Gilles-Robert a laissé tomber son projet de faire la liste de toutes
Les maladies du maître. Il a décidé de retourner à sa comptabilité,

Car il est aussi notre comptable à tous, c’est lui qui tient
Nos comptes. Seulement, nous nous sommes demandé ce qui
L’avait fait basculer ainsi. Il nous a dit avoir compris qu’avec le
Temps, de toute façon, on saura tout de sa vie de malade, alors…
Nous n’avons pas trop insisté, bien que voir quelqu’un dans notre
Équipe reculer devant un travail projeté nous déprime un peu,
Surtout de la part d’un si beau jeune stagiaire, volontaire comme
Il est en général depuis qu’il travaille dans la maison.

Nous n’avons jamais su quelles étaient les motivations menant nos
Supérieurs à nous recruter, mais lui, Gilles-Robert, nous a fait
Quelques allusions croustillants concernant son rapport avec
La direction. Nous avons tous déduit, qu’il avait été pris non pas tant
Pour ses compétences, mais pour sa mine de jeune éphèbe.
En attendant la suite de cette intrigue qui nous a beaucoup amusée,
Nous vous transmettons certains textes sélectionnés par le
Groupe de travail chargé des documents trouvés dans la cave.
Alors... Divertimento.

*****
Madame,
Merci pour votre petit mot, il m’a fait bien plaisir. Toutefois,
Je me dois de vous informer sur certains comportements de votre fils.
Hier, nous sommes allés ensemble dans un restaurant Malien,
Dans une de ces petites rues du côté de Montparnasse,
Nous avons mangé un délicieux plat que vous auriez beaucoup apprécié
« Magoula de carottes aux fines herbes de Cannabis. »
Mais, à peine le repas était-il terminé, que je sentis
Monter en lui une sorte de fièvre, due probablement au
Magoula, sorte de carotte au gingembre rouge, et, curieusement,
Il sortit de sa poche de pantalon mi-pervers, mi-fanfaron,
Les dessous d’une jeune fille …
Madame, sur votre fils, j’ai quelques inquiétudes.
*****
Monsieur Muson régnait en sa demeure en maître absolu
Le cœur plein et l’âme en fêtes, il s’amusait de son pouvoir et
Mijotait à petit feu les mots comme des champignons,
Mais quand tous les musons du quartier se réunissaient dans
Les bas quartiers de la ville, résonnait alors la musique des rues
Rappelant aux hommes de toute nature, ce qu’ils sont en fait,
C’est à dire de pauvres animaux, hirsutes et bêtes à chialer.
****
Vous, vous travaillez dans l’art contemporain ?
C’est bien l’art contemporain, puis vous devez gagner pas mal
De tunes, hein ? Ah ça alors, l’art contemporain c’est un bon
Créneau, moi, ma sœur elle dessine, vous voulez la voir ma sœur? 
Moi, je te la donne ma sœur, t’en fait c’que tu veux …d’ailleurs,
Tiens, la v'la : - Hé, tu veux parler à l’artiste ? Ben viens,
Soit pas timide, il va pas te manger le Monsieur,
Tu lui plais, il me l’a dit, viens, j’te dis !
****
Demain, nous n’irons pas au bois
Nous resterons tranquillement chez nous, à la maison
À lire le dernier livre que nous avons choisi ensemble,
Celui d’Amélie Notomb.
Ensuite, nous irons dans quelques magasins, acheter quelques
Tralalas pour la fête qu’ils organisent, à la mémoire de Léa.
Et puis, nous nous quitterons un instant, car le devoir m’attend
Notre fille désire parler à son père d’une chose qui lui tient à
Cœur… Il est question d’une amie, je n’en sais pas plus.
Mireille et moi, nous sommes donc allés manger à midi
Au restaurant, tu sais, celui où nous n’allons plus maintenant…
Elle a beaucoup insisté pour nous y retrouver là-bas,
Elle a été souriante et joyeuse tout au long du repas,
Je la trouve changée depuis qu’elle vit avec son amie
Juliette, qui fait des études aussi.
Elles ont un grand projet commun que tu ne devineras jamais,
Elles se présentent aux éliminations pour le prochain
Réality chaud de TF1.
Je n’ai rien dit de particulier, je voulais qu’on en parle
Tous les deux… Affaire à suivre de très près.
****
Ce soir, comme tu n’es pas à la maison, j’ai  acheté vite fait
Un sandwich chez Madame Marie, la boulangère. Elle a eu l’air
Surprise de me voir prendre ce genre de produit, elle m’a regardé
Bizarrement, elle n’a pas l’habitude, la bougresse…
Comme je ne sais à quelle heure se termine ta conférence,
Je te laisse ce p’tit mot et vais me coucher, car la journée a été
Harassante… Je te raconterai, Je t’embrasse.
*****
Sous le pont de l’Alma, un samedi après midi, une foule s’était attroupée
Pour voir ce qui avait été repêché du fond de la Seine. Passez, passez,
Y a rien à voir, gueulait le matelot des bateaux-mouches de la ville de
Paris. Tandis que les uns et les autres prenaient ce spectacle en vidéos,
Lui, parcourait à cheval, un champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.
*****
Le feu chauffe le vin que tu as mis dans un récipient trouvé dans la cuisine,
Ne risque-t-il pas de nous faire tourner la tête encore une foiset à nos sens
Déjà si vifs en désirs et en hésitations, ne nous fera-t-il pas dormir
Comme de petits enfants ?
*****
Les fleurs ont les yeux grands ouverts,
Ce qui se passent autour d’elles les indiffèrent.
En couleurs, elles projettent leurs attraits
Pour le bonheurs des abeilles et des papillons.
Elles sont les gardiennes de l’âme des hommes.
Demain dimanche, j’irai au marché
Pour voir une dame qui vends les fleurs de son jardin.
*****
Je vois que tu as toujours de grands projets en tête
Celui que tu m’as dit,  m’a beaucoup amusé :
Ouvrir un salon de thé dans ta propre maison pour changer de vie.
J’imagine déjà l’excellence de la table,
Tes tartes nous font toujours saliver, surtout à Paule, elle
Qui pense si souvent à toi, mais je sais, je sais, il y a tellement
De  femmes autour de ta personne, alors, je n’arrête pas de
Lui dire qu’il faut qu’elle se résigne…
*****
Quoi de plus honorable pour un père que de vouloir marier sa fille
Et votre idée de vouloir en parler entre hommes me flatte et meravi.
Si notre initiative s’avère concluante, alors, nous pourrions envisager
Une réunion familiale pour l’annoncer à nos deux enfants.
Je pense à l’hôtel Meurice ou à l’Intercontinentalà Paris,
Lieux que j’aime bien et qui je l’espère vous agréeront.
*****
Merci beaucoup, pour ton petit mot d’hier, il m’a fait bien plaisir.
Ici, ils ont arrachés tous les câbles téléphoniques de la Ville,
Je ne sais pas pourquoi et quelles sont leurs intentions…
Si tu ne reçois pas de coup de fil de moi, ne t’inquiètes pas trop,
Avec le temps, tout s’arrangera. Sinon, je suis allé à la bibliothèque et
Suis tombé sur un livre avec de très belles images dont une
Te plairait beaucoup : c’est celle d’un tableau de Matta, tu sais
On y est allé, c’était à Beaubourg, une rétrospective, il y a quelques
Années de cela, t’en souviens-tu ?  … Ne me trompe pas trop, volage !
*****
Non, je ne monte pas Shakespeare dans un décor pareil,
Les installations contemporaines c’est bon pour les musées,
Mais ici, nous sommes au théâtre, faudrait pas tout confondre.
La culture est un acte politique où les acteurs donnent des coups
De gueule aux gens qui nous gouvernent et c’est pas avec ça
Que l’on va changer le monde, bordel !
*****
Vrai, le tagine c’est bon pour la santé. Paule me l’a dit, me l’a juré
La semaine dernière, allongés qu’on était tous les deux amoureux,
Dans un lit à baldaquin, avec la vue donnant directement sur les
Roches noires de Margueritte Duras, à Trouville sur mer.
Deux oignons émincés que tu n’es pas obligé de les émincer,
C’est mon prof qui me l’a dit, sur la tête de Dieu tout puissant,
Et pour le céleri, franchement tu peux mettre le morceau tout
Entier, ce n’est pas de trop, quand on sait tout le monde qui va venir
Pour fêter notre installation commune… Mets-y le fenouil en entier,
Tu les connais, ce sont tous de sacrés mangeurs…
*****
Payer son petit-déjeuner avec la carte vitale est une grande idée,
Personne n’y a pensé à ce jour, c’est dommage, car
En effet, si la sécu rembourse les repas pris dans de bons
Restaurants, cela permettrait probablement à certains d’être moins malades
Et donc, entraîneraient de substantielles économies…
Les gens préféreront passer leur temps là, plutôt qu’à l’hôpital.
*****
Le rêve de tout artiste est de retrouver l’innocence de l’enfance,
La pureté qui est en lui, ne demandant qu’à sortir pour aller dans
Les choses un peu irrationnelles de la vie courante, c’est pourquoi,
Quand vous mangez des Smarties, gardez les rouges pour la fin.
*****
Elle vous a invité chez elle sans savoir qui vous étiez.
Homme marié avec enfants, pas libre pour deux sous,
Mais, ce soir là, vous aviez l’intention de transgresser
La loi. Allongé sur le tapis, vous écoutez la musique de
Chopin, à moins que ce fut du Debussy et vous pensez
Déjà au moment où elle vous entraînera danssa chambre,
Dans ses draps…
*****
Il est midi, le soleil brille, tu viens rendre visite au malade,
Il y a un siège, tu t’y assois en disant : si la sécu nerembourse
Plus nos pilules, alors ma décision est prise, moi, j’arrête de
Payer mes impôts… Si l’on veut jouer à la forte tête,
On verra bien qui de nous deux cédera le premier...
Non, mais c’est vrai, il y a des limites, quand même !
*****
Nous allions chez le pâtissier du centre ville de Troyes, acheter les
Meilleurs gâteaux à l’attention de tes parents…Je t’accompagnais, à
La maison de retraite où ils séjournaient, tu descendaisde la voiture
Pour aller leur rendre visite, et moi j’allais, comme un poète,traîner
Mes guêtres dans les ruelles pittoresques et les cafés à jambons,
En attendant l’heure du rendez-vous que nous nous étions fixées.
*****
Il était une fois, un âne qui vivait dans une prairie. Ilavait une petite
Maison en bois avec une porte et deux fenêtres. Devant, il était inscrit
« Titi », c’était son nom. Tous les matins, Titi, notre âne, allait visiter
Sa voisine Madame Hermione qui était Anglaise et dont le mari
Monsieur Hermione était Anglais également, comme dans les
Histoires d’Ionesco. Ils étaient ensemble depuis longtemps,
Depuis le jour où elle lui fit découvrir les graines de soja, le
Lait de brebis, le chou-fleur et les magoulas anglais …
*****
Mes frères, en ce jour miséricordieux, mettez-vous à genoux devant
Votre Dieu. Présentez vos excuses des péchés commis cette année,
Baissez la tête, léchez le sol, demandez-lui pardon. Priez aussi pour
Notre Président afin de ne le voir jamais à la rue sans logement, sans
Café, sans revenus. Souhaitons-lui également, mes chers concitoyens,
Qu’il ait toujours avec lui ses ministres qui payent à boire età manger
À ces pauvres malheureux, ces fainéants, ces rescapés.
*****
Nous irons nous promener là où bon te semblera, nous parcourrons
Les endroits que tu connais bien et aimes tant. Nous découvrirons comme
Des adolescents les choses de la vie, les coutumes des humains, nous
Boirons le meilleur des champagnes et tes lèvres assoiffées goûteront
Ce nectar du sol de la terre, celui des poètes et des hommes bons.
Nous laisserons nos têtes tourner, le vertige nous saisir…
*****
Nous, dans notre patelin, lorsqu’il neige, on ne va pas à l’école
On reste à la maison avec Marthe et l’on regarde par la fenêtre
Le Monsieur d’en face faire des photos qu’il dit pour Internet.
Nous, de l’Internet on n’en a pas, c’est pour ça, peut-être,
À l’école, ils nous considèrent comme des pauvres?
*****
Moi c’est Fernanda, je suis la nouvelle femme de ménage.
C’est vous Michel, le valet de chambre ? C’est bien, c’est gentil
Chez vous. Vous êtes là depuis longtemps, ils sont comment les
Patrons ?
Monsieur il est pervers !
Ah bé, je m’étais un peu douté, il m’a demandé si je connaissais la vie.
Je n’sais pas ce qu’il voulait dire par là, enfin moi, vous savez, je suis
Portugaise, alors, les hommes, c’est toujours la même chose.
Il a dit que je couchais ici, avec vous, mais c’est un peu petit, non ?
*****
J’aimerais être un tableau, une œuvre d’art exposée dans un musée
Pour voir les yeux dans les yeux le regard des gens qui me regardent.
Sûrement, trouverais-je là une certaine distance pour continuer à
Peindre, mais autrement... Comment ? Allez savoir comment !
*****
Il faudra mettre les choses au clair avec Jean-Pierre, on ne peut pas
Le laisser comme ça, à passer son temps dans les bistrots à boire tout
Son salaire sous prétexte que sa femme l’a quitté pour aller avec
Michel Sardou. Tu comprends, il doit se ressaisir, ce qu’elle voit, elle,
C’est son avenir. Elle a toujours aimé le théâtre de la Porte
Saint-Martin et comme Michel en est le propriétaire …
*****
Ah, Ginette, Ginette, comme j’ai été content de revoir ton visage,
Quel bonheur Ginette ! Ça fait combien de temps, déjà ?
Nous deux, le slow-club, le Tabou, t’en souviens-tu ?
Nous étions jeunes et beaux, bordel, la vie, Quelle chienne.
T’as gardé tes yeux d’ange, tu n’as pas changé.Certes, nous n’avons
Pas fait carrière ensemble, mais, qu’importe, C’est le destin qui
L’a voulu ainsi. Je vois que tu as gardé Le bracelet en or que maman
T’a offert, merci pour cette marque de sympathie, mais, je me dois
De te dire une chose, Ginette, je ne sais si je t’aime encore.
*****
Quand tu bois, que ce soit de la bière ou du vin d’Alsace, tu arrives
Toujours à faire rire Théodore, qui en a bien besoin, lepauvre,
Il vient de perdre son emploi à l’usine « Culotte De Soie».
La semaine dernière, alors qu’il se promenait tranquillement
Avec ta sœur, main dans la main, dans les rues de la ville,
Un homme s’est approché d’eux et leur a demandé s’ils
Accepteraient de tourner ensemble dans un film porno italien.
Il a refusé, offusqué, mais aujourd’hui, il se mord les doigts
D’avoir jeté, l’idiot, la carte de visite qu’on lui avait remise.
*****
Chère Juliette,
C’est ton Roméo qui t’écrit cette lettre. L’autre jour, devant ta fenêtre,
Je me suis installé et j’ai cru un instant t’avoir vu te pâmer. À cette
Idée, j’ai, tu le comprendras aisément, pour tes beaux yeux et ton corps
Tout entier, bandé fort, espérant qu’un jour, je pourraicommuniquer
Avec toi autrement que par ce putain de balcon.
*****
j’ai toujours rêvé de vendre des crêpes, avec pour les accompagner
Un bon bol de cidre de Normandie, que même avec Françoise,
Lorsqu’au bureau on se faisait chier, on l’envisageait sérieusement,
Mais sans oser franchir le pas. Puis, une nuit, j’ai fait un rêve :
Elle et moi nous vendions des crêpes, avec, pour les accompagner
Un bon bol de cidre de Normandie. Alors au réveil, je suis allé
Voir un psy pour avoir des explications.
*****
En mai, fais ce qu’il te plaît, disait Laure Adler en prélude à son
Émission  « Le cercle de minuit »  consacrée à l’art contemporain où
Elle reçut en pleine poire une jerricane d’eau de la part d’un artiste
De renom méconnu. J’étais dans la salle et sous l’effet de la cortisonne,
Alors j’ai dit ma colère devant la caméra, j’ai gueulé que cet acte
Déconsidérait l’art et que l’art c’était autre chose…
*****
Mercredi, à la tombée de la nuit, elle a chuté dans le trou du puits.
Lui, a essayé de la récupérer grâce au collier de perles qu’elle portait
À son cou et qu’il lui avait offert pour leurs dix ans de mariage, mais
Devant les difficultés à venir à bout de son entreprise, au petit matin,
Il alla chercher secours, hélas il était trop tard… 
Pour récupérer le corps et le bracelet qui allait avec.
Alors, il alla, cahin-caha, traversant quelques chemins, quelques
Broussailles, chercher du réconfort ailleurs. Malgré la perte de sa femme,
Il ne perdit pas le moral ; l’assurance l’avait convoquée au sujet de
L’indemnité forfaitaire lui revenant à la suite de la perte de la personne
Assurée. Ça tombait bien, car son job commençait à l’ennuyer.
Cette somme allait lui permettre de vivre sans travailler. Un soir,
Fatigué, il déposa ses affaires et se mit à son bureau. Sur un bout de
Papier, il fit un dessin puis un second, il prit plaisir à ces choses de
L’art et compris qu’il venait de trouver sa voie. À partir de ce jour-là,
Sa vie devint toute différente. Il se découvrit amoureuxde la nature,
Il voyait comme pour la première fois les arbres et les fleurs,tout lui
Paraissait merveilleux et laissa de côté et les hommes etles femmes
Pour ne se consacrer maintenant qu’à sa nouvelle passion.
Il voulut alors, ingénieux ingénieur, faire l’inventairede tout
Ce qui l’entourait. Il alla dans les champs et se mit à regarder
Autour de lui. Ce qu’il remarqua en ce mois de mai, c’était
L’érection de toutes ces brindilles qui allaient donner aux gens 
Le blé ou je ne sais quelles autres saloperies leur permettant
De vivre comme des cochons, polluer cette terre,
Qui ne demandait rien d’autre que de vivre en paix.
*****
Un jour, il se dirigea vers un champ pour se reposer un peu, au
Pied de mon arbre… chantait-il, seulement, l’innocent ne savait pas
Qu’il y avait des guêpes, des abeilles et des araignées en libertés.
En venant là, il prenait le risque de se faire piquer par toutes ces
Bestioles dont il ne savait rien et mettaient sa vie même en danger.
Après cette terrible aventure, il comprit ce qui était à comprendre,
Il se devait d’aller poser ses pieds sur le sol d’une église, éclairée par
Dieu, happé qu’il fut par un appel comme Jeanne par le feu.
Quelle ne fut sa surprise, lorsqu’il entra en ces lieux de prière et vit ses
Frères, habillés de toile de jute, portant beau et fort les mots du seigneur.
Ensuite, pour enfin trouver le repos tant mérité, il dormit paisiblement
Et fit quelques rêves étranges. À son réveil , il téléphona à son psy, il
N’était pas là, c’est souvent le cas, alors il fit une photo de son rêve.
Devant notre incompétence à lui dire quelque chose de sensé, il se
Cloîtra dans un coin du jardin et pensa à quelques oeuvres à réaliser.
Il quitta ce lieu saint en fermant scrupuleusement la porte à double
Tours, laissant sur la table pour tout souvenir de son passage une lettre
Manuscrite disant un poème trouvé la veille dans les champs.
*****
Le printemps dernier, t’en souviens-tu, dans le jardin nous avions
Invité Thomas à une partie de cerises/cerises, autour d’un livre que
Nous venions d’éditer et dont nous fêtions alors le succès fou.
Seulement, Laura, n’était pas très bien ce jour-là. Elle virevoltait
Dans la maison, passant d’un fauteuil à l’autre sans trouver saplace
Quelque part, l’échec amoureux avec son amie Amélie, au sujet du
Projet qu’elles avaient d’écrire un livre sur la jeunesse d’aujourd’hui,
L’avait beaucoup contrariée. Cette Amélie, que tu ne connais pas,
Est passée un jour chez nous avec un camarade de classe. Elle nous
L’avait présenté comme un créateur en herbe, plein en lui de l’envie
De réussir. Il nous a construit, d’ailleurs, pour quelques milliers de
Francs, le fabuleux « goutte à goutte » qui dans lejardin fait le
Meilleur effet. Il nous a fait aussi une œuvre d’art très sympathique
Mise maintenant dans la nouvelle maison de Martha, qui vient de
Fêter, justement, son anniversaire, hier soir à l’Opéra de Paris.
Nous n’avons pas pu y aller, car nous avions un dîner en ville. Sinon,
Je dois te faire part d’un événement capital survenu dans notre
Charmante demeure et je t’en informe afin que tu ne sois pas surpris,
Si par hasard tu venais nous rendre visite un jour.  Jeanne, vient de
Commencer une collection de pots de chambre qu’elle chine dans
Toute la région. Nous avons installé ces objets dans unepartie du jardin,
Un endroit vierge situé à droite des poubelles, c’est très original,
On ne voit pas ça partout… À part tous ces événements forts inquiétants
La vie suit son chemin de travers et il m’arrive parfois de quitter tout ce
Beau monde pour aller me ressourcer dans le près d’à côté, celui de
Tatisse et Édouard, qui depuis leur mort est en friche, c’est désolant,
Quand on pense aux merveilleux moments que nous avons partagé avec
Eux, du temps de Papy et de Mamie. Quant à notre petit coin, iln’y a 
Rien à en dire de particulier si ce n’est quelques ennuis avec la bouche
Des pompiers en panne actuellement, ça suinte un peu côté impasse de
La rue, rien de bien grave, mais voilà trois mois qu’on clame réparation
Aurprès des services appropriés sans avoir gain de cause. À se demander
S’ils ne cherchent pas à nous mettre dans l’embarras, si nous avions,
Dieu nous en préserve, à éteindre un feu dans la maison.
Monsieur Balthus vient de moins en moins pour l’entretien du parc,
Alors, nous avons pris la décision avec Jeanne de laisser tomber la tondeuse,
Les mauvaises herbes se plaisent bien chez nous, alors,
Pourquoi remuer ciel et terre ?
La vie ici, n’a pas connu de bouleversements substantiels. La journée
On regarde la télé, on a parfois des conversations intéressantes, rarement
A la vérité… Nous avons pris quelques abonnements, des revues
Principalement. Le soir, on éclaire la maison en fermant les fenêtres
Afin d’éviter les moustiques et quand il fait  frais, nousallumons le feu
Dans la cheminée, ramonée propre et net par Jean Paul qui lui, n’a pas
Changé d’un iota, toujours aussi étrange.
*****
Je ne sais si tu as quelques compétences en la matière, mais, ma sœur
Yvette envisage de se lancer dans la peinture en voulant se consacrer
au jaune comme Klein au bleu. Qu’en penses-tu, crois-tu qu’elle puisse
Trouver quelques débouchés dans ce milieu, qui, je te l’avoue
Ne m’inspire pas une confiance aveugle. Dans un de ces journaux gratuits
Reçus ce matin, Yvette a lu son horoscope. On lui annonce une bonne
Nouvelle pour ces jours-ci, pouvant la conduire sur quelque chose de
Concret et qu’elle doit impérativement prendre au sérieux.
Elle y croit comme fer.
Nous avons engagé la semaine dernière, pour un essai de quelques mois,
La fille du boulanger pour nous faire le ménage, la maison est tellement
Grande et nous avons de moins en moins la force de nous y atteler,
De plus, c’est une excellente cuisinière, elle aide Marie à la préparation
De ragoûts, toujours au citron jaune.
C’est d’ailleurs à partir de là que l’idée d’Yvette a dû germer.
*****
Il y a quelques jours, j’ai retrouvé une photo de Géraldine où elle avait
Au cou un collier en or, celui que tu as mis au clou, chez ma tante, à
Paris, rue des Francs Bourgeois. En fin de compte, je n’ai jamais su le
Fin mot de l’histoire, tu me diras, ce n’est pas mon problème, c’est vrai,
Mais à l’époque, ma mère avait été frappée par ta façon de faire avec
Ce bijou de famille qu’elle lui avait donné pour ses quinze ans…
Où sont-ils maintenant ? Et le bijou… ?
La mère à Michel a perdu son chat, hier soir dans le centre commercial.
Je me demande comment elle s’y est prise pour arriver à ses fins, cela
Fait des mois qu’elle nous annonçait son intention de le jetterà la SPA.
Faut dire que dans le coin, ce genre d’action, vis-à-vis des voisins,
C’est plutôt mal vu, alors le centre commercial c’était une bonne idée.
Elle voulait s’en défaire, car après le travail, lorsqu’elle arrivait, le chat
Lui tombait dessus pour se venger de l’effroyable solitude dont il souffrait
Toute la journée. Il passait son temps, ce con, à griffer les murs et à foutre
Le bordel partout, à tel point, qu’elle ne recevait plus personne chez elle et
Passait même tous ses week-ends à essayer de faire propredans son studio.
Quant à son Jules, il pâme, il pâme toute la semaine dans une usine
Désaffectée bizarre, qu’on ne sait pas au juste ce qu’ils font là dedans,
Pas un mot ne sort de lui, c’est dans sa nature, heureusement, il arrive
À garder le moral. Sa maman vient de lui offrir, pour cet été, une chemise
Toute jaune dont il est très fiers et je me demande, garde-le pour toi,
Je me demande s’il n’est pas en train de tourner autour d’Yvette ?
Pour ce qui concerne ma santé, tout va à peu prèsnormalement, ils
M’ont fait une radio et disent que je suis bon pour le service, 
Seulement, je ne vois pas ce qu’ils veulent insinuer par là, ils savent
Bien les salauds, que je ne travaille plus depuis belle lurette.
*****
J’aurai voulu habiter un ancien hôtel de passe, retranché quelque part,
Perdu dans une forêt,  mais elle a toujours voulu rester près de ses
Enfants, la famille, c’est sacré, qu’elle dit tout le temps. Quant à Mamie,
Elle envisage d’aller voir son notaire pour mettre son testament à jour.
Elle m’a fait une confidence, que je garde évidemment pour moi : elle
Envisage de déshériter son fils à mon profit. Je trouve ça un peu indélicat
De sa part, car il est gentil mon papa.  Je reconnais, c’est vrai, et toi qui
L’a côtoyé régulièrement, tu ne diras pas le contraire,  il a des qualités,
Mais aussi des défauts et c’est ce que Mamie ne supporte plus maintenant.
Tout cela me paraît pour l’instant un peu flou, tant qu’elle sera en vie,
Nous ne pouvons faire aucun projet sérieux, j’entends financièrement :
Les banquiers sont très fermes quant aux instructions qu’ils ont reçues
Du notaire, qui lui, ne m’a jamais porté dans son cœur, je t’explique.
Il y a quelques années, il y a eu un précédent entre lui et moi au sujet
De ratures qu’il avait constatées dans des cahiers comptables du
Grand-père, dont j’étais le seul responsable des écritures. Lors de
L’héritage de Papy, il a déduit que peut-être je voulais arranger
Les choses à mon profil, ce qui n’était pas le cas, du moins pas
Consciemment. Alors, aujourd’hui, il ne me fait plus confiance.
*****
Je t’écris ces quelques mots pour te faire part des plaisirs que nous
Découvrons  dans ce pays de rêve, un régal. Sauf  hier après-midi,
Je me promenais dans les ruelles pittoresques du village où il y a
Des petites boutiques touristiques et comme je suis curieux, j’ai
Voulu entrer dans l’une d’entre elles et patatras, ma main en passant
Devant ces objets de merde, a frôlé puis brisé un vase antique
Fraîchement sorti du four. J’ai discuté un peu, mais rapidement
J’ai compris qu’il me fallait le payer cash à la vendeuse afin
D’éviter des histoires, car elle avait l’intention d’appeler lapolice.
Je ne sais si l’assurance va marcher pour ce genre d’accident ?
Bref, les vacances ne commencent pas trop mal, à part ce vase.
Nous n’arrivons pas à aller régulièrement à l’église, d’autant que
L’excuse du manque de temps ne tient pas raisonnablement, on n’a
Rien à faire ici, sauf manger des platasses, comme ils disent, des
Platasses de tomates, d’aubergines et d’oignons rouges, tu vois un
Peu le programme, il n’y a pas de MacDo ici, c’est pas plus mal
D’ailleurs, je ne sais pas pourquoi je te dis ça. Ces plats sont bons,
Mais, au bout d’un certain moment on s’en lasse. Là, c’est vrai,
On s’aperçoit qu’on est vraiment des gosses de bourges, mais
Faut assumer. Assumons ! Je ne peux m’empêcher de penser aux
Plats que tu nous faisais quand nous étions avec les petits et qu’ils
Jouaient à la marelle dans la rue du quartier. Ici tu ferais fortune, nous
Aurions dû ouvrir un restaurant, on serait encore un couple comme
Tout le monde, mais, la vie ne l’a pas voulu ainsi.
*****
La personne avec qui je suis passe la plus grande partie de sontemps
À avaler des boissons fraîches avec beaucoup de glaçons, car il fait
Très chaud et elle a tendance à se déshydrater naturellement.
Depuis le jour où l’on s’est rencontrés, de tous les médecins consultés,
Pas un seul n’a trouvé la raison psychologique qui fait défaut, car c’est
Bien de psychologie dont il s’agit dans son cas, de quoi veux-tu
Que ce soit d’autre ? Nous sommes presque toujours l’un près de
L’autre, alors j’ai décidé tout à l’heure de l’autoriser à sortir seule,
Une heure par jour, je crois pourvoir lui faire confiance…
Les gars aux alentours ce n’est pas mon genre, m’a-t-elle dit hier soir
Au restaurant pendant le dépiautage de la langouste.
Nous aimons prendre des photos pour les garder en souvenir. Si
Plus tard, nous avons des enfants, nous leur montrerons comment
C’était nous deux quand nous étions amoureux. Elle est formidable,
Elle envisage de faire du Cinéma, elle se voit bien comédienne,
Pourquoi pas, lui ai je dis, hypocritement. La semaine prochaine,
Je l’enferme !
Notre terrasse donne sur les trois cloches de l’église du village,
Est-ce le signe du Seigneur tout puissant d’être tombé là par hasard ?
L’hôtesse de l’hôtel, une fille sympa, généreuse avec nous pour le
Petit déjeuner, mais bizarrement, pour une raison inexplicable,elle
Préfère entrer par la fenêtre plutôt que parla porte de notre chambre,
Nous n’avons pas compris pourquoi, mais enfin nous sommes en
Vacances et cette pauvre fille est peut-être surmenée parle travail,
Alors, elle perd un peu la tête. L’essentiel est que nous allions bien.
En fait, nous ça baigne, ça baigne tellement bien, que des fois,
On a peur : un coup de soleil, un virus dans l’assiette ou pire dans
L’ordinateur portable que je viens de m’acheter, bref, restons positif,
Je ne te dis que cela, les vacances, c’est chouette !
*****
J’ai bien reçu ta petite lettre où tu me demandais si je m’ennuyais parfois.
À la vérité, c’est arrivé hier soir pour la première fois. Nous sommes allés
Aaprès le repas, boire un verre en ville, en bas du village.Nous sommes
Tombés sur des drôles de gars forts en gueule, qui voulaient nous vendre
Du hachisch et comme nous, ce n’est pas notre tripe, ils ont voulu nous
Emmerder. Heureusement, les flics connaissent la chanson, ils sont venus
Nous libérer de cette affaire qui commençait à prendre des proportions
Que je n’aime pas du tout, pas du tout.
Par hasard, nous avons fait la connaissance d’un Monsieur d’ici. Il a un
Projet de construction qu’il dit immobilier, et il nous a proposé, car il
Nous a trouvé très sympa, de nous vendre une studette tout équipée.
Nous n’aurions pas d’argent à débourser immédiatement, c’est
Uniquement une prise de contact, nous a-t-il dit, c’est en septembre
Qu’il faudra avancer les fonds pour faire démarrer la construction.
Son frère, par contre, nous a pris en aparté cet après-midi lorsque nous
Sommes revenus de la plage. Il a cherché à semer le doute en nous sur
Le projet de son frère. Je ne sais s’ils s’entendent bien ces deux-là, mais
Je trouve sa démarche plutôt bizarre, surtout, si j’ai bien compris, il est
Partie prenante dans ce projet à 50 %, le reste c’est nous, lesacheteurs,
qui devons faire le financement en direct sans crédits, car lesbanques,
D’après nos informations, s’opposent à intervenir sur cette opération
Pour des raisons difficiles de te raconter par écrit.
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La fille nous a dit ce matin, en nous apportant notre petit déjeuner au
Lit, que nous formions un très joli couple et nous verrait bienavec
Deux ou trois marmots… On a bien rigoler pour ne pas la contrarier.
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De la terrasse où nous sommes, nous avons la chance de pouvoir être
À poil, personne ne nous voit. On en profite le plus possible, d’autant
Que la vue directe sur la mer, nous donne une pèche d’enfer…
Les couchers de soleil, c’est comme partout, au bout de l’horizon,
Il y a comme une aurore boréale. Le soir par contre, ça sent les poubelles,
Le patron les sort après la vaisselle et le ménage de lasalle du restaurant.
Ici, la nuit est bien noire, surtout depuis que j’ai perdu mes lunettes,
Il va falloir en commander une nouvelle paire à la rentrée, mais pour
L’instant, laissons ces tracasseries à plus tard et profitons de ces
Vacances, avant que ça finisse. Le coiffeur du village, le malheureux,
Est mort la semaine dernière subitement. Ils l’expose devant son échoppe
Et son fauteuil de travail lui ayant permis de vivre 75 années.
Il a bien profité de la vie le salaud, disent ses voisins, je n’ai pas compris
Pourquoi ils avaient tant d’animosité à son égard, je demanderai à la fille
De l’hôtel demain matin. Ce que j’aime le plus, c’est l’esprit familial
Règnant dans ces contrées si loin des villes polluées par la mondialisation.
Là, non, tout est simple, sur la table deux toiles cirées, un buffet, quelques
Vieilles gens et paf., le décor est planté, c’est comme un tableau,
Un tableau de Van Gogh, un peu triste.
On boit principalement de l’eau, mais ça déprime un peu.Nous reviennent
Des idées noires, le retour au boulot, les factures, les impôts et le
Rendez-vous chez l’ophtalmo, la révision de la voiture, déjà les 100 000,
La femme de ménage qui va revenir nous faire son cinéma,alors, quand
C’est trop, c’est trop, on prend un verre de Retsina, tant pis !
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Ça y est, ils  nous ont repiqué notre parasol, merde j’en ai ras le bol,
On a payé parasol inclus, alors, le parasol doit être là c’est tout !
Oh, mais c’est vrai quoi ! En plus pour leur film à la con, ilsnous ont
Inondé la terrasse aux trois cloches de l’église sous prétexte d’avoir
De la lumière du bon côté, encore une idée d’un PD d’assistant,
J’te jure le cinéma ! Tout cela nous déprime un peu et parfois nous perdons
Le sens des choses de la vie courante pour laisser notre esprit gambader
N’importe où. Cela nous repose de notre bonne forme habituelle,
Dans ses bras je me laisse aller…
Lorsque nous sommes en vacances, nous évitons pas mal les touristes,
Le reste de l’année, c’est plus facile, ils ne viennent jamais là où nous
Sommes, il n’y a rien à glander pour eux chez nous, alors on a la paix.
Mais enfin, comme nous ne sommes pas des sauvages, que veux-tu,
Il nous reste encore quelques stigmates d’humanité, alors nous avons
Fait, contre notre gré, la connaissance de Monsieur et Madame Tardif,
Des cons infinis, dont le mari travaille à T.E.F. « TerreEt Forêts »…
Bref, on préfère être seul, le plus souvent.
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Patrice Chéreau m’a contacté la semaine dernière, deux jours avant notre
Départ, pour me parler d’un film dont je  pourrai jouer lerôle principal.
Je n’ai nullement été surpris par son offre. Pour l’instant, m’a-t-il dit,
C’est trop tôt. Je crois avoir mes chances pour ce film où il est question
D’un homme et d’une femme, je serais l’homme et pour la femme, il ne
Sait pas encore, pour moi ce n’est pas un problème, malgré les scènes
D’amour, pourvu qu’il ne choisisse pas un travesti. En attendant d’avoir
De ses nouvelles, je passe mon temps à regarder des magazines peoples,
Mentalement, je me prépare pour le film dont la fin, si j’ai bien compris,
Est assez sordide.
Il vient de me communiquer la photo de la fille qui doit jouer avec moi.
Il me fait part de son hésitation entre cette petite, elle me fait penser à
Nabokov, et sa maman qu’il connaît bien. Personnellement, je n’ai pas
D’idée là dessus, c’est à lui que revient le choix final.
Je me plierai à sa décision, quoi qu’il en soit.
Bizarrement, il ne m’a pas adressé la photo de la maman de la fillette
Qu’il détient chez lui secrètement. Il ne veut pas encore dévoiler, dit-il,
L’objet de ma future passion amoureuse. Je comprends qu’il ait quelques
Réserves, je lui fais « totale confiance », c’est le titre provisoire du film.
Il m’a conseillé, en attendant, de me reposer beaucoup, car le tournage
Sera long et fatigant. J’ai pris la décision de prendre quelques heures de
De répit au bord du lac où Jeanne a failli se noyer l’année dernière à la
Même époque, et j’écoute Chopin avec le walkman que j’ai gagné à la Fnac.
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Par je ne sais quel hasard, en revenant du lac, j’ai croisé la sœur de la fille
Qui va peut-être devenir ma compagne de lit, dans le film que jedois
Tourner avec Jean Pierre Mocky . En effet, les producteurs envisagent,
De le préférer à Patrice, celui-ci, leur faisant,d’après les rumeurs,
Beaucoup de caprices… Je dois suivre cette affaire de très près, si je ne
Veux pas voir ce projet tomber à l’eau. Cette enfant aime les sucettes,
Je trouve cela adorable et me fait penser à ma propre enfance, j’espère
Seulement pour elle, que jamais un producteur ne lui fasse des propositions :
Son innocence risquerait d’en prendre un sacré coup.
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Monsieur Schreiber est notre comptable. On ne le voit qu’une fois par
Semaine, ce n’est pas de trop quand on sait tout ce qu’il y a àfaire au
Bureau, il a bon caractère en général, nous n’avons pas à nous plaindre,
Sauf qu’il ne répond jamais au téléphone lorsqu’on a besoin d’une info.
Pour lui, nous sommes des gens à part. L’art dans son ensemble paraît à
Notre comptable comme une chose inutile. Dans son esprit cartésien,
Tout cela ne mène nulle part, sauf à perturber nos jeunes qui, actuellement,
Sont sur la touche au niveau national, tant sur le plan du travail quedans
Celui du divertissement. Il dit souvent ça et la dernière fois, c’était à la
Fête de la galette des Rois. Nous avons un drôle de comptable,
On le garde, on n’a pas le choix.
L’autre jour, il nous a fait une confidence. Il avait une tendance à être
Obsessionnel et à compulser pas mal, même que des fois, il va dans
Certains cimetières récolter des champignons qu’on ne trouve que là.
Si nous avons décidé de le garder, le doute parfois noussaisit, mais
Notre comptabilité c’est important, autant que les beaux yeux de
Jeannine, notre aide-comptable… On le garde encore quelques mois.
On peut lui reprocher beaucoup de choses, mais sur un point on ne
Peut rien dire, il n’est jamais dans les nuages. Ce n’est pas comme
Jeannine que l’on se demande pourquoi, on se la garde aussi, mais,
On ne peut pas jeter tout le monde. Seulement, il y a des limites, il va
Falloir y réfléchir, une réunion s’impose avant la fin de l’année.
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Heureusement, Jean-Paul est la perle qui fait passer toutes lessales pilules
Qu’il faut avaler en permanence. Les gens c’est épouvantable, ce qu’ils
Pensent, c’est faire le mal, alors que Jean-Paul, lui, c’est tout le contraire,
On peut même avancer qu’il est exceptionnel. Si j’avais une fille, je
L’aurais donnée à ce garçon, comme ce n’est pas le cas, ce n’est pas la
Peine de rêver et de se faire du mal pour rien.
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Un soir, après le boulot, nous sommes allés manger un lapin chasseur
Au restaurant du coin. La conversation a été trèsintéressante, ce fut un
Moment formidable sortant de l’ordinaire du bureau. De sa maman,
Il m’a dit deux mots l’autre jour. Elle travaille pour le compte d’une
Société Américaine, c’est très obscur, je me demande s’il ne s’agit pas
D’une secte, ils en ont tellement là-bas. Elle est chargée par eux, de
Faire l’inventaire de ce qu’il y a de plus malsain en France, pour un
Programme de grande envergure axé sur l’étude des foliesdes hommes
De notre pays et nous proposer à terme, une meilleure vie, un meilleur
Avenir… Sur ce sujet très particulier,  je ne sais que luirétorquer,
J’ai préféré me taire. Hier on est resté une plombe à attendre l’autobus.
Au pied de la station, un banc plastique trônait là et nous avons pu nous
Y installer pour parler en attendant.Il m’a parlé encore de sa mère, je l’ai
Écouté par politesse, mais vers la fin j’ai baillé. J’ai eu alors très peur
Qu’il remarquât mon ennui, mais heureusement il était pleinement
Plongé dans ses histoires sur l’Amérique.  Après quoi, le bus est arrivé,
Il n’avait pas de ticket, moi non plus et comme ils n’en vendent plus à
Cause des loubards qui piquent la caisse, on a été obligé de rentrer à pied.
*****
En passant devant la mairie il m’a parlé politique, il envisage d’en faire
Plus tard. Alors du tac au tac je lui ai demandé pourquoi il attendait.
Il a été un peu surpris, c’est la première fois qu’il réagit lorsque je lui
Parle, je trouve cela plutôt positif. Actuellement, il fréquente une fille à
La fac, seulement elle est mariée et malheureuse en ménage. Lui,
Ses parents ont divorcé quand il était petit, pauvre garçon !
La vie parfois s’acharne sur les plus faibles et ne les lâche pas,
À tel point que parfois je me dis que je pourrai l’adopter, mais on
Me le déconseille. C’est dommage… Comme tout est compliqué !
*****
Il m’a demandé si cela me ferait plaisir de l’accompagner chez lui,
J’ai dit oui. Lorsque m’est apparu, adossé sur un mur rustique,le seul
Moyen de transport qu’il avait en dehors du bus et de la marche à pied,
C’est là que j’ai tout compris. Il a un sens inné de l’organisation.
Il a établi avec une poule une sorte de contrat implicite pour avoir un
Oeuf à la coque tous les matins, c’est un grand gourmand et quand
Il fait beau, il mange là, ici, tu vois, sur une planche qu’il a posée sur
Une autre planche récupérée sur un trottoir, m’a-t-il dit, je ne sais pas
Si nous ferons une croisière dans les fiords ensemble : il m’apparaît
Très simple quant à ses besoins au quotidien. Mais commechacun sait,
Les humains recèlent de trésors cachés, alors peut-être faudra-t-il
Que j’aille avec lui pécher la truite ou le saumon là-bas.
Il m’a dit avoir un grand projet qu’il aimerait réaliser très bientôt.
À partir de la paille que l’on trouve partout ici, il veut faire un tatami
Comme les Japonais pour dormir sur une bonne base.
À peine arrivé chez lui, j’ai remarqué tout de suite un magnifique
Plateau de fruits frais. Il est végétarien et complètement zen.
Je me suis dit, au fond ce garçon n’a rien. Afin d’éviter un relent de
Tristesse, j’ai pensé au tatami qu’il va construire.
Ensuite, il m’a fait visiter sa cour privée, comprise dans le prix de la
Location de son appartement. Il y a un arbre fruitier, lui et les fruits
C’est vraiment un poème. C’est un pommier comme il y en a des
Milliers en Normandie, des pommes à cidre. Mais des pommes,
Il en a un tout autre discours, il dit qu’il faut les manger, pas les boires. 
Il faut avaler trois à quatre pommes par jour, m’a-t-il assuré pour avoir
Une longue vie. Ce n’est pas le seul à le dire, je l’avais entendu à la télé,
Mais venant de sa part, cela m’a convaincu.
La conversation suivant son cours normal de conversation, nous avons
Abordé un sujet délicat, celui de l’Art Contemporain. Jelui ai demandé
S’il connaissait, il m’a dit avoir vu quelques peintures à Paris, au
Musée d’Orsay…
*****
Monsieur Schreiber, notre comptable, a pris deux semaines de vacances,
C’est rare qu’il s’autorise un tel caprice. On en a profité pour contacter
L’ANPE, pour voir s’ils n’avaient pas, par hasard, un comptable sous
Le coude pour nous. Ils nous ont envoyé une seule personne, qu’ils
Avaient sur la liste des chômeurs demandeurs d’emplois réellement
Motivés, qu’elle a dit, la fille au standard d’un air un peu désabusé.
Elle nous a beaucoup choqués, qu’ici, nous sommes tous des gensde
Gauche, alors ce genre de remarques on les prend mal, sauf que le gars
Qu’ils nous ont envoyé, très sympa et tout et tout et tout, mais pour
Les comptes de notre maison, il trouve qu’il y a beaucoup de travail
Pour un si petit salaire, il nous a paru très hésitant et c’est
Jeanne la  première, à dire préférer encore Monsieur Schreiber.
Au titre de dédommagement pour le déplacement, nous lui avons offert
Le bois de chauffe pourrissant dans la cave et qui attirait toutes les
Petites bestioles de notre putain de région. Il n’a rien dit enpartant.
Mais, à peine était-il sorti de chez nous, le voilà-t-il pas, pour se venger
Où je ne sais quoi, qu’il sort de sa camionnette, un fusil de chasse à la
Main qu’il avait gagné un jour à la loterie de la fête foraine et tire d’un
Seul coup, d’un seul, sur le premier oiseau qui passait par là.
Nous, par ce terrible bruit, accourûmes au pied du mort. Mais, trop tard.
Nous pouvions retourner maintenant au bureau rangcr la trousse de
Secours que Monsieur Schreiber avait gagnée également à la foire et
Pleurer en secret, les terribles douleurs que cette terre peut endurer.
*****
L’affaire n’en resta point là. Jeanne connut sa première angoisse. Nous
Eûmes droit à la police, au commissariat, une enquête allait être menée.
Elle se justifia, en disant que l’Anpe ne pouvait pas traiter comme cela
Le peu de gens volontaires disponibles sur le marché. Nous, de notre
Côté, on a fait remarquer poliment, n’avoir rien fait de mal, mais les
Gars de la P.J. voulaient pas savoir, ils nous ont poussé à monter dans
Leur 4/4 à huit, on était un peu serré. Lorsque la voiture démarra,
J’ai perdu tout de suite connaissance. Je me souviens vagement avoir
Fait un rêve où il était question d’une  histoire à dormir debout, se
Passant au bord de la plage dans un hotel où une fille entrait par la
Fenêtre de la chambre pour servir le petit déjeuner …Au commissariat,
Tout s’est bien rapidement, nous avons retrouvé notre liberté d’action
Perdue un instant. Le commissaire est nouveau et pour se faire pardonner,
Nous offrit un pot, au bistrot d’à côté. Il ne fait pas policier pour deux
Sous, j’ai du mal à croire qu’il peut être confronté à des loubards ou à
Des jeunes des quartiers comme on voit à la télé.
*****
Jean-Paul est heureux, car il avance sérieusement avec son tatami.
Il s’y met après le repas frugal du soir. Accroupi à même le sol, il tresse
La natte. À quoi pense-t-il pendant ces heures de travail, ça on ne le
Saura jamais, c’est un garçon très discret en fait.
*****
Jean-Paul nous a fait part de son stage payé par l’Anpe à Kyoto et 
Sur les belles idées zen qu’il aimerait propager partout dans le monde…
Probablement est-il influencé par la secte de sa mère. Comme il est très
Beau, notre aide-comptable écoute ce qu’il dit la bouche ouverte,
Béatement. Elle, de son côté, a encore échoué son examen de comptabilité
De premier stade. Quand il est là, m’a-t-elle dit, son cœur bâtait la chamade,
Par contre lui, a bien changé depuis ce voyage en Asie, il s’est laissé
Pousser la barbe, porte une casquette et fait plus sérieux qu’avant.
*****
Ce week-end là, je sortis de mon home douillet et dans la rue, je me suis
Trouvé nez à nez avec le papa de Jean-Paul.  Il me regarda, hésitant,
Pas sûr qu’il était de me reconnaître. Son fils luiavait longuement parlé de
Moi, pourtant. Le père à Jean-Paul ne ressemble pas à Jean-Paul. Alors
Je me suis demandé si sa mère, qui veut changer le mondeparce qu’il ne
Fonctionne pas comme elle le voudrait, n’avait pas connu un autre homme
Juste avant de se marier avec celui-ci ? Mais, ne soyons pas mauvaise
Langue, admettons qu’il fut le père du petit, car ne l’oublionspas, Dieu seul
Sait toute la vérité, alors, cessons, s'il vous plaît, toutes ces supputations
Qui ne peuvent que salir cet homme et mettre de l’huile sur le feu.
*****
Monsieur l’Agent, je les ai vus, les voilà, ce sont eux,ce sont eux,
Ils partent en moto, ce sont bien eux qui ont inscrit « morts aux vaches »
Sur la poubelle de Monsieur Gilbert qui n’a rien fait de mal depuis
Longtemps déjà. Monsieur Gilbert, vous savez, il porte des bretelles
Sur lui pour le pantalon, tout le monde est au courant dans le patelin,
Personne ne dit rien, ce n’est pas comme ailleurs, ici si tu portes
Des bretelles, tu portes des bretelles. Seulement, les jeunes veulent
Récupérer les siennes, car elles ont une grande valeur marchande,
Il y a un marché à Londres, paraît-il, nous, Monsieur l’Agent
On n’est pas au courant, mais, les rumeurs vont bon train.
*****
Tout cela détériore sérieusement l’ensemble des humains qui vivent
Tranquillement dans ce village béni des Dieux, depuis le jour où le pape
Est venu incognito, loin des journalistes qui ne viennent jamais là,
Monsieur l’Agent, il ne se passe rien ici qui intéresse les médias.
Madame l’épouse de Monsieur Gilbert est très affectée de ce qu’il nous
Arrive, elle envisage de consulter un spychologue professionnel
Assermenté par l’état. Monsieur l’Agent, pourriez-vous faire un
Rapport à vos chefs afin qu’ils viennent voir ce qui se passe dans ce
Bordel d’endroit de merde.



Avant de reprendre l’inventaire de sa bibliothèque,nous tenons à vous
Informer de l’atmosphère de la réuniond’hier ayant eu pour objet le
Chapitre précédent. Toutle monde s’est accordé à reconnaître
L’amélioration apportée,par notre équipe de correcteurs, à ces textes
Trouvés dans sa cave, au deuxièmesous-sol de son appartement.
Seulement, nous avons tous éprouvéune profonde gêne.
Nous ne reviendrons pas sur notre décisionde vous les avoir soumis à la
Lecture, peut-être certains d’entrevous ont eu quelques plaisirs,
Quelques amusements, mais nous éprouvonsmalgré tout, la culpabilité
D’avoir censuré toute une partiedu texte où il était question de
Choses sexuelles. Nous l’avons décidéainsi pour ne pas choquer les
Enfants qui viendraient à tombersur ce livre, dans le cas où il viendrait
À être édité.Mais pour calmer notre malaise, nous nous sommes promis
Qu’un jour, nous les mettrions dans un livre à part, avec la mention :
« Interdit au moins de dix-huit ans».