Tous les matins, il ressentait une certaine anxiété
De voir le temps passer si vite. Il se levait tôt
Pour son petit déjeuner, à cinq heures exactement.
À cette heure-là, il avait une faim de loup, et puis,
Il y avait les médicaments à prendre.
Après la petite vaisselle, il se mettait devant son ordinateur
Et pianotait jusqu’à dix heures, ensuite il faisait une sieste,
Repos obligé après l’effort comme il aimait à direparfois pour
Dédramatiser ce besoin de dormir, car sans ça, l’après-midi
Eut été invivable, la fatigue prenant là une trop grandeplace
Dans les pauvres activités qu’il pouvait envisager pour la journée.
Alors, il faut comprendre ce pauvre homme, pouvant parfois
Ressentir quelques animosités à l’égard de ceux quipouvaient
Agir sans se soucier de leur santé, vivre éveillé autantd’heures
Qu'ils le voulaient sans avoir à dormir comme un malade.
Avoir des projets, les réaliser, sans être en permanence
Dans le doute quant à savoir s’il tiendrait le coup après
Le repas de midi où celui du soir.
Peter Handke et lui avaient ce point commun : la fatigue.
En dehors de ça, probablement, avaient-ils d'autres
Affinités, mais pour l'heure, il nous est difficile
D'en dire plus, la censure et tout son tralala…
Ce qui est surprenant en tout cas, c'est qu'il se déclarait
Comme un homme heureux, du moins, pas malheureux.
Il vivait, année après année, ce qui venait àlui, très simplement.
Il avait donc pris, l’habitude de toutes ces choses qui pour d’autres
Apparaîtraient comme invivables : il avait même profitéde tous
Ces inconvénients pour en faire des avantages, le malin.
Le malin, le malin, c’est vite dit, nous dit Gilles.
À vrai dire, chaque jour était une épreuve pour lui.
Pour des raisons incompréhensibles, il culpabilisait
De ne pouvoir être utile à d’autres allant plus mal que lui.
N’y en avaient-ils pas, des hommes souffrants partout,
Dans les maisons, les rues, ici, là et même ailleurs ?
Se disait-il, alors, nous nous sommes posé la question : mais
Pourquoi voulait-il que les humains soient plus heureux ?
Utopiste. Comment ne pas le qualifier d’utopiste, à moins qu’il
N'eût été question d’autre chose, mais de quoi, alors?
Un jour, il cria : "j’accuse", ce n’était pas le premier "j’accuse"
De l’histoire, il s’était arrogé le droit de plagier…
Du côté de la Bastille, dans ce bistrot branché conseillépar Zurban,
Un samedi soir, attablé avec un ami pour un brunch noir,
Il se mit à jacter sur le bien et le mal. C'était sa penséedu jour et il
Lui fallait la partager.
Il venait de découvrir un concept révolutionnaire : le bienet le mal
Sont mariés ensemble et fonctionnent toujours inséparablement.
Peter Handke - L'heure de la sensation vraie
Tenez, par exemple, dans deux jours, il va y avoir
La fête de la musique, tu crois qu’il va sortir pour voir
"Les jeunes", être avec eux, prendre plaisir à
Écouter leur travail, reconnaître leur talent … Pas du tout,
C’est devant sa télé, son ordinateur que monsieur passerala soirée.
Il est claustro, certes, la foule on ne sait jamais, ça
Peut très mal tourner… Combien de fois sa mère lui avait dit:
Fait attention mon fils de ne pas tomber en marchant !
Tout au plus, il ira à la Fnac, celle près de chez lui etrestera assis
Pendant des heures à siroter un thé et lire son journal biencalmement.
Peter Handke - Le malheur indifférent
Malgré les efforts que l’on peut imaginer, lorsque la maladie
Vous a bien déstabilisée, désocialisée, il restetoujours
Le souvenir d'un temps où vous étiez un tambour battant, un
Boute-en-train, un casse-cou, un sportif. C'est avec ça, qu'il
Construisit son œuvre et souvent il se disait :
Pour ce qui concerne la télé, tout le monde veut y aller,
Parce que c’est le lieu de toutes les excellences ! En dehors
De la télé, t’es rien mon gars, un amateur, un amateur, j’tdis.
Fonce, fonce, médiatise-toi, ça ne se discute pas...
Moi, demain, j’y vais.
Peter Handke - La courte lettre pour un long adieu
L’Amour est une marchandise sur lequel il ne faut pas cracher.
L’amour est une rigole d’eau claire et si tu n’es pas sur le bateau,
Attention à toi, il ne te le pardonnera jamais. Alors voilà,pour
Résumer, on a beau dire, on a beau faire, râler tout son mou,quand
Tu passes par là, t’es comme tout le monde, tu bandes, tu bandes!
Tout le reste n'est que littérature, la vie c'est ça d'abord.
Hermann Hesse - Lettre à un jeune artiste
Il y a deux choses. La première, tu dois gagner des sous pour payer
Ton loyer, ta bouffe et le reste. La seconde, si tu veux être un artiste,
Soit-le, mais bien.
Hermann Hesse - Souvenir d'un Européen
L'Europe, le Monde, la mondialisation … Je me mêle
Les pinceaux, je ne comprends plus rien.
Hermann Hesse, dites-moi de quoi il s'agit-là,
Comment allons-nous sauver le monde ?
Michel Houellebecq - Interventions
Ecrire, est-ce une intervention, et dans ce cas, une intervention de quoi?
Est-ce ouvrir sa gueule de macaque pour imposer sa parole,
Ou est-ce sortir de soi une matière fécale afin de s’en débarrasser?
Comment voulez-vous savoir ces choses étranges
Qui nous habitent en permanence ?
Houellebecq, où nous as-tu amené avec tes interventions ?
Pourquoi y avons-nous porté une telle attention ?
Est-ce dû à la magie de tes mots où à celle desmédias ?
Houellebecq, où te caches-tu, toi qu’on voudrait voir à
Nouveau, te promener avec ton sac Monoprix à la main,
Dans le quinzième arrondissement, rue de la Convention.
Michel Houellebecq - Extension du domaine de la lutte
La pensée du jour …
E comme : En finir avec la misère du monde.
Si c'est comme ça que tu commences ta journée
Elle risque d'être gaie, j'te dis pas. Sort, change de domaine,
Lutte pour une cause réelle qui donne sens à ta pauvre existence.
Les mots, les mots, il n'y a pas que les mots mon grand,
C'est l'action qu'il faut, bonhomme, l'action ! Ne reste donc pas
Assis, le cul posé sur cette putain de chaise, replié surtoi-même
Comme si le monde allait te tomber dessus, lève la tête…
Alexandre Jollien - Le métier d'homme
Chez les Adlériens, dont j'ai fait parti à un moment de mavie,
Il y avait un gars, un espagnol, je crois bien, qui employait
Souvent le mot "métier", mais dans un sens différent de celui
Qu'on lui connaît habituellement. Probablement, y avait-il
Dans son esprit une maldonne au niveau de la traduction, ce mot
Dans sa bouche disait : les voleurs, les menteurs, les malades,
Les fous ... c'était vécu par ces acteurs comme un métier!
Frank Kafka - Journal
Le journal télévisé, le journal papier, les revues,les cahiers,
De quoi « ça nous parle » en permanence ? Et bien, detout ce
Qui ne va pas bien dans le monde et comme il est si grand,
Le monde, alors évidemment, il n'y a pas de raison que çacesse.
Primo Levi - Si c'est un homme
Parler de ça ou pas
Faire état de sa pensée collective
Ou passer à côté, louvoyer
Pour ne pas s’impliquer
Dans cette histoire folle
Cette histoire inacceptable, car encore inexpliqué,
Malgré les tonnes de livres, les tonnes de mots
Les kilomètres de films, les millions de photos.
Comment expliquer
Pour que plus jamais, cela ne soit possible ?
Nous devons reconnaître le travail de certains
D’avoir contribué pour que cela ne se reproduise pas,
Du moins… Du moins, pas trop près de chez nous !
André Malraux - La condition Humaine
Cher ami,
Je sais combien on peut dire du mal
Du monde qui est le nôtre, parce qu’on nous
A mis là sans nous demander notre avis.
On naît ici, pas ailleurs, alors ces histoires
De vies après la mort, je m’en bats l’œil,
Ce qui importe, pour moi, ce sont les gens avec qui
Je peux partager un moment agréable.
La condition humaine, ce n’est pas toujours la joie, mais
On va faire avec, qu'avons-nous d'autres comme choix ?
Je pense souvent à vous lorsque je me sens seul, je ne t'en
Veux pas, je comprends, il y a ton travail, tes obligations familiales…
Passe toutefois le bonjour à Jeanne de ma part, j’espère qu’elle
Va bien et fait une grosse bise à Julien et à Paulette
Qui doivent être bien grands maintenant.
Herman Melville - Bartleby le cribe
Au sommet de sa bibliothèque, cet homme perché sur
Son escabeau, mais que cherche-t-il donc là-haut ?
S’il prend le risque de se casser la poire en deux, c’est qu’il veut
Y trouver une chose qu’on ne trouve pas en bas.
Et cette chose, c’est quoi ?
Les humains, ces merveilleux homos sapiens,
Aiment à cacher secrètement, loin des regards enfantins,
Tous ces livres interdits qui excitent leur libido.
Et celui-là, aussi savant soit-il, n’en est pas moins
Un homme comme les autres :
Un bandeur, un sagouin.
Hervé Micolet - La lettre d'été
Cela se passe dans un de ces villages perchés
Au sommet d’une colline, comme il en existe
Beaucoup dans notre beau pays, la France. Il était
Confortablement installé sur un rocking-chair en rotin
Façon provençale, ses pieds étaient posés surle rebord de
La fenêtre, donnant sur l’arrière-pays. La mer, il ne la voyait
Pas de cet endroit-là, il voyait une maison ancienne, rustique,
Avec, tout autour, du thym, du romarin, de la lavande.
Derrière lui, l’être aimé se reposait. Le bonheur étaità son
Apogée, mais heureusement, cela ne dura qu’un temps…
Entrer en littérature, c’était pour lui comme entrer en religion.
Il aurait bien fermé sa porte au monde extérieur, le considérant
Coupable de bouffer tout son temps à pas grand-chose d'essentiel.
Mentalement, il se serait installé dans un cloître. Il s'yvoyait, se
Promenant le long de ces allées sous les arcades oùil aurait passé
Ses journées à ne rien faire de particulier sinon méditer,écrire en
Regardant le jardin, au centre de ces murs protecteurs. Mais rien
De tout cela ne fut possible, il aimait trop Paris pour le quitter
D'un coup de baguette magique. Le calme, la sérénité,les chambres
Individuelles de ces hommes d’Église l’intriguaient beaucoup,
Seulement là n'était pas son destin… Il était conscientaussi qu'il
S'agissait là d''un fantasme comme un autre, difficile à évincer.
De la culture, un jour, il eut ces quelques mots…
" Je ne veux plus qu’on me cultive. Je suis grand maintenant,
Foutez-moi la paix. La culture, elle est en moi, en nous tous,
Chacun a sa façon, sa manière de l’honorer, de lui donnercorps.
Alors, je ne vois pas pourquoi certains s’arrogent le droit de
Divulguer la leur à coup de massue sur les pauvres têtes des
Hommes habitués à être pris pour des cons.
La culture, tu la trouves où tu veux, elle est partout, àl’école,
Dans la rue, à la maison quand tu parles avec ta mère lorsqu’elle
Fait la bouffe pour toute la marmaille. Au bistrot avec tes copains,
Tes copines… Toujours dans tes pensées, il y a tes mots àtoi dans
Le cadre de ta vie de tous les jours, dans ce que tu regardes, dans ce
Que tu écoutes, tu ressens en permanence vibrer dans ton corps,
Pas dans celui du mec ou de la nana de la télé qu’on ne connaîtpas
La culture, ce n’est pas lui, ce n’est pas elle, ce sont eux, tes mots,
C’est toi, toi seul, mon gars.
La culture est dans l’assiette que tu nous prépares dans ta cuisine,
Encore la bouffe, c’est peut-être là justement, la culture,qui sait ?
Dis-moi ce que tu manges et je te dirais qui tu es, dit le proverbe.
La culture c’est la joie, le bonheur et plein d'autres choses encore …"
Quim Monzo - ... Olivetti, Moulinex, Chaffoteaux et Maury
Comment procéder pour laver notre p'tit bébé avec l’eauchaude
De notre Chaffoteaux et Maury, sans le brûler ? Notre voisine
Avait une certaine expérience en la matière, alors, elle vintchez
Nous, dans la cuisine, pour nous montrer. Elle avait l’âge de nos
Parents et était toujours prête à rendre service. Sontravail à
Mi-temps chez Moulinex lui permettait, l’après-midi, de se
Consacrer à la frappe du manuscrit d'un scénariste inconnusur
Une Olivetti très ancienne que son père avait trouvéedans la rue.
Quelques fois, elle venait chez nous pour garder le gosse
Bénévolement, alors, nous en profitions pour aller boire
Un café à Montparnasse, une bière à la rigueur.
Mais, un jour, comment vous le dire, un jour, elle…
Alberto Moravia - Le voyage à Rome
Elle se souvient encore de Rome. C’était un voyage
Épique, un moment privilégié dans la vie de ma mère,
C'était la première fois qu'elle quittait Paris pour allersi loin,
À cinquante ans, il était temps que cela advienne. Mais de
Ces souvenirs merveilleux qu’elle narre avec bonheur, à moi,
Il ne reste rien, sinon, quelques images floues de l'hôtel
Où dans la chambre, j’avais passé trois jours et trois nuitsà
Etre malade comme un chien…
La chaleur, je ne supporte pas la chaleur, ça me rend fou.
Slawomir Mrozek - La vie est difficile
J’étais en forme, j’allais sortir, aller à Paris, lorsqu'ilest venu
Pour l’installation du climatiseur. Il étudia la question très
Soigneusement et conclut qu’il reviendrait le lendemain avec
Une chignole et un tournevis. Une idée originale me vint àl’esprit :
Lui offrir une bière sur le balcon et là, nous avons entaméune
Conversation sur tout et sur rien et il déduisit par lui-mêmeque
La vie était difficile...
André Breton - Nadja
Elle s’appelait Nadja, enfin, à peu près, je crois.
Elle mettait son gosse dans un placard, comme
C’est la coutume quand on est Fatma et qu’on vient
Pour nettoyer la maison, éplucher les légumes et
Repasser les chemises du fils … Dans le placard,
Uniquement là, qu'elle voulait le mettre.
Nous n’avons jamais su si elle avait un mari…
Sûrement en avait-elle un, puisqu’elle avait un enfant.
Par contre, ce n’était pas une Bretonne. Nous l’avons su plus tard,
Elle ne savait pas faire les crêpes, ni au froment, ni au
Sarrasin, son talent, elle le consacrait principalement dans la
Confection du couscous légumes avec boulettes et poissons.
Paul Nizon - Stolz
Les autoportraits de Van gogh sont surprenants par leurs tailles.
Ils sont tout petits, nombreux, mais tout petits, pas autant
Qu’un timbre poste, mais enfin, pas bien grand en tout cas.
Vous pourrez le juger par vous-même en allant au musée
Eponyme à Amsterdam et vous verrez que j'ai raison !
Amos Oz - Seule la mer
Nous lui dirons, car c’est notre métier de le lui dire.
Nous lui dirons qu’ici, c’est le monde des vivants,
Les morts n’ont pas de place ici, ils ont eu tord de mourir,
Nous, on vivra le plus longtemps que l’on pourra. Tout le
Monde nous envie, notre présence bienveillante doit faire
Réveiller les plus malchanceux, les plus désespérés,enfin,
Nous dirons que même avec une petite vie, une petite vie,
On peut toujours faire quelque chose. Enfin, nous dirons
Cela, mais au fond, ne soyons pas ignorant des choses de
L'existence, nous le savons bien, il y a une limite …
Faut-il encore savoir où la poser et ne pas se tromper.
Seule la mer au loin…
Amos Oz - L'histoire commence
Lorsqu'on arrive sur terre, avec père et mère, frèreset soeurs,
Cousins-cousines et j'en passe, arrive ensuite les coups de points
À l'école, les copains, le bordel, on s'aperçoit vited'une chose :
La vie existait avant nous. Nous devons prendre l'escalator en
Marche, nous accrocher à la rampe. Attention, attention, çaglisse.
Puis, nous vivons de bonnes histoires d’amour, bien rondes, pas
Du genre bancal où il ne se passe rien, car l'ennui est notre pire
Ennemi. Il faut que ça crache le feu, avec de l'action, du drame
Comme dans tous les films qui se respectent, toutes les pièces de
Théâtre. Shakespeare, ce n'est pas moi qui l'aie inventé,il faut des
Unions impossibles et surtout, surtout, des ruptures à faire pleurer
Tous vos amis, même ceux qui vous détestent.
Au début, il se sentait coupable de ne pas lire les livres qu’il
Achetait de la première page à la dernière. C'est àpartir de là,
Qu'il entamât une réflexion sur la culpabilité. Pourlui, la
Culpabilité n'avait rien de bon, elle provoquait chez l’individu
Un blocage tel pouvant le pousser à agir contre ses propres
Intérêts et celui de son entourage. De la culpabilitéau pardon
Il n'y a qu’un pas, mais sur le pardon, il n’a presque rien dit,
Sauf ces quelques mots : " Il n’y a pas de pardon, tu dois payer ".
Il alla voir tous les banquiers de la ville de Chartres où il a résidé
Un moment, pour leur demander une subvention, afin de continuer ses
Recherches. On ne le prit jamais au sérieux, certains le considéraient
Même comme un dandy, un proustien, un anarchiste et quand il disait
Qu'il était artiste peintre, c'est là qu'on le foutait carrémentà la porte.
Heureusement, malgré toutes les difficultés qu'il rencontrasur sa route,
Rien n'y fit, il continua à peindre et à théoriser.Plus tard, il découvrit
Internet et décréta cet endroit idéal pour s'exprimerlibrement.
Parfois, histoire de faire passer le temps, il allait de Chartres à
Illiers Combray, visiter la maison du p’tit Marcel qui sentait le
Renfermé et tenue non par des chiennes de garde, mais par des
Dames très bien en tout. Dès la deuxième visite, déjà,il se fit
Remarqué par l'une d'entre elles. À l’époque, faut-ille rappeler,
Il n'envisageait pas encore de faire l'inventaire de sa bibliothèque.
Ce qu'il voulait, c'était voir et revoir le jardin de Léonie,un jardin
Beaucoup plus calme que le sien, situé, lui, au bord de l'autoroute.
Cette femme, qui l'avait donc remarquée, s'était mise en tête,
Qu'elle avait à faire à un homme différent des autreshommes.
Mais elle ne se doutait pas qu'il n'avait lu de Proust que les cent
Premières pages de la Recherche sans pouvoir aller plus loin…
Il chercha toute sa vie "L'autre" sans jamais le renconter.
Il s'interrogea sur la représentation symbolique de cet animal
Si convoité et cause probable du malheur des hommes, en général...
Sur cette question, il ne s'attarda pas trop longtemps, voulant
Protéger le peu de santé qu’il avait encore. Seulement, ilavait
Constaté chez lui comme chez tout le monde cette tendance à
Projeter sur l'autre, ce que l'on voulait sur soi-même.
Tout cela ne faisant pas venir l’argent, d’autant que les banquiers
De Chartres persistaient dans leurs radineries à son égard,alors,
Pour ne pas sombrer dans la dépression, il se mettait à dormir,
Histoire de faire un rêve réparateur, car pour lui, la fonction
Essentielle de ce processus biologique universel, n'était rien d'autre
Qu'une sorte d'auto-thérapie permettant au réveil, de pouvoir
Continuer à vivre malgré tout. Et quand il disait ça,
Il savait de quoi il parlait…
Avec le temps, des rêves, il en faisait de moins en moins,
Il les avait inconsciemment remplacés par la peinture et l'écriture,
Sauf quand il avait eu à vivre des choses désagréablesdans la
Journée et qu'il fallait vite les convertir en séquences,
Qu'il avait l'habitude d'interpréter à sa manière.
Heureusement, comme tout grand homme, de l'avis des autres,
Il n'en faisait pas cas, ce qui parfois, pouvait poser quelques
Problèmes dans ses relations avec certains vivants, mais il arrivait
Souvent à se frayer un chemin dans le dédale des embûcheshumaines.
Il aimait beaucoup aller dans certains restaurants japonais, manger
Du poisson cru et du riz blanc. C'est tout simple comme nourriture
Et toujours bien net, disait-il. Il avait vu une émission àla télé montrant
Comment à Rungis on découpait les thons et les saumons pourêtre fin prêts,
Tous les matins, à servir les 200 restos Nipons de Paris et d’saBanlieue.
Son temps, il l'employait comme il le pouvait. Le matin il se réveillait,
Le soir il se couchait. Tout le reste, n'était que détail.Et ce détail,
Il passait la plus grande partie de ses journées à essayerde lui donner
Un sens, comme disent les psychanalystes.
" Peut-on donner sens à ce qui n'en a pas ? " Voilà la questionqu'il
Aurait voulu proposer au bac, mais personne, à cette époque-là,
Ne l'aurait prit au sérieux; on lui aurait demandé de revoirsa copie.
L'interprétation des rêves était depuis longtemps sapassion. Il voulait
Tout changer quant aux concepts de la psychanalyse, mais il lui fallut
Attendre plusieurs années avant d’aborder sérieusement laquestion.
Mémoire de maîtres - paroles d'élèves
Un jour, un homme a pensé l’école. Certains disent,
Qu’il aurait mieux fait de penser à autre chose.
Moi, pas. Seulement, voilà, lorsqu’on voit les dégâts…
On ne voit pas trop bien ce qu’ils vont faire
Avec leur bac … Alors, tu vois, je ne sais pas,
Si au fond, on ne pourrait pas chercher autre chose ?
Amos Oz - Jusqu'à la mort
La guerre, ce sont les pères qui l'entretiennent, c'est leur intérêt,
Sinon, ils auraient leurs fils à la maison à les faire chier
Toute la journée, avec l'argent qu'il faut leur donner tout le temps,
Le travail qui manque, la drogue, les bagarres...
Victor Hugo - Les Contemplations
Qu'on pourrait passer son temps en contemplations comme lui
Ou comme bien d'autres, à rien foutre… Seulement, Victor Hugo
Pour moi, ce n'est qu'un petit-bourgeois de la place des Vosges.
Que voulez-vous, on n'est pas du même bord, de la même famille,
On a beau dire, on a beau faire, il n'en reste pas moins, que les classes,
Les castes, ça existent, c'est inscrit dans nos gènes, malgrénous.
John Fante – Demande à la poussière
Je ne vais pas vous faire tout un pataquès, une fixation sur les
Américains, mais, pour moi, ce sont des extras terrestres.
On oublie trop souvent ce fait, nous ne sommes pas obligé de
Faire comme eux, sous prétexte qu'ils sont tout puissants avec
Leurs grandes gueules, leur argent, leur cinéma, leurs MacDos
Genre j'écrase tout sur mon passage, c'est nous les plus forts,
Poussez-vous espèces de minables… et puis la guerre,
La guerre c'est notre affaire,
Nous n'avons peur de rien ni de personne, faut qu'ça carbure !
Demain j'irai me promener du côté
De là où mes jambes me mèneront, là oùelles pourront
Aller, avec un peu d'effort.
Pour ce qui est de faire la poussière des meubles,
Le repassage, le ménage, c'est une autre affaire, il me
Faut toujours beaucoup de courage pour ça, mais
Je ne veux pas me laisser déborder par toutes ces taches, car,
Très vite, elles pourraient me dépasser, ce qui en soi,
N'est pas spécialement agréable.
Plus j'avance dans cet inventaire, plus je m'aperçois
Combien de trésors il y a dans ces livres. Pourtant, je suis dans
L'impossibilité de mémoriser quoi que ce soit de leur contenu,
De ce qu'ils recèlent de fort, de ce que je pourrais en tirer d’autre…
Georges Perec - Penser/Classer
Vous m'avez dit, un jour, qu'il y avait du Perec en moi.
Cela bien sûr m'a flatté, car vous savez combien je l'ai aimé.
Seulement, il y a entre lui et moi des montagnes qui nous séparent,
Lui cétait l'intelligence poussée à l'extrêmepar la maîtrise de la
Connaissance, un fou, un virtuose du savoir, alors que je ne suis
Rien d'autre qu'un essayeur, un papillonneur, un touche-à-tout.
Ceci étant, il est vrai qu'il y a des points communs entre nous,
Mais, en faire la liste, je vous l'avoue, me fatiguerait. Alors, si
Par hasard vous le rencontrez, demandez-lui ce qu'il en pense
Et surtout... passez-lui le bonjour de ma part.
Antonio R. Damasio - Spinoza avait raison
Mon rêve eut été d'entrer immédiatement dansce livre, traitant
De la complexité de la mémoire, du langage et des émotions,
Objets de toutes mes recherches obsessionnelles, mais ce ne fut
Pas possible... Probablement, cet ouvrage n'a-t-il pas étéécrit
Pour moi, trop compliqué, pas assez abordable pour celui qui n'a
Pas la clef, le langage universitaire basic. Alors que faire ?
Ne pas baisser les bras, tant pis pour ce livre, tant pis pour tous
Les autres. L'essentiel est ailleurs, il faut continuer sa route, telle
Qu'elle se trace elle-même, avec ses propres outils, pas ceux des
Autres, les nôtres, qu'il faut entretenir en permanence dans la joie
Et non la tristesse. Jadis, je disais à qui voulait bien l'entendrequ'il
Fallait planter tous les jours un oignon dans son jardin personnel,
Sachant qu'au bout d'un an et trois cent soixante-cinq oignons,
On aurait obligatoirement un merveilleux parterre fleuri.
Georges Perec - Joseph K.
Nous sommes tous des Perec, ai-je déclaré un jour, àl’issue d’une
Projection d’ « Elis Island », film de Georges Perec et RobertBober.
Ensuite, j’ai dû justifier mon intervention dans cette salle du
Ciné-club d’Arcueil, où j’aime aller lorsqu’il y a une possibilité
De parler après avoir vu un film… Aujourd’hui, je ne me souviens
Plus pour quelle raison j’ai dit cette phrase.Voulais-je simplement
Dire que nous avions tous des possibilités infinies, tout comme
Perec, mais sans savoir comment les explorer ?
À moins que ce ne fût autre chose. Perec est né un jour,puis il est
Mort un autre jour. Entre ces deux dates, il a vécu ce qu’il a pu,
Comme chacun de nous tous. Son œuvre n’est rien d’autre que le
Témoignage de ce passage-là. Pourquoi vouloir y voir autrechose ?
Michel Houellebecq - Plateforme
Je n’ai jamais été amoureux de Michel Houellebecq, mais, desa
Littérature, ça oui. À partir du moment où j’aidécouvert sa façon
D’utiliser les mots, d’en faire des phrases à ébranler matête,
J’ai branché tout de suite. Comment l’ai-je connu ?
Par hasard bien sûr. J’ai aimé immédiatement ce mecqui en faisait trop…
Je me suis dit : il en fait trop, mais ce n’est pas grave, quand c’est
Bon, c’est bon, ensuite, plus tard, je l’ai mis de côté, surtout
Lorsque les médias l'envoûtèrent, le prirent en otage.
Tout cela m’apparaît maintenant un peu comme du grand guignol,
Insipide et inutile…
Il disait :
L’homme n’est que matière. Pourquoi n’en avait-il pas parléà
Son oncle Alfred quelques jours auparavant, alors qu’il l’avait
Confié au creux de l’oreille de Julien, lors d’une promenade en
Bateaux-mouches à Paris, sur la Seine ? De cet instant, nous avons
Retrouvé des photos, des films, qui resteront à tout jamaisancrés
Dans nos mémoires à tous.
Que l’homme soit matière, on s’en était douté avantlui, seulement,
Ce qu’il apporta de nouveau en l’affirmant, c’est d’en avoir apporté
La preuve matérielle, par ces quelques mots :
« Après la mort, que reste-t-il ? »
Le 11 septembre 2001
Beaucoup d’hommes et de femmes ont trouvé satisfaction
À voir les Américains en prendre plein la figure, sauf ceux
Qui, dans les rues de Manhattan, ont tout fait pour sauver
Leur peau et ne pas mourir ce jour-là.
Les hommes sont ainsi faits, du malheur des autres, ils aiment
Tous s'en lécher les babines, tous des salauds...
De cet évènement, chacun de nous a en mémoire ces terribles
Images de l'inacceptable, mais de ces tours réduites en poussière
Nous pouvions nous attendre à voir des milliers de films, de
Documents rappelant la vie régnant en ce lieu, avant l’horreur
Absolue. Curieusement, ce ne fut pas le cas.
C’était un rêve. L’abbé Pierre me disait : tu sais,un jour,
Il faudra bien mettre les choses à plat, les pauvres, ça ne
Pourra pas durer éternellement comme cela. J’étais assis
Dans un très beau jardin avec pleins de fleurs de toutes les
Couleurs et puis, il y avait un puits, une charrette abandonnée,
Un cerisier avec des cerises et des noyaux sans la chair, des
Oiseaux autour et moi… Et moi, j’étais là, j’attendais patiemment
La venue du facteur, mais, cette attente n’était pas pesante comme
C’est souvent le cas, j’étais bien tranquille, calme et serein.
Georges Perec
Il y a deux ans, je m'étais acheté presque tout Perec et surmon
Balcon, sérieusement, je me suis mis à le lire attentivement
Comme si j’étais un étudiant, un passionné, un chercheur,un gars
Sérieux qui s’applique à son travail, et tout ça, pouressayer de
Mémoriser son œuvre. Je l’ai fait avec méthode, jonglant comme
Il se doit d’un livre à l’autre, jubilant comme un gosse jouant avec
Ses jouets. Un jour, je pourrais dire : voilà, j’ai fait quelquechose
De ma vie : j’ai lu Perec, mais comme vous pouvez l’imaginer,
Me connaissant déjà, je n’ai lu qu’une infime partie de l’oeuvre,
Le reste, est à faire, j’attends le bon moment.
Je viens d'apprendre que notre ami Pérec n'écrivait jamaisdeux fois
Le même livre. Je l'en félicite, car c'est le meilleur moyende rester
Dans un processus de création. C'est trop facile de se reposer sur
Une trame déjà explorée, exploitée àmort lorsqu’il faut, c'est
Impératif, je vous le dis, y aller franco, tâter du hasard,découvrir
De nouvelles voies. Sacré Perec, au fond, tu es un peu comme moi.
En peinture vois-tu, j'ai toujours eu pour devise de ne pas faire de
Séries. Après avoir dit sur un tableau ce qui étaiten jeu ce jour-là,
Après avoir été au fond de cette histoire abstraiteracontée avec
Des formes et des couleurs, je n’ai jamais éprouvé le besoinde
Refaire la même toile. N’est-ce pas ça être artiste ?
Sa vie a-t-elle été une réussite ou un échec?
Si je me réfère, encore une fois, histoire de changer et avecvotre
Permission, à ma propre existence, je dirais volontiers : la vieest
Intéressante lorsqu'il y a conscience de ce que la réussiteet l’échec
Sont un peu la même chose, qu’il n’y a pas l’un mieux que l’autre,
Tous deux ont leur intêret, leurs raisons d’être.
Georges Perec - 35 Variations
Varions, varions, certes,
Mais, varions quoi au juste ?
C'est ce qu'elle disait tout le temps
Varions la vie bordel, on le sait qu'on va mourir,
Alors, tant qu'à faire, varions, varions, merde !
C’était sa façon à elle de parler,
Elle avait parfois un vocabulaire à faire sursauter
Son homme, mais ce n'était pas de cela dont ils
Ont souffert le plus : lui ne buvait pas, c'était ça
Le vrai différent qu'il y avait entre eux...
On a tout essayé, même la psy, rien n'y fit,
Elle voulait toujours varier...
Pour elle, la variation avait quelque chose de la
Méditation, celle qui transcende, pour
Moi, tout ça, c'était du chinois, j'aime pas varier,
Tous les jours, je m'organise autrement.
Fernando Pessoa - Fragments d'un voyage immobile
Que veux-tu faire comme métier plus tard ? Je ne sais pas,
Je suis bon en calcul, mais pas en français,
Alors peut-être tu pourrais essayer la comptabilité,
C’est bien les chiffres, tu aimes les chiffres ?
Oui, c’est pas mal, mes parents disent aussi comme vous…
À l’époque, je ne savais pas que Pessoa avait suivi
La même route que moi, mais lui a persisté puisqu’il a
Eté comptable toute sa vie, d’après ce que j’en sais…
La compta, ça mène à tout, c’est pourquoi je la conseille
À tous ceux qui ne savent pas quoi faire dans la vie, tu mets
Des chiffres dans des colonnes et le total doit
Etre égal à l’autre total horizontal, tu ne comprends pas,
Ce n’est pas grave, la compta ce n’est pas de la littérature.
A y réfléchir de plus près, faire les comptes des autres
C’est très divertissant sauf si tu as un chef au dessus de toi
Qui te stresse tout le temps et te bouffe la vie…
Si ce n’est pas le cas, c’est très instructif, tu fais, par exemple,
Le relevé des notes de frais des restaurants de tes patrons,
Les salauds qui bouffent en un soir le montant de ton salaire
Pour un mois, c’est vachement indiscret, mais, les comptes
C’est les comptes et tout en restant assis, tu fais le voyage
Avec eux immobile, lorsqu’ils vont pour affaire en Suisse
Avec leurs petites amies et te ramènent les bons de caisse
À enregistrer sur le grand livre comptable des dépenses de
La société où tu travailles pour un salaire de misère.
Fernando Pessoa - Lisbonne
Il est né au Portugal. Lorsqu’il a travaillé chez moi, ily a deux ans,
Il était en pleine dépression, il ne le disait pas, mais ça,on le sent
Tout de suite. Alors, lui et moi, on a parlé pas mal, pas si souvent
En fait, mais, pour je ne sais quelle raison, nos rencontres, qu’elles
Furent pour des travaux d’électricité ou de peinture àfaire vite fait,
J’arrivais à lui donner envie de s’engager dans la vie, de prendre
Son gosse qui était avec sa mère, que même, elle voulaitpartir, fuir
Avec un autre homme, je ne sais où, au brésil, je crois.
Une histoire de fous.
Maintenant, il travaille toute l’année, alors l’été,il a les moyens d’aller
Là-bas pour les vacances, chez sa mère, à Lisbonne,qui a fait le choix
De rester au pays. La France pour elle, ce n’est pas des gens bien,
Elle le lui a dit l’année dernière, que lui, du coup, il aeu envie de
Tout lâcher pour aller vivre avec elle. C’est là que je mesuis permis
D'intervenir pour lui dire de bien réfléchir avant …
Les dépressifs c’est toujours prêt à tout abandonnerau moindre truc.
Marcel Proust - Sur la lecture
Tu es prof de philo dans un lycée et ton premier cours
Est toujours le même. Tu dis aux élèves, cette année,
Mon unique tache est de chercher avec vous, un livre pour chacun,
Qui va changer votre vie. C’est un chalenge, et, si un seul
De vous, ne le trouve pas, alors, j’aurai l’impression
D’avoir perdu mon année.
Rainer Maria Rilke - Prose
Pourquoi me tairai-je ?
Lorsque j’étais jeune adolescent, cherchant ma voie dans
Les choses de l’art et à l’époque c’était le théâtre,je ne sais
Qui avait utilisé de sa séduction pour me conseiller la lecture
D’un livre : « Les lettres à un jeune poète »de Rilke, justement.
Je l’avais donc lu sous je ne sais quelle influence, quelle autorité
Et conditionné comme je l’étais, j’avais trouvé çaplutôt pas mal,
Mais plutôt pas mal, pas plus. Puis, quand j’ai voulu lire d’autres
Choses de lui, je trouvais ce gars puant de suffisance, se prenant
Pour je ne sais qui et pour revenir aux impressions de ma première
Lecture, je me disais, tout de même, comment a-t-on pu influencer
Ainsi le pauvre garçon que j’étais et qui suivait les conseilsdonnés
Comme s’il s’agissait d’une liqueur des Dieux ?
Pascale Roze - Lettre d'été
Si j’avais du courage, j’irais chercher dans un de mes placards
Une grosse boîte d’archives où il y a des vieilles lettresde l’été
De 1989. Nous étions dans la maison que j’avais restaurée.
Les amis étaient tous là, nous buvions du thé, de labière
Dans le jardin. Nous étions très souvent joyeux, nous éprouvions
Un certain bonheur d’être ensemble comme si nous formions une
Grande et belle famille, puis, quelques mois plus tard, il y eu des
Problèmes avec cette histoire, cette sale histoire d’amour,
Cette rupture parce qu’il y avait quelqu’un d’autre, ailleurs…
Vous connaissez aussi ce genre d’aventure, je suppose, mais
Contrairement à vous, je n’éprouvais aucune jalousie, quanton
Aime, me disais-je, on est heureux de voir l’autre aimer, même
Si c’est quelqu’un d’autre. Mais, ça, ce sont les bons sentiments...
Jane Smiley - Un appartement à New York
Quand bien même tu me proposerais
Un appartement à New York, c’est décidé
Je reste chez moi. Si je fais un tel choix,
Prenant le risque de te perdre, c’est qu’au fond,
Je sais, un jour ou l’autre, notre histoire
Aura une fin, alors, pourquoi reporter à
Plus tard ce qui doit arriver.
Certains diront, je les entends déjà :
Oh mon Dieu comme tu as changé,
On ne te reconnaît pas, toi qui, par le passé,
Pour une histoire d’amour tu t’serais jeté dans la Seine,
On s’en souviens comme si c’était hier !
Philippe Sollers - H
Sollers est le mari de Kristeva. Alors, que voulez-vous, ne serait-ce
Que par courtoisie pour elle, je me sens l’obligation d’avoir au moins
Un livre de cet homme que je n’aime pas du tout sur mes étagères.
Je me dis, on ne sait jamais, si un jour, elle venait à lamaison et
Si par curiosité son œil venait à se poser sur ma bibliothèqueou
Si par mégarde, elle tombait sur ce site confidentiel, je me sentirais
Franchement mal à l’aise si elle me faisait une remarque du genre:
- Tiens, vous n’avez pas Philippe chez vous ?