Christophe Tarkos - Oui
Oui, c'est bien sur la place Saint Sulpice, où une fois l’an, certains éditeurs
Sur le point de faire faillite, car trop petits pour faire face aux grands,
Sortent leur stock invendable pour vous les fouger, on ne sait jamais.
Je viens d’apprendre que Tarkos était handicapé. Comme moi.
Ce n’est pas une tare, un état existentiel comme un autre, un métier :
Handicapé. Je ne sais si l’on guérit un jour de quoi que ce soit, seulement
Je sais que l’art peut accompagner la maladie. Il permet de sortir de soi,
Ce soi en forme de corps refusant, mais refusant quoi ? Ça,
On ne le sait pas, et au fond, est-ce si important de le savoir ?
Christophe Tarkos - La cage
Madame Verdurin n'était pas entrée de la nuit, son mari ne s’était
Aperçu de rien, le somnifère avait fait son effet. La femme, elle,
Avait perdu les pédales dans « La cage » , une boîte de nu, plantée en
Plein champs de betterave, et c’est là, qu’elle fit la connaissance de
Monsieur Marcel Proust, d’Illiers Combray. Cette nuit, la belle voulait
Enfin connaître l’amour, pas celui des familles, celui des chiens,
Des veaux, celui des bas-fonds, des bas quartiers.
Elle tenta le diable et le trouva en la personne de mademoiselle Gilberte,
Serveuse de bar et libre ce soir-là … Nos trois protagonistes, réunis pour
Les besoin de la cause littéraire de ces quelques lignes, se mirent en tête
D’écrire un livre sur les femmes n’ayant pas eu d’enfants dans le cadre
Honorable de leur mariage et des possibilités offertes à elles de se défaire
Juridiquement et moralement de ce lien par trop encombrant.
Cela les occupa un instant, mais Marcel s’ennuyait de ne pas avoir
Un ami près de lui ce soir-là…
Boris Vian - L'arrache coeur
Salut Boris, comment vas-tu , tu bois quoi, une bière, moi aussi.
J’adore être ici, le tabou c’est l’endroit génial pour danser et draguer,
Toi je sais, c’est pour Juliette que tu es là, mais j’ai peur qu’elle soit
Avec un autre mec, cette fille, méfis toi, elle fréquente pas mal,
Je l’ai vu plusieurs fois avec l’équipe des surréalistes…
Trouve-t-en donc une autre plus sérieuse… Il n’est pas question
Qu’elles nous arrachent le cœur, toutes ces cornilles !
Voltaire - Zadig et autres contes
Tout ce que vous voulez savoir sur le mode de fonctionnement humain,
Vous le saurez … Prenons par exemple le nom de Voltaire. Pour moi,
Il est associé à une image très archaïque que je formulerai ainsi :
"Voltaire, ce n’est pas pour moi ». Symboliquement, il m’apparaît être
Le représentant de la bourgeoisie, de la culture avec un grand C.
Cette image négative, je ne pourrais jamais la faire disparaître de mon
Cerveau en la transformant en image positive, même avec beaucoup
D’effort.
Les associations comme celles-ci, nous en avons des millions en nous,
Elles sont incrustées à l’intérieur de notre chair d’une manière immuable,
Rien ne peut les changer. Je vous le dis, M’dame,
C’est terrible, c’est affreux !
Alain Wegscheider - Mon CV dans ta gueule
. Envoyez-moi votre CV…
. Pardon, mais ce genre de chose je ne sais pas faire. Si vous
Voulez, nous pouvons nous rencontrer et vous verrez bien ensuite
Si je fais l’affaire ou non.
. Bon, vous avez de la chance, c’est le mois d’août, il n’y a
Personne dans les bureaux, vous pouvez venir, mais sachez
Qu’en général ça ne se passe pas comme cela.
. Je vous remercie monsieur, vous ne serez pas déçu.
Je n’ai jamais fait de CV de ma vie, jamais. Si tu veux rester
Au chômage, le CV c’est génial. Si tu cherches un emploi,
C’est facile, enfin pas si facile que ça, mais voilà un remède,
Un mode d’emploi. Tu prends la rue de Rennes à Paris et si
Tu es dans une autre ville, tu dégottes une rue du même genre
Avec plein de commerces, mais ne nous égarons pas,
C’est déjà assez compliqué comme ça, les histoires de travail.
Tu es donc dans cette rue et tu entres dans toutes les boutiques
Pouvant te proposer un emploi avec un salaire. Tu improvises
N’importe quoi pour te vendre au mieux, essaye de plaire, car
Le sexuel joue un rôle important dans les relations humaines,
Ne l’oublie pas, c’est capital ! Allez, bonne chance, mon gars !
Oscar Wilde - Le portrait de Dorian Gray
Oui, c’est ça, ça me revient, c'est dans un grenier, il y a un tableau
Et ce tableau vieilli alors que son propriétaire reste beau et jeune,
Ne succombant pas, comme nous tous, au sort du temps, sauf
Qu’il y a ce fameux miroir, mais heureusement il est caché,
Enfin presque…
Pourquoi avez-vous peur du vieillissement ? Que la maladie fasse
Peur, je veux bien comprendre, et encore, il y a des avantages à être
Malade… Avec le temps qui passe, nous voyons petit à petit, des
Rides, des marques se poser sur notre visage, notre corps pour
Signifier notre passage ici bas, comme pour donner la preuve
Matérielle d’avoir survécu aux saloperies des hommes…
Virginia Woolf - La chambre de Jacob
« Mon cher Jacob, j’ai préparé ta chambre » m’a-t-elle écrit la
Semaine dernière. Nous ne nous sommes pas revus depuis si
Longtemps et rien a priori ne devait réveiller en moi son bon
Souvenir, rien, sauf cette information selon laquelle elle serait
En passe de devenir la maîtresse d’un homme mieux que moi.
Cela m'a surpris, mais la nature humaine est ainsi faite, rien ne
Doit nous surprendre, pas même cette invitation.
Cette chambre, je m’en souviens bien, je l’avais refaite de mes
Propres mains. Le papier en toile de Jouy tournait autour d’un bleu
Légèrement gris, j’aimais bien ce genre-là à l’époque. J’avais
Trouvé ça chez Castorama, il y avait une promotion sur le Jouy.
Maintenant, il est possible qu’elle ait envie de faire des travaux
Dans cette chambre, ce qui expliquerait un peu les choses…
Marguerite Yourcenar - Mémoire d'Hadrien
A la télé, j'ai appris qu’en Inde il y avait des castes. Je le savais déjà,
Mais enfin, la télé, ça rafraîchit bien la mémoire. Cette notion que si
Tu fais parti d’une certaine classe de gens, d’un groupe d’humains,
D’une famille, d’une secte, tu n’en sors pas, tu es né là, tu y restes
Jusqu’à la fin de ta vie…
Tais-toi, c’est ton destin, t’as rien à dire.
Il se peut qu’en effet, cela se passe bien ainsi dans notre mental,
Et ça, ce n’est pas facile à admettre puisque nous n’aspirons qu’à
Une chose : changer. En fait, on ne change en rien.
Il m’arrive quelquefois d’avoir envie d’acheter un livre alors qu’il est
Déjà dans ma bibliothèque. Comme je ne peux me souvenir de tout ce
Qu’il y a chez moi, alors il je fais des doublons, c’est la preuve qu’il y a
La volonté de s’approprier une certaine Yourcenar, qu’on a même essayé,
À plusieurs reprises de se coltiner, mais sans succès.
Il est certain qu’elle ne sera probablement pas dans la liste des auteurs
Que je vais garder dans ma bibliothèque, ce n’est pas de sa faute, ni
De la mienne, c’est sûrement fabuleux, mais, elle n'est pas faite pour moi.
À l’occasion, j’irai donc les porter en un lieu qui saura mieux les utiliser.
Ma chère Yourcy,
Je viens d’apprendre par Gérard votre mécontentement de ma décision
De vouloir me défaire de vos livres. Je ne sais pourquoi votre réaction
a été aussi vive. N’est-il pas naturel, à partir de la cinquantaine, de
Commencer à faire le deuil, petit à petit, des choses qui vous sont
Quelque peu étrangères, pour arriver comme vous à la sagesse ?
Ma chère Yourcy, (deuxième version)
Je viens d’apprendre par Gérard votre très grande satisfaction de ma
Décision de donner tous vos livres à la bibliothèque.
J’ai su par lui votre admirable mot concernant votre œuvre, vous lui
Avez dit qu’en fait vous n’en aviez rien à foutre et qu’actuellement
Vous aviez d’autres chats à fouetter, et qu’il était préférable que
Je vous laisse tranquille. Il m’a fait part, également, et cela
M’a beaucoup surpris de votre part, de votre intervention auprès
De l’Académie des hommes, pour m’interdire toute velléité de
Reconnaissance. Permettez-moi de vous dire ce que j’en pense,
C’est plutôt mesquin de la part d’une femme comme vous.
Péan-Cohen - La face cachée du Monde
Tout le monde s’est fait avoir avec ce livre lorsqu’il est sorti.
On y est tous allés, qui à la Fnac, qui à la librairie du coin, acheter
Enfin toute la vérité sur ce journal de merde, comme dit mon copain
Gérard qui connaît très bien la question et Marguerite Yourcenar
Pour l’avoir fréquentée je ne sais où.
À cinq euros l'abonnement Internet, vous n’aurez plus besoin du
Journal papier, seulement pour les chiottes c’est chiant ; va y avoir
De la pénurie dans le coin. Bref, nous retiendrons surtout une chose ,
Péan-Cohen et Colombani se sont mis d’accord pour éviter un procès
Qui les aurait salis tous les trois ... L’argent, comme chacun sait,
Arrange tout. Ce ne fut rien d’autre qu’un coup monté entre eux
Pour faire monter la sauce et le chiffre d’affaires de ces messieurs.
Alain Spiess - Installation
Je me souviens, notre installation s’est faite sans problème majeur.
Nous avons arpenté le plus silencieusement les marches qui menaient
Au premier étage et là, mon père prit la clef ouvrant la porte de notre
Nouvelle demeure, trente-six mètres carrés pour nous cinq, avec la télé
Et les trente-six chandelles de Jean Nohain, que si tu ne connais pas
Ce n'est pas grave du tout. La nuit, nous avons dormi dans le noir.
Une peur terrible nous tenaillait le ventre, ce fut là le début d’une
Existence où tout allait tourner justement autour de cet endroit de
Mon corps. J’allais l’utiliser pour exprimer chacun de mes malheurs,
Mais un jour vint où les chirurgiens n’en purent plus, ils prirent alors
La décision de trancher dans le vif cette souffrance qui ne pouvait
plus durer. Ainsi, je m’installai plus confortablement dans un nouveau
Corps, à défaut d’être tout neuf, du moins était-il différent.
Laurent Gaudé - La mort du roi Tsongor
Tu voulais avoir moins de charge dans ton bagage, alors ce livre,
Tu l’as jeté dans le coffre de ma voiture en me disant de ne pas
Me sentir obligé de le lire spécialement. Au bout d’un certain temps,
Un mois je crois, je l’ai mis dans ma bibliothèque sans me soucier de
Rien, un peu comme s’il s’agissait d’un des miens. Il est donc là,
Il t’attend et même au-delà d’un an et un jour, tu peux compter sur
Moi, il est à toi et le restera pour toujours. Mon amour.
Marie-Danielle Pierrelée - Pourquoi vos enfants s'ennuient en classe
Mes chers élèves, mes chers amis, mes frères, mes proches. Camarades,
Debout, aujourd’hui est un grand jour, le premier de l’année scolaire,
Celui des bonnes résolutions, celui où tout doit être dit. Je commence.
Dans l’enceinte même de ces murs de l’éducation nationale, la loi, ici,
N’est pas celle de la rue. Une note de notre ministère nous informe des
Nouvelles dispositions prisent à votre intention : rien dorénavant ne
Vous sera interdit, vous aurez tous les droits, sauf ceux qui risquent
De déranger autrui. Nous parlerons, donc, tout au long de cette année,
De cette liberté qui vous est consentie, ce sera notre programme et si
Quelqu’un a quelque chose à dire, qu’il le fasse, sans lever le doigt.
Les entretiens Nathan - L'école face à la différence
Nathan, attends, je reviens dans un instant, je vais voir s’il y a des moules
En bas, sur la plage, reste près de Sophie, tu vois tu n’es pas seul, après,
On ira manger des huîtres, tu n’aimes pas les huitres ? Des frites, des pâtes,
D’accord, ne pleures pas, attends, Nathan, maman reviendra un jour, je l’ai
Eue au téléphone, elle te fait la bise, elle est à Paris, elle travaille, crache
Ce que tu as dans la bouche, ne fais pas cette mine, on est en vacances,
Regarde Sophie, tu crois qu’elle pleure, elle ?
Nathan, ne pense pas à l’école pour l’instant, nous sommes en vacances,
Profitons-en, c’est pas la peine de te faire du souci avant l’heure, il sera
Toujours temps de voir venir, ne pleure pas, Nathan, ta maman t’aime,
Tu le sais bien qu’elle t’aime, alors, viens, demain on ira à Paris la voir,
On ira chez Tati acheter de belles choses pour elle et pour toi, on ira faire
Des courses avec Sophie aussi, je te promets ce sera bien. Va jouer avec
Les autres garçons, vas-y, essaye, regarde comme ils sont gentils…
Malgré tous les entretiens avec le psy, on n’avance pas beaucoup avec
Le p’tit, nous ne savons pas quoi faire. On n’angoisse pas, mais la rentrée
Nous apparaît une charge, un poids difficile à porter. Même pendant les
Vacances, on ne peut éviter de penser à cette échéance, à cette déchéance
Allais-je dire, je te jure c’est pas une sinécure, les gosses, l’école, si
J’avais su, elle et moi, on aurait mieux fait de nous aimer autrement.
François Koch - La vraie nature d'Arlette
Tiens, Arlette, passe moi les factures de la semaine dernière, je vais
Essayer de les classer, sinon, personne ne le fera. Tu sais, Paul m’a dit
Qu’il avait dîné l’autre soir avec François. Ils ont discuté de tout et de
Rien, histoire d’aborder calmement, au dessert, le sujet qui fâche.
Il paraît qu’il a mal pris ce que Paul lui a annoncé et qu’au café, il a
Préféré partir, surtout qu’après nous avions la réunion qu’on devait
Faire pour en parler ensemble. Faut reconnaître,actuellement il est
Pas mal pris avec son bouquin qu’il vient de sortir, les journalistes,
La télé, les copains, il est débordé que veux-tu ! Heureusement, il nous
Fait de la pub et c’est ça le plus important. Arlette, tu manges où à midi ?
Bob Blac - Travailler, moi ? Jamais !
Il ne faut pas pousser mémé dans les orties. Ni mémé, ni les SDF,
Mais de là à dire, moi jamais, ça, mon garçon, faut pas.
Tu es jeune, tu es beau, enfin pas trop mal, pas si irrécupérable que ça,
Non vraiment je suis sérieux, tu as quelque chose que d’autres n’ont
Pas. Regarde autour de toi, t’as pas l’impression qu’ils attendent
Quelque chose de toi ? N’as-tu pas l’impression qu’il manque ici bas
Quelqu’un comme toi justement ?
Domique Méda - Juliet Schor - Travail (une révolution à venir)
Le travail c’est important, disait Germaine Montero dans une de ses
Chansons, à moins que ce ne fut quelqu’un d’autre, de toute façon ça
N’a aucune importance, ce qui importe c’est d’y croire. Mercredi
Juliette dans la cuisine, a décidé de se faire entretenir par son mari
Et d’avoir de lui plusieurs enfants à élever, ainsi, elle aura un bon
Prétexte pour ne pas aller au boulot, d’autant, et ce n’est pas une
Excuse je vous l'accorde, mais enfin ça a l'air d'avoir compté dans
Sa prise de décision, d’autant donc, que sa chef l’emmerde pas mal
Ces temps-ci…