais
De la musique, n'importe laquelle, les couleurs ont besoin de danser
Sur la toile et pour cela, rien ne vaut le son d’un bon poste de radio.
Laure Adler a chez elle un petit tableau de ma production. Je le lui ai
Remis lorsque j’ai assisté à l’enregistrement d’une de ses émissions,
Sur l’art contemporain, comme par hasard. Elle m’avait paru toute petite,
Mince, fragile, j’étais amoureux de son talent, de son intelligence.
Izzy Abrahami. - Le jeu des grands ensembles.
Il s’agit là d’un récit sur la vie des gens quand il la passe à regarder, à
Suivre par la fenêtre l’existence de leurs voisins d’en face, à les épier
Avec leurs jumelles, leurs longues vues, jours et nuits. Du coup, je pense à
Ce film d’Hitchcock "Fenêtre sur cour" où, un homme handicapé dont la vie
S'est vue transformée par cette activité de voyeuriste. Certains peuvent
Trouver cela pas très moral, mais dans ce cas de figure,
C’était une soupape de survie …
Eliette Abécassis. - Mon père.
C’est à Aix-les-Bains. Depuis quelques années, j’accompagne mon
Ex-épouse pour quelques jours à une cure qu’elle a pris l’habitude
De faire dans cette ville. Le matin, je suis libre. Je vadrouille un peu,
J’achète les journaux, je bois un verre, j’attends notre rendez-vous de
Midi et demi pour aller déjeuner ensemble. Un jour, donc, habité par
Cette attente, j’ouvre, pour faire passer le temps, la revue « Lire »
Que j’avais acheté pour le petit fascicule l’accompagnant avec les
Dix extraits de livres à sortir à la rentrée. Je parcours tout cela et tombe
Sur un texte de cette fille. J’acquiers alors la conviction qu’il faut
Impérativement proposer ce livre à ma mère, la pauvre, qu’elle n’a
Jamais lu de sa vie, elle avait soixante-quinze ans, il était temps de
Prendre les choses en mains. Il ne s’agissait pas de ce livre, mais d’un
Autre : "La répudiée". Je ne me suis pas trompé, elle l’a dévoré et
Depuis, grâce à Dieu et aussi à moi un peu,
Devint ainsi une dame respectable, lisant des livres.
Paul Auster. - Cité de verre.
Franchement, cela m’ennuie de ne pas me souvenir de ce qu’il y a dans
Ce livre, car je l’ai lu et je sais l’avoir aimé. Pourtant, Paul Auster, je m’en
Suis très rapidement lassé, pour quelle raison, je n’en sais trop rien.
Il passe son temps à raconter des histoires, mais souvent la narration pour
La narration pendant des kilomètres, ça me fatigue, je n’y trouve pas de
L’intérêt, j’ai trop souvent l’esprit ailleurs pour suivre les personnages,
Les situations de gens, qui au fond m’indiffèrent… J'éprouve un peu de
Honte à vous dévoiler cette part sombre de ma personnalité interne !
Il y a des jours où je me demande si je ne me schizophrénise pas un peu,
Me plongeant trop souvent dans ce qui me passionne principalement.
Parfois, je me trouve ridicule de vouloir vivre autrement ? Et d’abord,
Mon isolement n’est-il pas tout relatif et n’est-il pas également
La conséquence logique à mes problèmes de santé ?
Paul Auster. - Constat d’accident.
Généralement, lorsque j’ai lu et aimé un livre, j’en achète d’autres du
Même auteur, pour avoir encore et encore du plaisir. Il m'arrive parfois
De vouloir obsessionnellement l'ensemble de l'œuvre de l'écrivain en
Question. Rien d'extraordinaire, me direz-vous, nous le faisons tous,
Certes, mais c'est quand même bizarre !
Paul Auster. - Le carnet rouge, l’art de la faim.
Si Paul Auster le savait… Peut-être serait-il dégoûté d’écrire.
S’il savait qu’il y a des gars comme moi, achetant des livres par piles et
Ne les lisant pas… C’est un scandale pour l'image qu'on se fait du livre
Dans l'absolu, un pur gâchis lorsqu'on sait le nombre de gens n'en achetant
Jamais… À se demander si les libraires ne devraient pas mettre le haut là
Sur ces pratiques hors la loi. Il n'est plus possible de laisser des gens avoir
Des bouquins chez eux, sans contrôler préalablement le bien-fondé de leurs
Achats. Tout doit être mis en œuvre pour éviter la folie d’obsédés, comme
Moi, de l’accumulation de ces objets ne leur servant à rien…
Arrabal. - Baal Babylone.
C’était il y a longtemps, j’étais jeune, beau, timide et mignon. Arrabal
Avait donné au théâtre de l’Epée de bois, à l'angle de la rue Mouffetard
Un spectacle dont je ne me souviens plus le titre. C’était l’époque du
Living théâtre, de Grotowski et compagnie, la révolution se jouait là dans
Cette petite salle, avant celle des étudiants et des ouvriers de mai 68.
J’avais beaucoup aimé cette pièce du début d'Arrabal, mais, ce soir-là,
Je pris conscience de mes limites. Lorsque les acteurs avaient fini de
Saluer, nous spectateurs, étions près à nous lever pour quitter la salle.
Seulement, je ne sais si c’était lui en personne ou l’un de ses assistants,
Je sais qu’on nous a proposé de rester encore un peu et de nous mettre
Une cagoule sur la tronche pour je ne sais quel jeu collectif, le genre
Touche-pipi dans le noir, merci, je n’avais pas encore vingt et un ans.
Une cagoule, le père Arrabal il n’était pas net, j’avais été choqué,
À tel point que j’eus peur qu’on ne fermât la porte avant ma sortie.
Ce jour-là, je fis connaissance avec mon côté parano grave.
Aristote. - La vérité des songes.
Pour ce qui est de nous dire la vérité des songes, j'avoue ne rien
Attendre d'Aristote. Honnêtement, ça m’étonnerait qu’il ait pu dire
Quelque chose d’intéressant…
D’autant qu’il ne connaissait ni Lacan, ni Freud.
Thierry Beinstingel. - Composants.
Ça doit vous arriver aussi, on écoute une émission de radio, de télé,
On lit un article dans une revue, on reçoit un avis quelque part, et hop,
La tentation est forte d'avoir envie d'aller commander un livre,
Celui-là, par exemple. Alors, on y va, on l’acquiert au prix fort et
Non à bas prix lorsqu'il végétera dans certains bacs de certains libraires.
Composants. Si vous saviez comme c’est flou là-dedans, à vrai dire,
Je ne me souviens strictement de rien du tout.
À se demander qu’est-ce qui ne marche pas dans ma tête ?
Il est triste d'avoir cette pathologie, mais si on n'a pas connu
Autre chose, alors ça fait parti de nous, comme si rien d'autre n'avait
Exister, mais il faudrait par pudeur éviter de la ramener en voulant faire
Un bilan de sa bibliothèque, par exemple !
Samuel Beckett. - Comédie et actes divers.
J’aurai bien voulu m’appeler Samuel Beckett, comme lui,
Mais, Dieu ne l’a pas voulu ainsi, je ne lui en tiens pas rigueur,
Mais, la prochaine fois, s’il pouvait me trouver un nom
Connu, ce serait plus facile pour me faire
Editer chez Gallimard.
Je ne sais si vous l’avez remarqué, sans "nom "
Vous n’avez aucune chance d'être reconnu, par contre,
Si vous vous appelez Proust ou Beckett, c'est plus facile
Même avec un autre prénom…
Samuel Beckett. - Fin de partie.
C’est un classique, on le joue très souvent au théâtre et moi, si je
Devais le mettre en scène, il faudrait que je lise le texte avant.
Beckett a eu beaucoup de succès de son vivant, je ne sais s’il a
Apprécié d’être aimé par tant de monde, mais, de l’extérieur, il
Donnait l’impression de vouloir passer inaperçu, pauvre Beckett,
Il se faisait tout petit, grand comme il était, c'était difficile.
J’en suis sûr, il a dû beaucoup souffrir de la sollicitude dont il a fait
L'objet. Si vous saviez comme ils sont cons les gens, quand ils aiment !
Que voulez-vous, qui cherche les noises, les trouvent.
Samuel Beckett. - En attendant Godot.
Tu n’es pas venu, tu avais autre chose à faire que de prendre le train
Et être là à Chartres pour voir "En attendant Godot", que tu m'as dit
Avoir vu cent fois et toujours mal montés…
T’as pas de chance, mon petit bonhomme, cette fois-ci, tu t’es planté,
La mise en scène de Philippe Adrien était exceptionnelle, jamais
Je n’avais vu cette pièce jouée d’une façon si parfaite.
Nous aurons l'occasion d'en reparler lors de ton prochain passage.
Samuel Beckett. - Premier Amour.
Vous passiez sur les quais de la Seine avec ce livre à la main,
Vous marchiez l’air triste, ce n’était pas la première fois,
Vous étiez amoureux, pourtant, vous avez choisi de lire ça
Pour vous remonter le moral.
Je ne sais pas si c’était le meilleur choix ? Vous auriez pu préférer
"L’amant" de Marguerite Duras, il vous aurait vidé l’esprit ou
Pire, donné envie de vous jeter dans la Seine…
Faites attention, l’eau est si froide !
Samuel Beckett. - Oh les beaux jours.
Oh les beaux jours, ça, je m’en souviens.
Physiquement, je n’étais pas bien, pas bien du tout, pourquoi y
Etais-je allé ? C’était au théâtre du Rond-point, du temps de Jean Louis
Barrault et de Madeleine Renaud. C’était elle qui jouait le rôle de la
Femme embourbée jusqu’au cou, moi, je n’aurai jamais pu faire ça,
D’abord parce que je ne suis pas une femme, mais surtout, je suis
Claustrophobe, alors, être enterré pendant deux heures tous les soirs,
Merci, même pour un premier rôle, j’aurai refusé, net.
Il y a des limites tout de même, de plus en plus, on demande aux acteurs
De faire n'importe quoi. Au cinéma par exemple, si vous refusez de
Vous montrer nu en train de faire l'amour, vous pouvez changer
De métier.
Balzac. - Le chef d’œuvre inconnu.
Connais pas Balzac. C’est un constat, j’assume. Je ne le crierais pas
Sur tous les toits, mais parmi les classiques, il fait parti des absents …
J’imagine, maintenant, un ami, là près de moi, me faisant un compte
Rendu de ce « chef d’œuvre ». Il est certain, j’arriverai à retenir ce
Qu’il dirait, c’est plus facile, pour moi, les mots de mes amis.
Par ailleurs, inconsciemment, je dois classer certains auteurs comme
Les représentants de la bourgeoisie ou du moins instrumentalisés par
Elle. Est-ce ma façon de dire non à un certain bordel ?
Louis Calaferte. - Perspectives.
Nous parlerons de Calaferte une autre fois. Mais, pour l’heure,
He fais une association avec une autre perspective,
"La perspective Nevski" de Gogol, dont voici quelques lignes…
"Il n’y a rien de plus beau que la Perspective Nevki,
tout au moins à Pétersbourg ; et dans la vie de la capitale,
elle joue un rôle unique !
… Et les dames! Oh ! quant aux dames, la Perspective Nevski,
leur offre encore plus d’agréments ! Mais à qui donc n’en offre-t-elle pas ?
À peine se trouve-t-on dans cette rue qu’on se sent aussitôt disposé à la flânerie.
… La Perspective Nevski est la grande ligne de communication pétersbourgeoise.
C’est ici que l’habitant des faubourgs.. .A midi, la Perspective
Nevski est envahie par des percepteurs appartenant à toutes les nations…"
C’est toujours beau Gogol.
Breton. - Manifeste du surréalisme.
Je n’aime pas Breton, pourtant j’ai acheté ce livre, histoire de vérifier
Si mon avis sur lui était fondé. C’est drôle ce comportement. Est-ce le
Signe d’un manque de confiance en moi ?
Paul Bowles. - Un thé sur la montagne.
J’imagine une montagne
Avec au plus bel endroit,
Des hommes servant le thé,
Boisson qu’ils vénéreraient par-dessus tout,
Je m’installerai, avec eux en ami, nous
Partagerions cette boisson des Dieux et le temps
Coulera sur la montagne comme le vent,
Rien ne pourra contrarier notre plaisir,
Le thé apaisant notre soif, du matin jusqu'au soir.
Borges. - Le livre de Sable.
Faut-il être masochiste pour révéler au monde,
Combien cette aberrante mémoire est dommageable
Au plaisir du jeu des possibles intellectuels.
De Borges, j’ai souvent entendu dire :
Il ne faut pas le louper. C’est triste, mais je crains
Qu’il ne soit trop tard pour moi maintenant.
Certes, mais n'y a-t-il pas des limites à
L'accumulation des connaissances … ?
Philippe Besson. - Son frère
Je ne sais pas si elle a l'intention d'aller voir son frère demain,
Mais si elle y va, il ne faudra pas qu'elle oublie d'apporter l'aspirateur
Et le livre de Philippe Besson qu'elle lui a acheté, d’ailleurs,
Je ne comprends pas pourquoi elle fait ça, il ne lit jamais.
Samedi prochain, nous devons aller acheter un rafraississeur
Pour éviter la canicule de l'été dernier. Nous devons tout faire
Pour éviter à notre mère la chaleur que la télé nous a prédit.
À ce sujet, j'ai eu Julliard au téléphone la semaine dernière et
Pour lui, nous n'aurons pas de canicule cette année :
Il m'a expliqué le pourquoi, mais, je n'ai rien compris à cette histoire
Qu'il m’a dit avoir lu dans un manuscrit sur la météo.
Laissons un instant l’inventaire de sa bibliothèque pour nous intéresser
Au facteur déclenchant, à l’origine de son intérêt pour ce jeu des
Associations lui ayant permis d’accéder à l’écrit,
Tel qu’il l’avait toujours rêvé.
Nous avons trouvé, dès le début de nos investigations, dans la cave de
Son appartement, deux boîtes en carton d’une société d’impression Domiciliée à
Montrouge et contenant des fascicules reliés, lui ayant
Probablement servis à se faire connaître de quelques maisons
D’édition, mais sans succès, car nous avons retrouvé chez lui des
Lettres de refus en nombre.
Chacun de ces cartons contenait une cinquantaine exemplaire de deux
Textes bien distincts. L’un reproduisait des écrits faisant suite à un coup
De foudre qu’il avait eu pour des photos d’un amateur rencontré sur
Internet et auquel il s’était lancé un défi : mettre des mots à ces images.
L’autre document, plus ancien, concernait les textes que vous avez tous lu
Et concernant les rues de Paris.
Pour ce qui concerne donc les textes liés aux images du photographe,
Chez nous, une équipe travaille d'arrache-pied actuellement
Pour voir ce qui peut être donné à lire dans cette étude.
La tache n’a pas l’air d’être évidente. Les spécialistes disent
Que sans les photos, ces écrits sont souvent confus, d’autant,
Qu’une grande partie de ce travail relevait de choses sexuelles.
D'après certains, ces textes toucheraient à des archaïsmes… Dès
Qu’ils auront fait le tri, nous ne manquerons pas de vous en faire part.
Lorsqu’il aborda l’inventaire de sa bibliothèque, il avait acheté à
La même époque, l’Abécédaire de Gilles Deleuze. C’est un coffret
De trois DVD donnant l’ensemble des enregistrements faits par
Claire Pernet et Pierre-André Boutang, dont la retransmission
Ne fut possible qu’après la mort de l’intéressé Gilles. D’ailleurs,
C’était la condition sine qua non du Maître.
Lorsque,
Ne sachant pas trop quoi écrire devant tel ou tel livre,
L’inspiration manquant au devoir d’association,
Alors, il eut l’idée de dialoguer, à sa manière, avec ce
Philosophe dont il aurait beaucoup apprécié les cours dans les
Années soixante. Mais, à l’époque, il était employé de bureau et
Pour lui les intellectuels étaient des gens d’un autre monde,
C’était "les premiers de la classe"; alors que lui, portait sur son dos
Les stigmates "des derniers". Ces gens, se disait-il, sont tellement
Loin des préoccupations quotidiennes des travailleurs honnêtes.
Mais, n’en doutons pas un instant, c’en était bien un, d’intellectuel,
De fait. N’avait-il pas, dès l’âge de douze, treize ans fréquenté les
Théâtres et n’avait-il pas lu quelques livres de Jean Paul Sartre ?
Seulement, il devait gagner sa vie...
Pour l'instant, ce dialogue entre lui et Deleuze, restera dans nos réserves
Et ne sera transmis que sur demande expresse d'étudiants sérieux.
Philippe Delerm. - Les amoureux de l'Hôtel de Ville.
J'ai regardé à la loupe la photo de couverture de ce livre de poche,
Je n'y suis pas, pas sur celle-là du moins, car au « métro Hôtel de ville »
On m'a pris en photo quelquefois. C'était mon quartier, le mien,
Celui de l'école élémentaire avec mes copains de la rue de Moussy, les
Billes et les calots sur le trottoir, le cartable jeté sur le pavé...
Que se passe-t-il mon petit, de donner ainsi dans la nostalgie ?
Toi qui dis toujours ne jamais t'y adonner, déprimerais-tu à la
Vue de ce temps passé ?
Marc Levy. - Où es-tu ?
J'ai bien envie d'ouvrir le bouquin pour vous en faire un compte
Rendu conforme à la règle, aux devoirs d'étudiants, par exemple.
Mais, la contrainte que je me suis fixée doit être respectée : n'ouvrir
Aucun livre en cours d'inventaire. Plus tard, si j'en éprouve l'envie,
J'aurai tout le temps d'y revenir pour compenser cette frustration.
Pour « Où es-tu ? » vous n'en saurez rien. C'est un livre que l'on voit
Partout actuellement, dans toutes les vitrines de toutes les libraires.
Ce doit être bien, je l'ai parcouru en diagonale, je vous ai déjà parlé
De cette méthode de lecture, il y a peu de temps, mais vous ne l'avez
Pas retenu. Je ne suis donc pas le seul à avoir des problèmes de mémoire
Ou d'attention… Et puis de toute façon, ce n'est pas si important,
Ce qui compte est de savoir où tu es.
Philip Roth. - Tromperie.
J'avais lu en son temps "Portnoy et son complexe", depuis, je n'avais pas
Fait d'autres lectures de Philippe Roth. Alors, j'ai voulu réessayer...
Pas convaincant. Triste écriture d'un homme qui vieillit.
Portnoy n'est pas dans ma bibliothèque. Lorsque j'ai quitté ma femme...
J'ai quitté aussi notre bibliothèque, j'ai récupéré certains bouquins, mais
Elle, c'est une folle de ça, les livres, elle ne t'en donnera pas un seul !
C'est son truc, elle en a des tonnes, il y en a partout.
Stephan Zweig. - La Confusion des sentiments.
C'est à partir de ce livre-là que j'ai redécouvert Stephan Zweig,
Rencontré déjà il y a longtemps, quand j'allais au théâtre.
J'aime cette écriture, bien qu’elle relève d'une traduction et donc
D'une réinterprétation de la part de quelqu'un d'autre que l'auteur.
Etrangement, lorsque je me trouve devant le plaisir de lire, j'éprouve
Une sensation étrange, une petite peur diffuse. Est-ce phobique ?
Je n'en sais rien. Peur de plonger dans une œuvre comme dans l'eau
De la mer… Me reviens ce souvenir, c'est à Trouville, un jour j'ai
Failli me noyer, emporté par le courant. Peur de perdre pied, c'est
Pourquoi dans mes activités au quotidien, j'alterne toujours entre les
Choses intellectuelles en variant les genres (littérature, télé, films,
Musées) et les choses de la vie plus pragmatiques (les amis, la famille,
L'entretien de l'appartement, la cuisine…)
Freud, toi l'ami de Zweig, qu'en dirais-tu ?
Régis Jauffret. - Clémence Picot..
Ce livre, je l'ai même donné à lire à ma mère, en l'avertissant avant,
De ce que les cent premières pages racontent une histoire, mais,
Qu'ensuite, tu risques de t'ennuyer, car c'est la même chose qu'il répète
Inlassablement, mais sous une autre forme. Si tu t'ennuies, laisse tomber,
Lui dis-je, c'est ce que j'ai fait, moi ! Je ne lui ai pas dit qu'il s'agissait là
D'une écriture contemporaine, ni fais allusion à l'Autobus de Raymond
Queneau qu'elle ne connaît pas. Quelle "culture" a-t-elle, la pauvre ?
Fernando Pessoa. - Chronique de la vie qui passe.
Il y a quelques années, à la foire du livre de la porte de Versailles,
Le Portugal était à l'honneur. J'ai entendu quelques Portugais dire :
Il n'y a pas que Pessoa au pays, d'autres auteurs ont pris la relève...
J'ai bien envie d'aller à Lisbonne, pas seulement pour Pessoa, mais
Pour Lisbonne. J'ai vu des reportages à la télé, des images sur internet
Et j'ai bien compris qu'ils vivaient surtout la nuit, moi, j'aimais ça
Avant, mais maintenant beaucoup moins !
Aller dans les bistrots... Voilà, une bonne motivation pour faire ce
Voyage. Voir les rues, les gens, entendre la musique d'une langue
Dont je ne sais pas un mot, puis sortir de cette image que nous
Avons tous dans nos têtes : les Portugais sont des gardiens d'immeubles,
Des ouvriers du bâtiment ...
C'est chiant ces étiquettes qui nous habitent tous. J'essayerai de vous
Apporter quelques éclaircissements sur ces mécanismes humains,
En développant ce thème, plus tard, à la rubrique psychanalyse.
Laure Adler. - Marguerite Duras.
Bêtement, cette pensée m'a traversé la tête. Et si l'appartement de
M.D. à Trouville sur Mer, aux Roches noires se libérait,
Aimerai-je y aller, y vivre, m'y installer ?
Vous savez, Trouville, c'est toute ma jeunesse.
... Mon père nous y emmenait l'été au mois d'août.
On savait quand on arrivait, mais le jour du départ,
On ne le savait pas, ça dépendait si au casino il avait
Tout perdu, l'argent de nos vacances, du manger.
Heureusement, prévoyant, il avait acheté d'avance les
Billets de train aller-retour, nous pouvions alors rentrer
À Paris… Pas idiot, il se connaissait bien !
Je ne sais pas si Marguerite Duras aimait le jeu, mais
Si c'était le cas, il est possible qu’elle l’eu connu, car,
Mon père, connaissait beaucoup de monde, mais jamais,
Il ne nous parla d'elle. De toute façon, nous, cette dame
On ne la connaissait pas, alors, il faisait ce qu'il voulait,
On n'avait rien à dire…
Yasunari Kawabata. - L'adolescent.
Lors de ma promenade journalière le long de l'Eure, dans la basse
Ville de Chartres, je passais devant une porte avec un nom japonais
Inscrit sur l'interphone et ressemblant à celui-ci. C'était un artiste.
De la fenêtre, on pouvait voir ses œuvres, des tableaux très zen,
Très épurés. Ce n'étais pas un adolescent, car les prix de loyer sont
Exorbitant à cet endroit … Conclusion, il devait vendre ses toiles
Pour payer son luxueux logis.
À la réunion de la semaine dernière, nous nous sommes tous
Demandés quelles étaient les raisons lui ayant fermé les portes
Des Universités ou de quelques nobles établissements pour
Faire connaître ses découvertes en philosophie, psychanalyse et autres…
Rapidement nous convînmes qu’en effet rien n’était possible pour
Lui dans cette direction, et ce, pour plusieurs raisons.
À plusieurs reprises, dans ses écrits, il constate lui-même
« Que sans diplômes, on n'est rien ». En disant cela, il ne portait
Pas un jugement sur ceux qui en avaient ou pas, mais relevait
Qu’en effet, tous les postes « intellectuels » n’étaient occupés
Que par ceux qui en avaient, un point c’est tout. C’était un
Constat et personne, ici, n’a contesté les faits.
Certains d’entre nous se sont beaucoup amusés à l’idée de
Demander à des étudiants s'ils en savaient plus qu’il n’en savait
Lui-même.. Nous pensions à ce fameux "socle commun des
Connaissances", tarte à la crème des politiques de l’époque.
Cela amusa, mais pas tant que cela. La question de ce qu’était
La démocratie se posa spontanément à nous tous à ce moment-là
Et provoqua une atmosphère angoissante dans la salle où nous étions.
Angoisse heureusement dissipée par le café que Gilles nous
Apporta. C’était bientôt la fin de la réunion.
Seulement, en posant mes lèvres sur le rebord de la tasse, je me
Suis souvenu de sa passion pour le thé, boisson qu’il buvait en
Permanence, du matin jusqu’au soir. Je relance alors le débat
Là-dessus, mais sans succès. Quelqu’un suivant son idée, dit que l’une
Des raisons de ses échecs n’était pas due à une indifférence au monde
Qu’il aurait pu avoir comme certains penseurs minables, mais au manque
De force physique, auquel ses nombreuses maladies l'avaient condamnée.
Du coup Robert nous a proposé de consacrer tout un chapitre
Sur la santé du Maître, mais l’ensemble de l’assemblée le calma,
En disant que nous reposerons cette question plus tard.
Il n’a pas insisté, le p’tit Robert.
Dominique de Villepin. - Le Cri de la gargouille.
Pour mettre du beurre dans vos épinards : écrivez !
Les droits d’auteur sont un complément de retraite idéal.
Dominique de Villepin l'a bien compris, la politique a
Ses limites, faut pas trop en abuser sous peine d'être pris
Pour une gargouille en train de crier !
Jean-marc Adolphe. - Crise de la représentation.
Au cours de cet inventaire, nous verrons des bouquins traitant du travail,
Du chômage, de politique, mais toujours dans des collections à un ou
Deux euros... Allez savoir pourquoi je n'investis pas plus d’argent pour
Des causes tellement d'actualité ?
Don Delillo. - Cosmopolis.
- Si on cherche un compte rendu sur un livre, dans Google
On trouve toutes les informations désirées… Que demande le peuple ?
- Mais, alors, si on trouve tout sur Internet, quel intérêt y a-t-il
À faire des fiches de lecture comme les tiennes ?
- C'est ma façon de compenser une défaillance, de sortir de ce
Qui fait problème. Alfred Adler, a beaucoup insisté sur ces
Phénomènes de compensation que nous actionnons lorsqu'il y a
Une infériorité organique. En gros, si l'on a un endroit de notre
Corps en défaillance ou fonctionnant moins bien, alors
Nous aurons un autre endroit qui sera plus doué que les autres.
- C’est bien la nature humaine !
Nathalie Sarraute. - Tu ne t'aimes pas.
Nathalie Sarraute, m'ennuie.
Chateaubriand. - Mémoires d'outre-tombe.
Chateaubriand habita Châtenay-Malabry, moi aussi.
Lui, c'était dans les bois de la vallée aux loups, un vrai coupe-gorge cette
Forêt. Ma maison par contre se situait tout près du centre-ville, à deux pas
De la mairie dont l'un des maires, Jean Longuet, petit fils de Karl Marx
Avait été l'un des propriétaires avant moi. Cet homme fut l'instigateur des
Premiers HLM en France : "La butte rouge". Après avoir entièrement
Restauré à mon goût ce beau pavillon de banlieue, je l'ai revendu pour aller
Vivre à Chartres et consacrer mon temps à la peinture. Je l'ai donc très
Peu habité, mais je garde un très bon souvenir de cette période où les amis
Et la famille venaient encore me voir, alors que maintenant …
Aimé Césaire. - Ferrements. Poèmes.
Trés bel article lu dans l'Express du 31/05/2004
Sang pour sang de Monsieur Claude Allègre :
" Les guerres se font toutes au nom de grands principes, mais elles se résument finalement à un choc de haines.
Bras coupés, gorges tranchées, tripes contorsionnées, jaunâtres, sorties d'un ventre éclaté, enfants mutilés gisant sur le pavé, femme éborgnée pleurant en serrant son enfant à moitié nu, soldat hébété à l'uniforme taché de sang, corps inertes empilés pêle-mêle en des tas informes, du sang giclant d'une plaie béante. Les images que nous avons à l'heure du dîner portent un nom: la guerre. Un nom qui recouvre toutes les horreurs dont l'homme est capable. Car il n'y a que des guerres sales. On veut vous faire croire le contraire avec les "frappes chirurgicales", les "armes propres", et les distinctions entre "civil" meurtrières de la guerre.
Toutes les guerres se font au nom de grands principes, d'un droit irréfutable, du Bien contre le Mal, des bons contre les méchants. Mais, finalement, elles se résument toutes à un choc de haines, des massacres d'innocents, à des orphelins fabriqués à la pelle, des veuves multipliées par milliers, des estropiés, des blessés, des infirmes. On compte les morts. Pas les blessés, les incurables qui restent dans la souffrance et une solitude ignorée.
On attaque les médias parce qu'ils montrent les horreurs de la guerre, ils ne font que leur travail. Les images sont diffusées parce qu'elles existent! Si elles nous dérangent, tant mieux. Il nous faut comprendre que, au-delà des images, c'est la guerre qui est insoutenable! Tout comme il est insoutenable de classer les atrocités. Le faire, c'est contribuer à banaliser l'inacceptable. Tout, en bloc, est terrible.
Comment peut-on combattre si on ne pense pas que l'adversaire est haïssable? Ceux qui ont fomenté les attentats du 11 septembre 2001 sont d'abominables assassins. Mais fallait-il répondre à la violence obscure par la violence aveugle? J'ai vécu l'époque de la guerre d'Algérie. Chaque camp justifiait ses horreurs et ses tortures par celles du camp d'en face. Tout ça pour quoi?
On découvre que l'armée américaine torture, mais toutes les armées torturent! Bien sûr, la torture est infâme et indigne de peuples civilisés. Bien sûr, les actes de barbarie sont abominables. Mais combien d'actes atroces que l'on ne voit pas, aussi? Le monde est, aujourd'hui, un brasier au nom des religions qui, toutes, semblent avoir pour devise: "Aime ton frère!" Aime ton frère et tue-le! Tue-le parce qu'il est différent de toi! "
Blaise Cendrars. - Rhum.
Ce livre je ne l'ai pas lu parce que Blaise Cendrars il ne me paraît pas très
Clair dans sa tête, je ne sais pas ce qu'il a fait dans sa vie, mais pas net,
Pas net du tout, ce gars-là ! Des gens me disent : la littérature c'est de la
Littérature et tu n'as pas à juger celui qui écrit... C'est leur avis,
Pas le mien.
Stéphanie Caldy.Portrait A
Livre acheté dans les bacs à un euro de Gibert-Jeunes,
Boulevard Saint-Michel. Tu peux y aller, pour vendre certains de tes livres,
Soit pour te faire un peu d'argent de poche, soit qu'ils n'ont plus d'intérêts
Dans ta bibliothèque. Alors, tu en rachèteras d'autres, pas plus d'actualité
Que ceux vendus l'instant d'avant, qu’importe, ça fait marcher le fond de
Commerce de Gibert-Jeunes.
Louis Calaferte. - Septentrion.
Ce ne pouvait être ni la main de Dieu ni la main du Diable.
Le hasard, toujours lui, un pur hasard.
De Chartres où je vivais seul, j'occupai comme je le pouvais mon temps,
Et il m'est arrivé, un jour, d'allé à Blois, où le maire, à l'époque n'était
Rien de moins que Monsieur Jack Lang, ex-ministre de la Culture.
Pas mal comme poste, me disais-je en pensant à ma carrière sans queue
Ni tête. Dans la vie, quand tu as fait ça, tu es en droit d'être content de toi.
Pour arriver à séduire et garder le pouvoir, il visitait très régulièrement son
Dentiste pour avoir toujours de belles dents bien blanches, bien écarlates !
Je voulais donc voir le château de Blois. La journée était belle, le soleil
Partout éclairait la ville et la campagne et moi, je me suis trouvé devant
Une librairie pas terrible, j'entrais, qu'avais-je d'autre à faire ?
Sur les murs, des cadres avec des reproductions pour touristes, rien de
Bien intéressant sauf sur la table quelques bouquins de photos sur les
Tableaux de Calaferte. On y voyait principalement des fruits et des légumes.
La façon qu'il avait de traiter ces natures mortes me fit penser à mon
Propre travail, je me renseignais et le marchant se présenta comme l'éditeur
De cet homme qui m'était inconnu. Il me dit que Calaferte se considérait
Comme écrivain et non comme peintre, cela me surpris tout de même !
Je retourne après cette belle journée dans ma ville et que vois-je ?
Au théâtre de Chartres se jouait à 21h une pièce de Louis Calaferte,
Oui, c'est vrai, et, j'y suis allé.
P.S. : Ces textes, ça fait un peu rédaction de classe, vous ne trouvez pas ?
Louis Calaferte. - Droit de cité.
Faut manger une à deux pommes par jour, car c'est bon pour la santé des
Paroies de nos tuyauteries intestines, toujours en mal de saloperies.
Les pommiers de Normandie ne donnent pas seulement que des fruits,
Certains hommes utilisent la pomme pour en faire un alcool blanc qui brûle
Fortement ce dont nous avons parlé tout à l'heure…
Manger régulièrement des fruits et des légumes, en général, c'est préférable
À ingurgiter n'importe quoi, genre Mac'Do et compagnie.
Va falloir changer vos habitudes… Seulement, il est vrai, des pommes,
Il y en a tant, qu'on se demande bien lesquelles choisir. Perso, j'aime la
Fuji, c'est un mélange pomme-poire, un régal, ça croque sous la dent
Autrement, t'as l'impression d'avoir dans la bouche, à la fois un morceau
De pomme et un morceau de poire…
Si je vous parle de pommes, c'est qu'il doit y a Calaferte là dessous.
En effet, cet homme a beaucoup peint les fruits et les légumes, j'avais
Des livres des photos de ses tableaux, mais je ne les retrouve plus dans
Ma bibliothèque, où les ai-je donc mis ?
Bernard Defrance. - Le plaisir d'enseigner.
A la fin du voyage, nous avons pu échanger quelques mots en rapport
À votre téléphone portable. Vous aviez entre les mains le dernier modèle
D'Alcatel, pas la panacée universelle, m'avez-vous dit, il fait des photos,
Mais je doute que ce soit de la qualité, mais enfin, comme on me l'a offert,
Alors... Et vous m'avez parlé un peu, puis, juste à notre arrivée, vous m'avez
Fait cette confidence : vous êtes enseignant et vivez votre métier
Avec passion. Nous nous sommes regardés et nous nous sommes souri.